Richard, fier, et Lou, brandissant le glaive de la pensée critique.
[Œuvre de @Firespr1te]

Lou, l’exercice auquel je te convie n’est pas facile. Car s’il est une chose d’aborder des problématiques sociales, il en est une autre de les vivre dans sa chair. Tu as été « mon » étudiante au semestre précédent, nous avons travaillé ensemble, et nous n’avons plus de lien de subordination désormais. Tu es une femme trans, et pour qui s’intéresse comme moi aux questions de sexe et de genre, appréhender ton vécu est très précieux.

Alors j’aimerais te poser une rafale de questions, auxquelles bien sûr tu peux refuser de répondre. Je vais les trousser de façon à ce qu’elles ne contiennent pas de prérequis, comme ça, même la personne la moins informée sur le sujet pourra suivre.

Version pdf de cet entretien.

Nouveau ! Il y a une version sonore de cet entretien. Pour les camarades qui ont du mal à lire de grosses tartines, nous nous sommes attelé·es, Lou et moi, à la lecture de notre entretien. Ce n’est pas une performance acteur-studio, nous avons fait ça à l’arrache sur un coin de table, sans editing. Mais c’est fait avec la foi du charbonnier. Il y en a pour presque deux heures, donc vous pouvez vous mettre ça dans les oreilles pendant vos tâches ménagères ! Télécharger ici ou écouter ci-dessous.

Laisse-moi commencer par celle-ci : c’est quoi une personne trans ?

Il y a plusieurs définitions, la transidentité c’est une notion poreuse et c’est un sujet qui fait dissensus. Je vais essayer d’être la plus consensuelle possible. Une personne transgenre, ou personne trans, c’est quelqu’un·e dont le genre est différent de celui qu’on lui a assigné à la naissance et qui met en place des moyens pour qu’elle soit perçue et considérée comme son genre.

En gros, à la naissance, sur la base de l’aspect de tes parties génitales, la/le soignant.e qui t’observe t’assigne un genre, homme ou femme. Je dis bien genre et pas sexe, car on ne peut en réalité assigner un sexe juste sur ce que tu as entre les jambes.

Effectivement, chez les humains on a trois façons de sexuer : selon les organes génitaux apparents (on appelle ça le phénotype, l’ensemble des traits observables d’un organisme), selon les gamètes qu’on produit – ovules ou spermatozoïdes ; et selon les chromosomes (XX, XY, ou autres). Et des fois, les trois ne se recouvrent pas.

Il arrive que chez des gens, le genre que le ou la soignant·e a décidé de t’attribuer ne soit pas le bon, et que tu sois en fait d’un autre genre. On dit donc que tu es transgenre.

Que veux-tu dire par être d’un autre genre ? J’imagine que ce n’est pas un matin, on se réveille et on se dit tiens, je suis d’un autre genre. Dit autrement : comment toi, tu t’es « rendue compte » que le genre qu’on t’a assigné n’était pas le bon ?

Il faut comprendre que le genre, c’est une construction sociale, un ensemble de comportements et rôles culturels et stéréotypés dans lesquels les gens se reconnaissent plus ou moins, et adaptent leur comportement. Des fois, on a l’impression de ne pas se reconnaître dans le rôle social attribué à la naissance « fille » ou « garçon », à tel point qu’on veuille en changer.

Ça arrive en général à l’adolescence, c’est le moment où les stéréotypes genrés deviennent de plus en plus forts, avec la puberté qui arrive et qui scinde filles et garçons de manière très distincte. On sent qu’il y a quelque chose qui ne va pas, on se pose des questions. Dans mon cas, j’ai passé pas mal de temps à rêver de devenir une fille.

Donc je résume : on t’assigne garçon à la naissance, et tu sens bien que ça ne colle pas. Que tu te vis fille, que tu ressens ça comme une… évidence. Tu en parles, à l’époque ? Tu le mets en mots, déjà ?

À l’époque, pas du tout. Je ne connaissais même pas le mot transgenre, et après la lecture d’un bouquin de vulgarisation sexuelle qui sentait bon la psychanalyse, j’ai classé ce ressenti comme un fantasme et non comme un sentiment légitime dans la construction de mon identité.

Jʼai eu la chance de ne pas avoir une éducation très genrée. Mes parents nʼont pas spécialement cherché à me conformer, ma sœur ou moi, aux normes de genre. Il et elle (iels) sʼen fichaient sans doute un peu, et avaient certainement dʼautres choses à nous apprendre que les règles de comportement genrées. De plus, durant le temps où jʼétais à lʼécole primaire, les comportements et la dissociation garçon/fille étaient très ténus.

Mon école était assez progressiste, et mis à part dans les toilettes, il nʼy avait jamais de séparation. Au sein des élèves, même si à cet âge-là, beaucoup des stéréotypes de genre sont déjà intégrés et diffusés, le hasard a fait que je nʼy étais soit pas sujette, soit pas attentive, du moins pas assez pour déclencher ce qu’on appelle une dysphorie de genre. Cʼest le terme utilisé pour désigner la détresse ressentie par une personne à cause du décalage entre sa sexuation « officielle » (et par extension, le genre associé, imposé dans les interactions sociales) et le genre vécu.

Quand je rentre au collège, les attentes sociales genrées augmentent petit à petit, notamment avec la puberté qui commence, et le développement des intérêts romantiques et sexuels. Au fait, je suis neuroatypique. Tu sais ce que c’est ?

Oui, tu veux dire par là que tu n’es pas dans la « norme » psycho-psychiatrique classique. Un syndrome d’Asperger ?

Non D’ailleurs tu sais comme moi que l’appellation « syndrome d’Asperger » est problématique, pour plein de raisons. D’abord, coquetterie intellectuelle ou non, Hans Asperger était un médecin qui avait une certaine affinité avec le régime nazi.

J’ai survolé la littérature sur ce point, et son rapport au régime national socialiste et à l’idéal eugéniste qu’il portait est manifeste, mais encore discuté1.

Et puis cette appellation est inexacte, et assez périmée. Elle était présente dans le DSM-IV de 1994, quatrième édition du fameux manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, et des troubles psychiatriques de l’Association Américaine de Psychiatrie, qui fait référence, mais n’apparaît plus dans le DSM-V de 2013. De plus, je n’ai pas des troubles du spectre de l’autisme, du moins je n’en présente pas les traits. Mon cerveau passe son temps à créer des scénarios fantastiques, tous les jours, plusieurs fois par jour. Cʼest le symptôme dʼun trouble appelé « Maladaptive Daydreaming »2 ou Rêverie Inadaptée, très comorbide aux troubles de lʼattention avec ou sans hyperactivité (TDA/H)3.

Je ne sais pas si cʼest à cause de ça, mais jʼai toujours eu un certain détachement des comportements sociaux. Pour faire simple, jʼai du mal à comprendre comment agir avec les autres, ce qui fait que pour survivre en société, jʼintellectualise les rapports sociétaux (par exemple : « regarder les yeux de quelquʼun·e quand il nous parle signifie porter de lʼattention à ses propos ») puis je reproduis, par mimétisme les comportements de mes semblables. Cette manière de relationner implique donc une certaine distance des comportements et normes attendues en société, ce qui fait, que même si jʼy ai toujours été sensible, dʼune manière ou dʼune autre, je ne lʼai vécu mal qu’en grandissant, cʼest-à-dire le moment où lʼintégration de ses codes sʼest faite de manière plus avancée.

Entre ça et le fait que jʼai eu la « chance » dʼavoir eu une puberté assez tardive et peu forte, ce qui impliquait très peu de poils, une voix pas si grave et de manière générale des caractères plutôt androgynes, jʼai eu donc une dysphorie de genre plutôt tardive, vers le lycée.

Je reprends donc. Si lʼarrivée au collège commence à soulever des questions de ma part, le fait que je nʼai jamais été sensibilisée à lʼexistence même des personnes transgenres ne me fait douter de rien sur la nature de ces questionnements.

Les seules fois où lʼon parle de transidentité dans mon enfance sont de manière extrêmement péjorative, à la télévision ou dans la bouche des adultes, comme des pâles copies clownesques du genre opposé, déviant·es sexuel·les ou prostitué·es du bois de Boulogne. Comment voulez-vous quʼun·e enfant qui se pose des questions puisse sʼidentifier à ça ? Impossible. Je précise que jʼai un immense respect pour mes ami·es travailleur·euses du sexe, ce qui nʼétait pas le cas des personnes à la télévision ou des adultes que jʼai pu fréquenter.

Raoul Silva, un dur à queer

Raoul Silva, un dur à queer

Oui, dans ma génération en particulier on ne se rendait pas compte de cette violence. J’ai mis du temps à me rendre compte par exemple que beaucoup de méchants hollywoodiens étaient soit typés « arabes »4, soit gays, ou queer, enfin tu vois, un truc menaçant et plus ou moins androgyne comme le méchant joué par Javier Bardeem dans le James Bond Skyfall. Il y a d’ailleurs sur ce thème un très bon épisode de Camille Regache dans son podcast Camille, sur Binge Audio : « le grand méchant queer »5.

Exactement, il faut croire qu’on devra se trimballer ce genre d’image encore bien longtemps.

Je suis donc restée longtemps avec mes interrogations, nourries par des histoires grapillées à droite et à gauche, notamment dans Les métamorphoses dʼAntoninus Liberalis6, dont je possédais une version vulgarisée. Lʼhistoire de Siproïtès, jeune chasseur transformé en femme par Artémis, nourrissait mes rêves éveillés.

Je suis très rêveuse, je te l’ai dit, du fait sûrement de ma neuro-atypicité, et jʼai un souvenir vif de nombres de ces scénarios impliquant une transformation fantastique de mon corps dans un corps « féminin ». Comprenez : « Le corps stéréotypé socialement considéré comme féminin », et des conséquences que cela impliquerait dans ma vie de tous les jours. Très clairement, jʼétais à ce point là de ma vie ce quʼon appelle dans la communauté trans un « egg », un « œuf » en français, c’est-à-dire une personne qui n’a pas encore réalisé qu’elle est trans. Habituellement, les « œufs » montrent des comportements révélateurs d’une personne trans sans s’en rendre compte7.

Donc là, tu es vers la fin du collège.

Oui, à ce moment là de ma vie, je suis en 4ème ou en 3ème. Tout pourrait bien se passer, je pourrais réaliser que je suis une femme, sauf que lʼélément perturbateur de lʼhistoire arrive précisément à ce moment. Lʼélément perturbateur est né le 6 mai 1856 : il sʼagit de Sigmund Freud, inventeur de la psychanalyse et auteur de ce que je découvrirai être l’une des plus grandes fraudes scientifiques du 20ème siècle. Malheureusement pour lui, les deux éléments que je viens de citer sont en fait une seule et même chose8.

Au hasard de mes pérégrinations au CDI de mon collège, que je fréquentais beaucoup pendant mon temps libre, je suis tombée sur un livre de vulgarisation de la vie sexuelle ou de SVT. Mes souvenirs sont flous, mais il sʼagissait bel et bien dʼun livre qui se voulait de vulgarisation scientifique. Ce dernier parlait de beaucoup de sujets dont je connaissais tenants et aboutissants, et vu quʼils concordaient avec ma compréhension de la vie sexuelle et romantique, la crédence que je lui accordais du fait de son aura « scientifique » nʼa pas faiblie (biais de confirmation, quand tu nous tiens).

Malheureusement, au milieu du tas dʼinformations sans doute exactes, sʼétait glissé un encadré faisant référence à la psychanalyse freudienne, disant que le désir chez les hommes de vouloir se transformer en femme était un fantasme sexuel déviant, bien que commun, suivi dʼune explication sur lʼinconscient et le rapport aux parents que je vous laisse le soin dʼimaginer. Je me suis bien évidemment reconnue dans la description notée, ai accepté cet encadré comme vrai et ai enterré honteusement ce « fantasme » au fond de mon crâne, persuadée dʼêtre une perverse déviante.

Les étiquetages de Freud, entre les œdipien·nes, les refoulé·es, les orgasmiques infantiles, etc. continuent plus de 80 ans après sa mort, d’exercer leur diktat moral. Je suis tombé dedans moi aussi, dans mon adolescence – avec une consternante dissertation de philo en terminale sur Le livre du ça, de Georg Groddeck9 (que j’ai gardée quelque part d’ailleurs).

Donc toi aussi tu as avalé tout rond le freudisme ?

Oui, car jʼai eu longtemps un rapport malsain à la Science avec un grand S. Si jʼétais fermement anti-religion une immense partie de mon enfance et adolescence, jʼai rapidement développé une fascination pour la science, qui a toujours raison, et qui guide lʼhumanité au travers des ténèbres avec sa logique, sa blouse blanche et sa paire de lunettes de protection. Dans les moments de détresse ou dʼincompréhension, je me suis souvent tournée vers elle, comme on se serait tourné vers une déité omnipotente et omnisciente. Or, cette détresse que je commençais à ressentir du sentiment de se « transformer en femme » avait reçu une réponse définitive, irréfutable de la Science – puisque je croyais que Freud, c’était de la Science : cʼest un fantasme déviant. Me voilà donc rhabillée pour lʼhiver, comme tu dirais. Je range ce problème de côté, et toute manifestation qui refait surface est attribuée à ce fantasme que jʼessaye dʼignorer, pleine de honte.

Cela va durer longtemps ?

Oui ! Jusqu’à fin terminale environ, grâce à la zététique, entre autres, j’y reviendrai plus tard ! Je m’accepterai pleinement en tant que femme lors de ma terminale, au printemps. Assez étonnamment, quelques mois après cette lecture au CDI au collège, en classe de troisième donc, une personne géniale devenu·e maon meilleur·e ami·e, Sasha (dont jʼai volé le prénom pour en faire mon second quand jʼai pu choisir à la mairie pour mon changement, dʼoù Lou S. Girard) me faisait son coming-out. Et je ne fais absolument aucun lien entre les deux évènements.

Rappelle-nous ce que c’est un coming-out ?

C’est sortir en anglais, au sens de « sortir du placard ». On dit ça quand on expose publiquement quelque chose qu’on maintenait secret. Là, Sasha s’expose publiquement et se revendique personne transgenre et non-binaire. Du moins, publiquement à moi et une poignée d’ami·es proches.

Non-binaire, tu veux dire par là qu’ael souhaite sortir du carcan des deux genres bien identifiés, fille ou garçon ?

Exactement. Sans faire un cours de sociologie (j’en serais incapable), le genre c’est un ensemble de normes stéréotypées qui segmentent nos comportements en société. Le problème, c’est qu’il n’ y a que deux cases (binaire donc), et certaines personnes ne se reconnaissent ni dans l’une, ni dans l’autre. Iels se disent donc non-binaires, et c’est un terme parapluie pour toutes les identités qui ne sont ni filles, ni garçons. C’est d’ailleurs pour ça que Sasha choisit le pronom ael : tandis qu’iel est la contraction de il et elle, ael n’est la contraction de rien du tout.

Donc Sasha fait son coming-out.

Je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai fait absolument aucun lien entre cet événement et ce que j’avais enterré quelques mois auparavant. Cela dit, je dois à Sasha, entre mille et une choses, ma sensibilisation aux causes féministes et LGBTQI+10 : ça a débouché sur mon propre coming-out en tant que bisexuelle toute fin collège.

Complètement dans la dénégation de ma transidentité, je passe virilement la quasi-totalité de mon lycée à tenter d’affirmer ma masculinité par l’habillement, excellent moyen social de se créer une « armure ». Pantalons tailleurs au pli central bien repassé, chemises, manteaux longs et souliers en cuirs bien cirés, tout y passait. En tant que garçon, j’étais très élégant, mais quelque chose n’allait pas.

Je rencontre mon ex-amoureux au début de cette période. Nous nous mettons en couple, un couple parfaitement hétérosexuel, moi un garçon, et lui une fille.

Un peu plus d’un an plus tard, notre couple était tout aussi hétérosexuel, à l’exception que nos rôles s’étaient inversés. J’avais fini par lui faire mon coming-out en tant que femme trans, et lui, à peine une semaine plus tard, son coming-out transmasculin. Drôle de coïncidence.

Que va-t-il t’arriver durant cette année ?

Longue histoire ! Plusieurs éléments viennent m’extraire du mur de dénégation derrière lequel je m’étais (virilement) réfugiée. Le premier de ces éléments, la réponse risque de surprendre. Il s’agit… d’Arnaud Thiry, alias Astronogeek ! En effet, cela faisait plusieurs années que je suivais le Studio de Poche, la première chaîne qu’il avait créée, consacrée à la photographie, une de mes passions. Quand il a arrêté cette chaîne, je me suis intéressée à la seconde qu’il avait créé, qui parlait d’astronomie.

Et vu que l’astronomie était un sujet qui m’intéressait beaucoup, au point d’en vouloir faire mon métier, à l’époque, je me suis mise à suivre la seconde chaîne (avec un peu de retard). Voilà que je tombe sur sa suite de vidéos sur les crops circles, et je suis émerveillée. Je découvre qu’il existe un moyen de formaliser la méthode scientifique, que j’adule depuis toujours, aux applications de tous les jours, y compris aux choses comme les agroglyphes.

Je découvre donc dans la foulée les chaînes Youtube La Tronche en Biais, animée par Thomas C. Durand et Vled Tapas, The ScienceCoder par Lény et Horizon-gull, par Viciss et Chayka (qui était également une femme trans au placard, il me semble, à l’époque).

J’avale quotidiennement des tonnes de contenus sceptiques, là où je peux en trouver. Dans le même temps, mon engagement dans les milieux associatifs, notamment chez Youth For Climate, me permet de rencontrer plus de personnes trans, et de créer de la représentation positive. Des doutes se mettent à me ronger. De plus, une autre représentation positive se présente à moi, et me montre, que oui c’est possible d’être une adulte « normale » ET trans. Il s’agit de Mrs Yéyé (ou Sunyel) ex-Mr Yéyé, artiste de rock alternatif ayant fait sa transition pendant sa carrière musicale. Je réécoute en boucle sa chanson « Je ne suis pas une erreur » (2016), l’histoire d’une femme trans dont le père refuse l’identité. Pour l’anecdote, cette chanson est sortie avant le coming-out trans de la chanteuse en 2018.

Alors ce livre, lu il y a des années aurait-il tort sur l’idée de « fantasme déviant » ? Non, impossible. Je sais alors pertinemment que je suis une femme trans, et à l’inverse je suis dans le refus le plus absolu. Les doutes parasitent mes nuits, je ne dors plus, je deviens de plus en plus anxieuse, et mes notes baissent. Je développe une sorte de transmisogynie, forme de transphobie propre aux personnes transféminines, qui quoiqu’ intériorisée, est immense : je me hais d’être une femme trans, et en même temps, je me persuade de ne pas en être une. Je traverse plusieurs courtes phases dépressives. Je m’accroche désespérément à ce livre déniché dans un CDI du collège, comme ciment pour mon mur de déni (je sais ce que tu vas dire, je ne fais pas référence à la notion psychanalytique de déni ici, je devrais mettre dénégation). Malheureusement pour le mur, et heureusement pour moi, à force de regarder des contenus sceptiques, je finis par tomber sur le sujet de la psychanalyse. Et le couperet tombe. La psychanalyse n’est pas une science. Les sources à l’appui de cette affirmation sont terriblement solides, bien plus qu’un pauvre bouquin de vulgarisation de santé sexuelle, dont je suis bien incapable de me souvenir du titre.

J’éteins mon téléphone, et je vais me percher à mon endroit habituel, au bord de la fenêtre. Et je pleure doucement. Pour ne pas réveiller ma sœur ou mes parents. Je fréquentais assez de personnes trans pour savoir que leurs vies étaient des combats auxquels je ne voulais pas me frotter.

Il s’ensuit une période affreuse de doute permanent, de remise en question « suis-je vraiment trans ? » « Ne serais-je pas en train de faire semblant ? » qui dure plusieurs mois. C’est la période où j’assume une forme de non-binarité dans ma tête, du type « Je suis sûre de ne pas être un homme, mais je ne suis pas forcément une femme ».

Sauf que, en fin de compte, je suis forcée de me rendre compte que je suis bel et bien une femme.

Tu dis être forcée de te rendre compte. Qu’est-ce que ça signifie concrètement ?

Essaye de voir ma dénégation comme une sorte de balance avec, dans chaque plateau, le poids des preuves. À droite, « Je suis un homme avec des fantasmes étranges » à gauche, « Je suis une femme ».

Avant, le plateau de droite faisait pencher toute la balance démesurément, à cause du poids démentiel que je donnais à la « Science » (le bouquin de vulgarisation du CDI), en plus des normes qu’on dit cis-normatives, qui nous accoutument à l’idée qu’être cisgenre est la règle, et qui nous sont inculquées depuis l’enfance. Quand je me rends compte que la scientificité du bouquin est nulle à force de regarder des contenus zététiques, le plateau de droite perd en poids, tandis que des représentations positives de personnes trans s’empilent sur le plateau de gauche (et viennent fissurer les normes cis-normatives au passage).

Tant que le fléau de la balance est penché vers la droite, je suis dans le refus de ma transidentité. Quand il est horizontal, je sais que je suis une femme trans, mais je me déteste tellement que c’est proche du refus. Quand il est penché un peu à gauche, je suis obligée d’admettre que je suis une femme. Plus il est à gauche, et moins j’ai de doutes.

Si aujourd’hui, la balance a un peu changé, il m’arrive encore d’avoir des doutes, ou de m’infliger une haine intériorisée. C’est pour ça que quelques jours après un gros balancement vers la gauche, je m’achète une bague, comme rappel constant pour mes périodes de doutes : à chaque fois que je la regarderai, je repenserai qu’il y a a eu des jours où j’étais sûre d’être une femme. C’est la seule que je n’enlève pas pour aller dormir.

Je fais mon coming-out à mon ex, puis à mes meilleur·es ami·es, en commençant par ceux qui étaient LGBTQI+, que je pense plus à même de me comprendre. Je suis absolument terrifiée que les gens cis, c’est-à-dire qui n’ont aucun problème avec leur genre, ou les hétérosexuel·les, qui sont en quelque sorte la norme, ne me rejettent, ne changent leurs relations avec moi, ou me considèrent comme une prédatrice sexuelle.

Tu penses ça parce que tu as déjà vu des trans se faire plus ou moins maltraiter ?

Oui, et pas qu’un peu. Je ne te parle pas d’une agression physique ‒ elles existent, mais je n’ai pas assisté à l’une d’entre elles. J’avais déjà vu un peu à l’époque les ravages de la transphobie ‒ la haine, le mépris ou l’incompréhension des personnes trans et/ou de la transidentité ‒ sur les réseaux sociaux, où le trope le plus commun est le suivant :

« Les femmes trans sont des mecs fous/pervers/obsédés sexuels et les hommes trans sont des pauvres filles (lesbiennes souvent) embrigadées par l’idéologie LGBTQI+ ».

Je te passe les détails, mais la transphobie était quelque chose qui me faisait peur. Une transition, ça voulait dire la perte de mes privilèges d’homme, comme marcher tranquille dans la rue, me faire estimer à ma juste valeur par professeurs et pairs, etc.

Il se passe quoi, justement après cette réalisation et tes premiers coming-out ?

Je suis un peu perdue par « ce qu’il faut faire », et manquant cruellement d’information et de guidance, je prends rendez-vous chez ma médecin généraliste pour lui faire part de ce « problème ». Très gentiment, elle m’explique que ce n’est pas son domaine d’expertise, et qu’elle me recontactera après avoir parlé à certain·es de ses collègues plus expérimenté·es. Quelques semaines plus tard, elle me recontacte et m’envoie l’adresse e-mail d’un parcours de transition géré par le CHU de Grenoble, qui vient d’ouvrir très récemment. En même temps, Sasha et d’autres personnes de YFC m’en parlent.

Au même moment, je suis acceptée à l’Université Grenoble-Alpes, dans un parcours international, en anglais donc. Je saisis l’opportunité, et j’en profite pour prendre rendez-vous pour la rentrée scolaire au CHU.

Pendant l’été, je fais le tour de mes ami·es un·e par un·e, en essayant de les avoir seul·e à seul·e. Ce n’est pas facile, et des fois, je dois m’y reprendre à deux, trois fois. Les mots restent coincés dans ma gorge. « Je suis une femme transgenre » deviennent les mots qui me créent le plus d’angoisse. À chaque fois, j’ai peur de moqueries, de colère ou d’incompréhension. Cela n’arrive jamais. À part quelques questions inappropriées dont je me serais passée du style « Tu vas faire l’opération ??? », je ne reçois que l’accueil chaleureux et le soutien de mes ami·es de toujours.

Chaque jour qui me rapproche de mon départ de Grenoble me rend plus anxieuse, car je repousse sans cesse celui où je devrais faire mon coming-out à mes parents. Je sais que je veux le faire avant la rentrée, parce que je ne veux pas vivre une double identité entre Annecy et Grenoble (où je compte bien vivre en tant que femme). Je compte également à ce moment initier des procédures de changement de prénom. Mais c’est très compliqué à faire sans qu’iels le sachent, au vu des documents que je dois me procurer.

Et finalement, tu y parviens ?

Il m’est dur de raconter ce coming-out. Un soir à la fin du repas, je prends mon courage à deux mains, une boule dans la gorge. Mes parents ont toujours été très gentils avec moi, mais je pense que c’était trop pour eux. Ils sont complètement choqués et ne répondent quasiment pas. Dans les deux semaines qui suivent, l’atmosphère devient très tendue, mes parents et moi on s’engueule régulièrement, et iels me ramènent constamment la souffrance que JE leur cause. La phrase la plus terrible ? Qu’iels doivent faire le « deuil de leur fils ». Iels vivent le fait que je leur révèle que je suis une femme comme mon décès.

Entre cette pression et la dysphorie de genre, j’étouffe littéralement et j’ai l’impression de ne pas voir le bout du tunnel.

Heureusement, mon départ à Grenoble me permet de respirer, et de laisser à mes parents le temps de réfléchir. C’est un peu ce que j’espérais en changeant de ville.

J’ai beaucoup de chance par rapport à mes camarades trans, mes adelphes : je dis mes adelphes car ça remplace d’un coup frères et sœurs, comme siblings en anglais ou Geschwister en allemand.

Oui, adelphique, pour « fraternel », vieux terme que j’ai souvent vu passer : il permet en plus d’éviter la sacro-sainte binarité.

Exact. C’est à la fois pratique, inclusif et en plus tu peux frimer avec un mot compliqué que les autres ne connaissent pas forcément (c’est une blague, bien sûr, le but n’est pas de repousser celleux qui ne maîtrisent pas des codes sociaux complexes)

Je m’explique. Contrairement à nombre de mes ami·es trans, j’ai l’occasion de faire reset, d’avoir un tableau blanc : nouvelle structure scolaire, nouvelle ville, nouveau lieu d’habitation, nouvelle promotion, nouveaux camarades. J’ai une chance de vivre pleinement ma féminité sans m’encombrer de mon passé d’homme, de mon prénom de naissance (qu’on appelle dans notre jargon un deadname, que personne ne connaît). Au pire, si quelqu’un·e n’aime pas le fait que je sois une femme trans, je m’en fiche, je n’ai rien à perdre, je ne les connais pas. C’est extrêmement rafraîchissant.

Et j’ai l’immense chance de tomber sur une promotion extrêmement ouverte sur les sujets LGBTQI+, qui corrige les professeurs quand iels se trompent de pronoms.

Tu es la seule personne trans de ta promo ?

Nouvelle coïncidence : les personnes trans représentent entre 1.4 %11 (voire 2.7%)12 et 0.39%13 de la population, alors tu penses qu’il y avait combien de personnes trans dans une promo de 20 personnes ?

Si tu as répondu une ou deux, c’est perdu car nous étions trois personnes trans dans la promo.

Si tu savais le soulagement intense que j’ai ressenti, le premier jour en voyant une personne avec les cheveux bleus, noyée dans un sweat-shirt immense. Petit bémol, on est arrivé·es touste les deux en dernièr·es et la prof nous a sorti : « Ah, c’est vous qui avez effectué des changements de prénoms à la fac ». Le regard qu’on s’est échangé valait tous les mots du monde.

Je précise que si pour nous, cela ne nous posait de pas de problème d’être outé·es (c’est-à-dire affichée·es) devant la classe comme ça, cela aurait pu être dangereux pour d’autres étudiant·es, de voir leur transidentité révélée ainsi.

Ce n’était pas de la plus grande finesse de la part de cette prof. Un peu comme si on vous accueillait en cours en disant « ah, c’est vous les orphelines », ou « les deux boursières », ou « les deux maladies vénériennes ». Ça affiche sévère !

Oui mais le pire c’est que là ça pourrait mettre en insécurité vis à vis de nos camarades de promo, alors que dans le cas des « orphelins » vachement moins quand même maintenant.

C’est vrai. Par le passé, venir de « l’Assistance publique » était infamant. C’était le cas de ma maman, et elle en a souffert.

Cela me désole de voir que les humains trouvent toujours une manière de discriminer leur prochain. Je suis navrée pour ta maman.

En plus d’être trois personnes trans, il y avait également sept autres personnes LGBTQI+ dans les rangs. 50% de l’effectif, pour une promo de sciences naturelles, c’est effectivement une belle coïncidence.

Je me suis donc sentie très en sécurité dans cette promo, et parfaitement à mon aise. La promo est soudée, et tout le monde s’entraide et se respecte.

Le temps passe vite, entre mes cours à la faculté qui me passionnent, mon investissement dans les milieux militants de Grenoble et mes divers rendez-vous médicaux liés à ma transition médicale.

Si on te lit bien, il y aurait plusieurs « degrés » de transition, et toi, tu as opté pour une transition médicale, la plus… radicale ? Est-ce le bon mot ? Et pourquoi ce choix ?

Il y a plusieurs manières de transitionner, c’est sûr. Transitionner, c’est prendre des mesures pour s’éloigner des normes et stéréotypes associés à son genre assigné à la naissance, et adopter totalement ou en partie ceux du genre opposé.

La transition peut être sociale : changer de vêtements, de maquillage, s’épiler les jambes, couper ses cheveux, mais aussi administrative : changer de prénom et/ou mention de sexe à l’État civil, modifier sa civilité (Monsieur/Madame) sur sa carte d’identité, ou encore médicale.

La transition médicale est l’objet de beaucoup de fantasmes, notamment la fameuse « opération », la chirurgie d’affirmation sexuelle, pourtant utilisée par une minorité de personnes trans (de 4 à 13%, selon les sources, je n’ai pas de chiffre absolument bien sourcé)14. Elle peut se composer d’une ou plusieurs choses. L’hormonothérapie, ou « THS » pour traitement hormonal de substitution est la plus commune, mais il existe également des séances d’orthophonie pour corriger sa voix, ou des chirurgies au visage, à la gorge, la poitrine par exemple.

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise transition, ni de transition « complète ». C’est à chacun·e de choisir comment transitionner en fonction de ses besoins.

Dans le cas de l’hormonothérapie, elle peut se faire de différentes manières en France.

1. On peut passer par un·e endocrinologue de ville, mais ces dernièr·es refusent souvent de prendre en charge les personnes trans, et celleux qui le font demandent souvent des attestations psychiatriques.

2. On peut passer par un parcours public, c’est-à-dire un parcours de transition au sein d’un centre hospitalier ayant constitué son équipe de spécialistes. Malheureusement, la plupart demandent des attestations psychiatriques pour se couvrir vis-à-vis des CPAM, les caisses primaires d’assurance maladie. Cela, ajouté à la perte de confiance des personnes trans dans les institutions de santé à cause des violences en milieu médical et du passé de la gestion des transitions par la SOFECT, la Société française d’étude et de prise en charge de la transidentité, maintenant renommée Trans-Santé ou FPATH (French Professional Association for Transgender Health) : tu peux comprendre que ce parcours ne soit pas le choix le plus populaire.

3. On peut passer par certains Plannings familiaux proposant des parcours de transitions, non-psychiatrisés. C’est le cas d’ailleurs à Grenoble, avec le concours d’une association remarquable, Rita15.

4. On peut le faire soi-même, ce qui s’appelle le DIY (pour Do it yourself, fais-le toi-même, en anglais) mais il faut se procurer les produits en ligne, de manière non légale et non contrôlée, donc avec des risques dans les compositions, et faire sa propre posologie. Tout cela peut être un peu dangereux en l’absence de supervision médicale, et ce n’est pas remboursé. Une hormonothérapie comme la mienne par exemple, si je l’achetais sans remboursement de la Sécurité Sociale, me reviendrait à environ 1300€ par an. Il est néanmoins possible, selon certaines modalités comme la monothérapie œstrogénique de s’en sortir pour une centaine d’euros par an.

Mais à l’époque, je ne savais pas qu’il existait d’autres moyens de transitionner que d’emprunter le parcours public d’un Centre Hospitalier, option qui oblige à passer devant un·e psychiatre pour commencer les traitements. Trop tard pour moi, mais j’ai eu au moins la chance de tomber sur une psychiatre anti-psychiatrisation des parcours de transitions, qui m’a juste signé le papier sans faire de vagues après 30 minutes d’entretien à me faire comprendre qu’elle faisait ça à contrecœur.

Peux-tu préciser ce que tu appelles une psychiatre anti-psychiatrisation ?

Le mouvement anti-psychiatrie est un ensemble disparate de courants académiques et militants faisant la critique de la psychiatrie, à différents niveaux, certains qui remettant en cause sa place comme spécialité de médecine, d’autres considérant que c’est une institution délétère mauvaise pour les patient·es en particulier, et pour la société en général16.

Cela dit j’ai mes doutes sur le fait que cette psychiatre en fasse partie. Dans son cas, elle s’opposait, comme la majorité des personnes trans, au fait que les parcours de transitions médicaux soient conditionnés par une autorisation de psychiatre. La transidentité n’est pas une maladie ou un trouble, et elle est de plus auto-déclarative : les personnes les moins mal placées pour connaître les besoins fondamentaux des personnes trans sont a priori les personnes trans elles-mêmes.

Je vois. Et du côté administratif ? Tu mentionnais ton changement de prénom à la fac.

Dans un premier temps, j’ai changé avant la rentrée de septembre ma civilité à Madame et mon prénom par Lou à la faculté, puisque que l’on peut le faire sans que ce cela soit effectif à l’État civil.

Le 19 octobre, je suis officiellement autorisée par la mairie d’Annecy à m’appeler Lou, et je modifie au plus vite l’intégralité de mes documents administratifs, non sans mal. Quelques mois plus tard, je commence un traitement hormonal de substitution féminisant, et je vais fêter ma première prise d’estradiol au bar avec des copines trans rencontrées dans des associations quelques mois plutôt. Même si la dysphorie de genre subsiste, le bonheur simple de pouvoir vivre comme une femme, que les personnes cisgenres ne pourront probablement jamais comprendre, me permet d’aller bien mieux. La transition, médicale, sociale, administrative, me donne confiance, me rend belle. Je souris plus souvent, je suis moins apathique.

Tu revois ensuite tes parents ?

Je les ai revus plusieurs fois entre temps. Iels se rattrapent de leur comportement initial en faisant le maximum pour me comprendre, m’aider, et communiquer leur amour envers moi. Si tout n’est pas parfait, je vais mieux, tellement mieux. Je ne remercierai jamais assez les gens qui m’ont supportée et qui me supportent toujours, qui m’ont appelée « Madame » en souriant, ou qui ont trinqué avec moi à la pousse visible de mes seins (oui, je sais c’est puéril, mais ça m’amuse beaucoup).

Les mois s’écoulent lentement à l’université, où je me plonge dans mes études. Avance rapide à janvier 2022, je vais donner mon sang à l’EFS de Grenoble, et là… On me refuse le don pour des motifs qui me laissent perplexe.

J’en parle aux personnes des milieux militants LGBTQI+ de Grenoble. Tous·tes m’affirment que ce sont des transphobes, et que leurs motifs ne tiennent pas debout. Mais je comprends bien que les choses sont souvent plus compliquées que cela, et comme tu me l’as appris, le rasoir d’Hanlon recommande de ne pas prêter à la méchanceté ce que la bêtise explique. Et surtout, il y a des problématiques qui sont systématiques et institutionnelles, et ne relèvent pas ou peu des opinions des individus.

Je me suis calmée sur la vénération de la science, mais le scepticisme que je suis maintenant depuis des années me donne envie d’investiguer, d’autant que je viens de te rencontrer, dans le cadre de tes cours de zététique à l’université, et j’ai besoin d’un sujet à te rendre. D’abord enthousiaste, et pensant que l’EFS ne peut pas être « juste transphobe » et qu’il y a une bonne raison de mon refus de don thérapeutique, je cherche. Et plus je cherche, plus je me rends compte qu’il n’y a vraisemblablement rien. Et ce que j’avais considéré comme un refus légitime en janvier tourne à l’humiliation. Mon sang serait-il tellement vicié à cause de ma transidentité, que l’on me le refuserait, quand bien même l’EFS manque de sang et que je suis d’accord pour le donner gratuitement ?

Dans les mois qui suivent je pars en croisade académique pour chercher vengeance.

Je m’en souviens. « Croisade », « vengeance » sont généralement des termes que je n’emploie généralement pas, et qui sont signes d’affectivation du problème. D’habitude je déconseille aux étudiant·es de prendre un sujet dans lequel elleux ou l’un·e de leurs proches est trop affectivement impliqué·e. J’ai dû, je m’en souviens, te ramener dans le fait de te forcer à penser contre toi-même en tournant les choses ainsi : et si l’EFS avait raison, quels seraient les éléments qui pourraient les avoir convaincus ? J’imagine que ça n’a pas dû être facile à entendre pour toi. Et c’est beaucoup plus confortable pour moi qui ne suis pas concerné de dire ça, je l’entends bien ! Ma situation étant finalement assez enviable et dominante, je vois tout le sel d’entendre qu’il faut « désaffectiver/dé-militantiser » le problème, surtout venant d’un HSBC ! Un homme straight (hétéro) blanc cis (sous-entendu cis-genre, dont le genre social colle à la sexuation à la naissance), quadra et qui plus est en position de pouvoir ! Et pourtant, il s’agissait d’une nécessité, d’une part pour coller au travail demandé, et d’autre part pour faire en sorte que ce travail soit « audible » même pas des gens qui ne connaissent rien à la situation. Ou pour le dire autrement : si nous démontrons qu’il n’y a pas d’argument à l’appui de ce refus, alors cela implique qu’il y a discrimination, et cela quels que soient nos pré-requis. C’est en quelque sorte une bombe à retardement.

As-tu compris tout cela rapidement, et quel argument a fait mouche ?

Dans un premier temps, je n’avais aucune animosité contre l’EFS ‒ j’ai toujours un grand respect pour le corps médical. Et comme je pensais que le refus était justifié, il n’était pas trop difficile pour moi d’entendre qu’il fallait avoir une approche non-militante. Quand il s’est avéré au fur et à mesure que le travail avançait que le refus était vraisemblablement injustifié, il m’a été plus dur d’aborder ça sous un angle non-militant. Cependant l’argument qui a fait mouche c’était que cet article devait être entendable par des gens hors des milieux concernés. J’ai pu relier ça à des connaissances que j’avais sur l’éducation populaire, et ça a suffi à me convaincre de rester en quelque sorte neutre. Surtout que je n’étais pas seule ! N’oublions pas les co-auteur·ices, Maximilien Robson, Léo Lamaze, Maélys Delerce (et Camille Noûs) avec qui j’ai eu l’immense chance de travailler. Le dossier est .

Petit rappel : Camille Noûs est le pseudonyme de genre indéfini (Camille pouvant être garçon, fille, ou autre) d’un·e chercheur·euse français·e allégorique, inventé en 2020 par le groupe de défense de la recherche RogueESR pour représenter les efforts collectifs dans les domaines académiques, et protester contre la politique française en matière de financement de la recherche. L’utilisation de ce nom est censée être une déclaration publique des valeurs de la recherche, en particulier la nature collégiale des travaux. Tu l’as repéré dans mon article Études publiques, éditeurs privés17 ?

Exact, en toute finesse, cette petite publicité pour ton article.

Oui, je t’ai soudoyée, pour que tu le fasses l’air de rien.

Je continue mon histoire d’argument qui a fait mouche. On ramasse un 20/20 sur le travail rendu, mais on continue avec acharnement le travail jusqu’à avoir quelque chose dont on est fièr·es.

Le dernier soir de ma présence à Grenoble, avant une pause estivale méritée, je viens te voir pour te rendre des livres, t’offrir un cadeau pour te remercier de l’année, et parler un peu de l’avenir de l’article.

Ça n’est pas fréquent qu’on me fasse un cadeau ! D’habitude j’ai plutôt des étudiant·es qui m’empruntent mes bouquins, disons, à très long terme.

Je suis également partante pour ça, si ça peut te rassurer. Mais il faut le dire, tu es un très bon professeur (et j’en ai eu beaucoup, des professeurs !).

La soirée s’étire, et te vient l’idée, après un échange avec l’un de tes amis qui passait par là durant notre conversation de me faire témoigner sur ton blog. Je ne comprends pas tout de suite. Tu m’expliques que ce que je viens de raconter à son pote, c’est-à-dire pas grand-chose (que je suis une femme trans) venait de probablement bousculer sa vie tranquille, tout comme le livre Reconnaitrans18 avait bousculé ton père à qui tu l’avais fait lire, ou Appelez-moi Nathan (de Catherine Castro et Quentin Zuitton, Payot, 2020), que tu as fait lire à ta fille.

Avec une avalanche de commentaires sordides et paniqués qui s’en est ensuivie sur Facebook, d’ailleurs19.

Il me semble qu’on doit partiellement cette avalanche à Sophie Robert.

Je ne comptais pas spécialement en parler, mais effectivement. J’en étais le premier surpris car j’ai déjà eu des relations professionnelles avec Sophie. Dès 2010 j’ai su qu’elle produisait des travaux critiques de la psychanalyse freudienne, en particulier des documentaires, et j’ai soutenu, contribué financièrement et diffusé le documentaire, parfois même malgré l’interdiction qui a frappé « Le mur ». J’ai également soutenu d’autres documentaires qui ont suivi, et je l’ai invitée, avec le Cortecs, en 2015 pour un cycle sur la censure dans mon université. Si j’avais bien relevé que son travail commençait à prendre des formes vindicatives et revanchardes, que sa diction était plus rapide et plus cinglante, je n’avais pas imaginé une seule seconde que le premier « raid », volontaire ou non, sur ma page publique viendrait d’elle. Je lui ai écrit en privé de manière très douce pour lui rappeler qu’on se connaissait de longue date et qu’elle n’était pas obligée d’agir comme ça, mais même en privé, j’étais inaudible, tant sa panique morale sur la question trans est grande. Alors j’ai renoncé.

Elle est devenue figure de proue dans la lutte GCs, pour Gender Critical, ou TERF pour Trans-exclusionary radical feminist. Ce sont les groupes se revendiquant du féminisme et excluant les personnes trans. C’est elle qui semble-t-il a partagé ton post à tous ses relais, ce qui a engendré un tel niveau de panique morale dans tes commentaires. Une peur que le méchant lobby LGBT vienne « transifier » ta gamine…

Oui, en deux temps trois mouvements, j’étais devenu celui qui était « cryptotranslobotomisé ». Vous autres, membres du complot trans, vous m’aviez roulé. Les arguments étaient tellement raides que j’ai dû me faire violence pour primo rester calme on m’a traité d’idiot, d’abruti ‒ , puis d’autogynéphile : ‒ j’ai dû regarder la définition, d’ailleurs : « état d’une personne née avec une biologie mâle qui souhaite devenir une femme en étant motivée par l’excitation que le corps d’une femme lui procure en tant qu’homme ».

Ah ah, oui, c’est une notion un peu en carton, créée par Ray Blanchard à la fin des années 1980, dans « The classification and labeling of nonhomosexual gender dysphorias« , avec des critères tellement poreux qu’ils marchaient pour plus de 93% des femmes cisgenres testées, comme l’a montré Charles Mauser (dans Autogynephilia in Women, Journal of Homosexuality, 56:5, pp. 539-547).

Enfin on m’a accusé de vouloir détraquer ma gosse en abordant la question trans avec elle, voire à désirer qu’elle transitionne… ! J’ai vu que des gens voyagent pas mal, mentalement, quand même. Et secundo me demander en pensant contre moi-même si effectivement je ne m’étais pas fait happer dans un truc bizarre. J’ai été très curieux de regarder les arguments des mouvements TERFS, et je me suis astreint à divers documents, émissions de radio, etc. Mais je les trouve bien faibles par rapport à l’intérêt de la reconnaissance et la visibilisation des problématiques trans. Je précise que les arguments ne sont pas tous en carton, j’en comprends les ressorts et les inquiétudes même si je ne les fais pas miennes. J’espère qu’on ne me fera pas le coup de ce que Serge Halimi et Pierre Rimbert appellent le « théorème de Manuel Valls », c’est-à-dire être convaincu d’emblée qu’expliquer un conflit c’est justifier l’agresseur20. Je pense au contraire que comprendre et étudier les choses qu’on ne cautionne pas est un des préalables à leur disparition.

Ce qui étonnant, c’est que ça a eu lieu sur Facebook, pas Twitter.

J’ai une hypothèse. La population sur Facebook est plus âgée, plus parentale que sur Twitter. En ayant ça à l’esprit je ne suis pas étonné du tout. Mais revenons à cette soirée de début d’été ?

Oui. Tu m’expliques que mettre un visage humain, comprendre les ressentis des personnes trans, développer de l’empathie, permettait aux gens, le jour où iels rencontreraient une personne trans à nouveau, de mieux se comporter, en tout cas de minimiser les comportements agressifs ou violents.

Effectivement, c’est souvent la méconnaissance qui engendre la bêtise.

Mais permets-moi quelques questions encore, s’il te plaît ‒ auxquelles tu peux décider de ne pas répondre.

Quels sont les principaux conseils que tu peux donner à quelqu’un·e, enseignant·e ou pas d’ailleurs, qui se retrouve face à une personne qu’il/elle ne parvient pas à genrer fille ou garçon. Qu’est-il recommandé de faire, et au contraire de ne pas faire ?

Ne pas essayer de deviner le genre de la personne par des moyens détournés, car c’est exténuant pour nous de nous faire dévisager ou déshabiller du regard sans cesse.

Si on souhaite savoir comment genrer une personne, il y a une technique simple et élégante : lui demander ses pronoms. Le reste, son genre, sa transition ou ce qu’il y a dans son pantalon, cela la/le regarde, il/elle pourra vous en parler si elle en a envie. Il est de bon ton, et bien vécu de réfréner des questions là-dessus, questions qui semblent peut-être innocentes, mais il y a de fortes chances que ce soit la cinquième fois qu’on nous la pose dans la journée.

Dans la même veine, pour éviter aux personnes trans de devoir déballer leur intimité pour satisfaire la curiosité des gens, il existe des ressources en ligne dont l’excellent site Wiki Trans21 qui saura satisfaire les questions sur la transidentité ou la transition.

Je crois que tu n’apprécies pas qu’on utilise trans comme un nom commun, et tu souhaites qu’on ne l’utilise que comme adjectif. Pourquoi ? Je n’ai pas d’avis là-dessus : si je prends Noir par exemple, je connais des personnes noires qui ne veulent pas êtres réduites au fait d’être « un·e Noir·e », mais aussi des gens qui veulent marquer le fait que le vécu d’un·e Noir·e, en France métropolitiaine, est suffisamment caractéristique pour qu’il soit apparent, dans une catégorie comme « les Noir·es ».

Oui, les personnes trans sont des personnes, des femmes, des hommes… avant d’être transgenres. Transgenre/cisgenre sont de simples adjectifs qui définissent le passé d’une personne. De plus, dire « un·e trans » pourrait laisser entendre que « trans » serait une identité de genre. Or comme je l’ai dit, nous sommes des hommes, femmes, agenres, neutres… Trans c’est une simple précision.

Tu trouveras sans doute des personnes trans qui s’en fichent, mais dans la grande majorité des cas, trans doit rester un adjectif.

Je comprends. C’est un peu comme si, parce qu’avant j’aimais les tartes aux fraises, et maintenant je leur préfère les tartes aux concombres, on me qualifiait de « trans », parce que j’ai changé par rapport au passé.

… Alors que tous les autres on les appellerait soit « fans de tarte aux concombres » ou « fans de tarte aux fraises », tu serais le seul à te faire appeler « trans », ça te ferait pas plaisir, et on aurait l’impression que ce changement te définit plus que le fait que tu aimes la tarte aux concombres.

Si tu étais en situation parentale, et qu’un de tes enfants te fait un coming-out comme tu le fis à tes propres parents, qu’essaierais-tu de dire ou de faire passer ?

Mon support et mon amour inconditionnel pour ellui, et le respect de son identité dans un premier temps. Si j’ai des questions à lui poser, elles peuvent venir après, car je sais que le coming-out est un moment parfois très dur, et mon enfant n’a besoin que de soutien. J’imagine que dans un second temps, je lui proposerai mon aide pour trouver des ressources afin de transitionner si c’est son choix, tout ça dans le respect de son intimité.

Chez les jeunes trans, l’ensemble des études s’intéressant au sujet montrent que le taux de dépression, d’anxiété et de suicide/tentative de suicide baissent chez les enfants qu’on laisse transitionner socialement et médicalement22, et qui vivent dans une famille qui les accepte sous leur identité23.

Si tu pouvais décider d’assainir le cheminement institutionnel d’un·e personne trans, que changerais-tu ?

Je vais parler du cas de la France, parce que c’est là où je vis, mais les revendications de droits dépendent beaucoup des pays où les personnes trans vivent.

Le changement de prénom et de mention de genre/sexe à l’État civil se ferait sur simple déclaration, pour majeur·es et mineur·es. La mention de sexe serait retirée des papiers d’identité, carte vitale incluse (voire serait supprimée entièrement), et la civilité (Monsieur/Madame) serait retirée des documents administratifs.

Je suis assez d’accord avec ça. Même si j’ai applaudi quand certains endroits du monde ont accepté la mention neutre par exemple, ou autre, je pense que neutre ou autre sont des termes assez péjoratifs et faisant des paquets avec des choses très différentes. Je préférerais l’abolition de Monsieur/Madame. Comme je le dis en cours, à part si on est médecin et que la personne vient pour un problème pouvant reposer sur le dimorphisme sexuel, ou à moins que je veuille spécifiquement me reproduire avec la personne, en soi je n’ai aucun intérêt à savoir le genre de la personne en face de moi.

Et ça, je le salue, je le dis et le redirai, j’ai été positivement surprise par la qualité de ton cours « Sexes, genres et autodéfense intellectuelle ».

Tu vas me coûter cher en flagorneries ! Je précise : dans sa version actuelle (car la version en ligne sur YouTube et PeerTube, de 2017, contient assurément des boulettes diverses, que j’ai corrigées lentement).

De la part d’un homme cisgenre hétérosexuel dyadique (non-intersexe), le cours était remarquablement bien documenté, et agencé de manière à ce qu’une personne concernée par tes propos ne se sentirait pas blessée.

Je reprends ma liste « un monde idéal ».

Les personnes intersexes ne seraient plus soumises à des opérations chirurgicales et médicales sans leur consentement, pendant leur enfance. La mention de genre/sexe à l’État civil pour personnes intersexes serait rajoutée, à défaut de supprimer complètement cette mention de genre des papiers.

Les cours d’éducation au genre et à la vie sexuelle seraient plus fournis, et mieux documentés, et des structures comme le Planning Familial interviendraient plus régulièrement pour sensibiliser les jeunes au sujet. Des toilettes et des vestiaires non-genrés seraient mis à la disposition des élèves, qui pourraient changer de prénom dans leur établissement sans que les parents soient nécessairement prévenus.

Les parcours de transition médicaux seraient entièrement remboursés par la Sécu’, seraient dépsychiatrisés au maximum. Et si le passage au statut d’ALD, affection longue durée, a été nécessaire dans le temps pour la reconnaissance de la question, rester sous la houlette pathologique n’est pas tenable à long terme. Et puis les médecins seraient formés à recevoir des patient·es trans.

La PMA serait ouverte aux personnes trans sans conditions. En effet, pour quelles raisons pourrait-on refuser la parentalité aux personnes trans ? Ne sommes-nous pas tou·tes censé·es être égales et égaux en droit ?

Tous ces changements sont demandés depuis des années par les personnes LGBTQI+, et je militerai autant qu’il le faudra pour que le gouvernement en place accède à ces demandes.

Beaucoup de gens (généralement cis d’ailleurs) s’inquiètent d’une « mode » trans. D’une lubie. Que penses-tu de cet argument, qui évidemment entraîne l’inquiétude quant aux différents traitements ou chirurgies ? Et des cas de « repenti·es » (terme affreux, qui rappelle les Collaboratori di giustizia, les « repentis » contre la mafia, durant les années de Plomb en Italie) ?

Bien sûr que chaque « syndrome », depuis les troubles du spectre autistique jusqu’au COVID long, de Lyme au colon irritable en passant par l’électrosensibilité, reçoit son lot de faux positifs, avec des personnes qui pensent trouver illusoirement dans une reconnaissance du syndrome les raisons de leur mal-être. On ne peut exclure que certaines personnes pensent trouver une pseudo-solution en transitionnant. D’ailleurs, c’est le cas, il existe des personnes qui détransitionnent, socialement ou médicalement par exemple, car leur genre avait fluctué : environ 10 %24 des gens qui ont détransitionné (temporairement ou non) l’ont fait pour une fluctuation de leur identité de genre ou de désir d’expression de genre. C’est donc environ 0.1 % des personnes qui transitionnent.

Il ne s’agit pas d’ignorer ces gens, aussi peu nombreu·ses soient-iels, et de fermer les oreilles sur leurs histoires. Ce petit nombre de détransitions pourrait s’expliquer par le fait que certain·es interprètent un mal-être comme étant de la dysphorie de genre, se sentent mieux une fois dans un milieu social où l’on est accepté·e et aimé·e (la communauté LGBTQI+), transitionnent, et se rendent compte à mi-chemin que ce n’était pas pour elleux, ou pas ce qu’iels voulaient vraiment.

Mais de là à faire de la transidentité une mode ? Il faudrait pour cela que ce soit un peu gratifiant, et si l’on excepte le love bombing que l’on reçoit quand on entre dans la communauté, partout ailleurs c’est tout sauf gratifiant. Ce n’est pas comme un diagnostic HPI (haut potentiel intellectuel), où s’en revendiquer est facile et apporte peu de conséquences négatives. Les transitions sont de véritables parcours de combattant·e, et nos vies n’ont pas grand chose d’enviable. Imaginez-vous à ma place. Hormis dans quelques milieux protégés, la moindre sortie dans la rue peut devenir un enfer, la moindre rencontre un cauchemar. Vivre une vie de personne trans en France (et ne parlons pas du reste du monde) en 2022 n’est pas enviable, tellement pas que cela retarde certaines personnes en souffrance dans la reconnaissance de ce qu’elles vivent. Drôle de mode, que d’être objet de panique morale à chaque coin de rue. Le jeu n’en vaut pas la chandelle si l’on ne ressent pas de dysphorie de genre : se reconnaître comme personne et transitionner expose à des risques énormes dans tous les domaines (emplois, travail, relationnel, affectif, de sécurité, de soins, de logement, etc.)25. Seule la détresse intense déclenchée par une dysphorie de genre peut pousser à rester sur ce chemin.

En passant, pour l’anecdote, tout au long de l’histoire, et ce, au moins depuis l’empire néobabylonien (-1800) pour la première trace écrite, la transidentité a existé, notamment aux travers de personnages comme Eleonor Rykener (~1390), le Chevalier d’Eon (1728-1810), Alan L. Hart (1890-1962) ou Willmer Broadnax (1916-1992) pour ne rester qu’en Europe. La littérature scientifique anthropologique documente aussi des transidentités, et des sociétés possédant plus que deux genres, dès l’Antiquité en Europe, en Afrique, en Asie, ainsi que chez les Premières Nations des Amériques. Maintenant, l’idée que cela pourrait être dû à un phénomène de contagion sociale, pourquoi pas, il y a bien des formes de contagions sociales dans les folies/psychoses collectives26, et tu nous en parles en cours.

Il s’agit de l’hypothèse d’une chercheuse en sociologie, Lisa Littman, dans un papier intitulé Rapid-Onset Gender Dysphoria27, qui a été lourdement corrigé dans le journal dans lequel il était publié, avec des avertissements de lecture, et a été critiqué depuis de nombreuses fois28 par les pairs de Littman pour son manque de méthodologie et les biais de sélection présents. Le faisceau de preuves actuel dément l’idée d’une contagion sociale29.

En gros, ce que tu dis, c’est que les esprits chagrins préfèrent faire un effet cigogne, en confondant corrélation et cause, présumant que c’est la mode qui est cause du nombre croissant de personnes trans, alors que c’est du fait de la libération de la parole qu’un nombre croissant de gens transitionnent. Ça ne serait pas étonnant, puisque cette envie dilatoire d’y voir une « mode » a été utilisée pour à peu près tout ce qui dérangeait, depuis la « mode » de l’évasion des esclaves noir·es (au point qu’on invente un syndrome pathologique pour ça, la drapétomanie, signée Samuel Cartwright 1851) à la « mode » de l’homosexualité, ou la « mode » des #metoo. De la « mode » au « complot », il n’y a qu’un pas conceptuel, d’ailleurs, les deux étant des entités mobilisées sans que la situation ne le nécessite. Guillaume d’Occam aurait mis un coup de rasoir là-dedans.

Je comprends les parents qui pourraient être inquiets, cependant qu’iels se rassurent, aucune chirurgie n’est possible avant la majorité, et les bloqueurs de puberté que l’on propose pour retarder la puberté sont réversibles.

Le seul effet secondaire qui pourrait susciter une inquiétude est l’affaiblissement de la densité osseuse (d’environ 2%, c’est très peu), et c’est observé uniquement chez une minorité de patient·es, en plus d’être en soi courant dans la population cisgenre.

Dans le cas des personnes détrans (le nom des « repenties »), il s’agit d’une très faible minorité, environ 1%30 des personnes transitionnant, dont la proportion n’a pas évolué les 20 dernières années. D’ailleurs parmi les gens qui détransitionnent, seule une minorité le fait car elle s’est trompée de genre. La plupart le font car iels… ne supportent pas la transphobie allant avec la transition31 ! Pour 36%, la pression parentale, 33% car transitionner était trop dur, 33% pression sociétale et/ou communautaire, 27% transphobie à l’embauche, 26% pression familiale (non-parentale) ou encore 20% pression du conjoint·e. J’ai décortiqué l’étude en question, c’est disponible ici, même sans compte Twitter32.

Ce que tu veux dire, c’est que les personnes trans sont déjà bien minoritaires, que les personnes détrans sont 1% d’entre elles, et parmi ces 1%, une fraction faible seulement s’est trompée de genre. Autant dire pas beaucoup. Et que le focus est mis sur ces cas rares.

C’est exactement ça. L’instrumentalisation des personnes détrans pour taper sur les personnes trans… c’est bas.

J’entends parfois des féministes radicales (dont je suis assez proche sur le plan des idées d’habitude) critiquer l’arrivée des personnes trans dans leurs rangs. Il y a un argument qui circule qui est celui-ci : est-il légitime qu’une femme trans puisse rejoindre les groupes de femmes, et faire « siennes » en 30 minutes les oppressions que les autres femmes cis présentes vivent depuis la plus tendre enfance. Un peu comme un blanc qui au moyen d’un black face en se maquillant en noir, pouvait revendiquer la même historicité d’oppression et de classe que les Noir·es présent·es dans un groupe non-mixte noir, et y revendiquer une place.

Les féministes radicales, dites aussi radfem, ne sont pas toutes transphobes, loin de là. Tout dépend ce que tu mets derrière le mot « radical ». La plupart des collectifs qu’on pourrait qualifier de radicaux (et les autres aussi d’ailleurs, moins radicaux) se basent sur le féminisme intersectionnel, c’est-à-dire un féminisme qui se pose à l’intersection d’autres luttes : celle contre le racisme, l’islamophobie, l’homophobie, la transphobie, la précarisation, etc. Il s’agit donc d’un féminisme qui défend toutes les femmes, pas uniquement les femmes blanches, riches, hétéro, etc.

Si on parle des féministes radicales qui s’opposent aux personnes trans, on les appelle des TERFs ou GCs (voir plus haut). Ces dernières, souvent proches des mouvements conservateurs comme la Manif Pour Tous, le Rassemblement National ou l’Alt-right aux États-Unis, militent pour des positions essentialistes excluant les personnes trans du féminisme.

Or les femmes trans vivent elles aussi le sexisme et le patriarcat en tant que femmes, et ont donc leur place dans la lutte féministe. Pour te donner une idée, voici une liste non-exhaustive de toutes les situations sexistes que les femmes trans (et cis) vivent :

  • se faire suivre dans la rue,
  • être harcelée au travail, dans les bars,
  • se faire mansplainer (situation où un homme explique à une femme ce qu’elle sait déjà, voire ce dont elle est experte, sur un ton partenaliste/condescendant),
  • avoir une différence de paie,
  • devoir travailler avec un syndrome pré-menstruel ou des règles douloureuses,
  • recevoir des injonctions à la virginité,
  • vivre du slutshaming (ensemble d’attitudes consistant à couvrir de honte les personnes ayant une sexualité jugée hors-norme),
  • se faire siffler,
  • se faire droguer en bars/boîtes,
  • subir les blagues sexistes sur les lieux de travail,
  • se heurter au plafond de verre sociologique,
  • vivre des violences gynécologiques et médicales,
  • subir des refus de considération de la souffrance,

sans parler des féminicides y compris par conjoints, les injonctions à l’habillement, les stéréotypes, injures, la fétichisation, les dickpicks (photos de phallus non-demandées), et j’en passe

À peu près tout, en fait, sauf ce qui est lié au système reproductif, comme l’avortement mais si on se base là-dessus, quid des femmes cisgenres stériles ? , ou à l’existence d’une vulve à la naissance (excision, infibulations, et autres.) mais dans ce cas là, ça concerne aussi les personnes transgenres, transmasculines.

Je me répète, mais par cet argumentaire, je ne cherche pas à montrer que les femmes trans sont des femmes du fait qu’elles sont oppressées par les hommes (on pourrait, mais je ne suis pas assez calée en matérialisme féministe33 pour me prononcer là dessus), mais du fait qu’elles sont oppressées comme les autres femmes, et donc elles sont légitimes dans la lutte féministe.

Pour l’analogie à la blackface, fréquente dans certains débats avec des GCs, ma réponse va être décevante : l’existence de personnes se reconnaissant dans une autre couleur de peau que celle de naissance n’est pas documentée scientifiquement et/ou historiquement. Il semblerait donc bien qu’il s’agisse juste d’anecdotes analogiques servant aux personnes anti-trans pour attaquer ces dernières.

Y a-t-il des sujets qui font dissensus dans votre communauté (si tant est que ce soit une communauté homogène), et si oui sur quoi ?

Je vais partir du principe que tu entends « des dissensus sur la communauté, dans votre communauté », car sinon, il y a autant de dissensus qu’il y a d’individus : la communauté trans n’est pas, comme tu le présumes, un ensemble homogène de personnes. On peut certes trouver un certain nombre de points où les personnes trans sont pour la majorité d’accord (la question de nos droits, ou le positionnement politique, plus souvent à gauche de l’échiquier politique), mais même là, on trouve des personnes trans luttant contre leurs propres droits, et se positionnant à l’extrême-droite.

La chose qui me vient le plus spontanément à l’esprit, c’est la définition du mot trans (ce dont je te parlais au début).

Les deux définitions les plus communes sont les suivantes, et elles s’opposent sur certains points.

« Une personne trans est un personne s’identifiant d’un genre différent que celui assigné à la naissance »

(définition « psychologique » parfois appelée « libérale »), et

« Une personne trans est une personne transitionnant/ayant transitionné afin de changer de classe de sexe/genre »

(définition matérialiste).

Dans une définition, la transidentité est liée à un aspect psycho-sexué, alors que dans l’autre elle se rattache à un aspect social. Si ces deux définitions se recouvrent sur certains points, elles sont contradictoires sur d’autres. Par exemple une personne non-binaire ne transitionnant pas ou peu (socialement, médicalement, administrativement…) serait définie comme trans par la première définition, mais pas la seconde.

C’est pour ça que j’ai utilisé cette définition au tout début : « Une personne trans […] c’est quelqu’un·e dont le genre est différent de celui qu’on lui a assigné à la naissance et qui met en place des moyens pour qu’elle soit perçue et considérée comme son genre. » en étant volontairement floue sur « moyen ».

Quels choix fais-tu sur les Réseaux Sociaux ? Penses-tu qu’il soit rationnel d’aller ferrailler sur Twitter par exemple ? (je n’ai pas d’avis).

J’ai choisi de revendiquer ma transidentité et d’essayer d’aborder le sujet sous un angle un peu sceptique/académique sur mon compte Twitter (@LouTheSceptic), en vulgarisant des études sur la transition ou les détransitions par exemple, ou bien en « débunkant » des contenus transphobes. J’essaye de garder un « calme épistémique » même si ce n’est pas évident certains jours. Je me suis promise de n’insulter personne, et il me semble que je me suis tenue à cette règle jusqu’ici.

La plupart de mon temps, j’amène une contradiction sourcée scientifiquement aux propos transphobes, afin que quelqu’un·e qui n’aurait pas d’avis sur le sujet, et qui tomberait dessus, ne puisse pas penser que la rhétorique des personnes transphobes est juste.

Est-ce un choix rationnel ? Je suis bien mal placée pour te répondre (biaisée, diraient certain·es). J’aime à penser que ce n’est pas inutile, et si c’était le cas j’espère que je ne m’entêterait pas dans un combat vain. D’ailleurs, j’ai quelques victoires à mon actif, des personnes que j’ai réussi à convaincre sur différents points (contagion sociale, tropes TERFs, dimorphisme sexe/genre avec performativité du genre sur le sexe…), avec qui j’ai eu des échanges par messages privés et qui m’ont avoué ensuite avoir eu l’inquiétude (souvent vis-à-vis d’un·e proche) pour moteur.

De plus, Twitter m’a permis de rencontrer des personnes qui partagent mes vécus, mes expériences, mes passions et mes combats, et d’échanger avec elles. Il permet de mettre en avant mes productions et celles des autres.

Ce réseau social est sans doute l’un des pires mais j’en tire assez de bénéfices pour qu’ils compensent les choses négatives. Le jour où ça ne sera plus le cas, je supprimerai l’application.

Un mot de la fin ?

Si mon témoignage permet à une seule personne de ne pas blesser un·e ami·e, collègue, enfant, parent le jour de son coming-out, alors il n’aura pas été vain.

La communauté sceptique manque de représentation LGBTQI+ visible, positive, et ses sujets ne sont pas saisis par les plus médiatiques, les plus visibles. Or, s’ il y a bien une alliée dont ne peuvent se passer les luttes sociales, c’est bien la science. Et si celleux qui ont les plateformes les plus utilisées sensibilisent un grand nombre de personnes complètement extérieures à ce sujet, alors la transphobie et l’homophobie baisseront. Comme j’aime à le penser, la haine et le mépris s’arrêtent où commencent la compréhension et l’empathie pour autrui. Et cela passe par une forme d’éducation populaire (mais pas seulement) et de représentations de figures LGBTQI+ positives au sein de la communauté. Pas juste des phénomènes nommés et pointés par des spécialistes, mais des personnes concernées invitées pour en parler elles-même, lors d’entretiens.

Richard, étant une des « figures du mouvement sceptique et zététique francophone » (c’est pas moi qui le dit, c’est Wikipédia), tu utilises ta plateforme pour mettre en avant cette lutte, et je t’en remercie, ça fait de toi un allié des luttes LGTBQI+. Heureusement tu n’es pas le seul parmi les hommes cisgenres, Jérémy Royaux ou « Bunker D » défendent eux aussi ces luttes. J’espère que cela marque le début d’un changement positif sur le sujet.

Il y a déjà des soubresauts. J’ai effectivement suivi (de loin) que la fédération FIDESS a retoqué un dossier de très mauvaise qualité et assez dénigrant sur la transidentité, produit par l’association des Sceptiques du Québec (SdQ), qui l’a assez mal pris. Suffisamment mal pris d’ailleurs pour ne pas chercher à réellement revoir sa copie, et de fait la FIDESS, qui fait vœu consubstantiel d’intégrer les luttes sociales minoritaires dans son programme sceptique, a décidé d’exclure l’association. Action lourde, grave, courageuse, qui « pose clairement le projet ». Je vois ça d’un bon œil. Et je prédis que la jeune génération chez les Sceptiques du Québec saura revenir rapidement.

J’espère ! Jérémy Royaux (du Comité Para) m’avait fait parvenir une copie de l’article. J’ai pu le lire avant la publication de leur rapport pour la FIDESS. Je me souviens, à l’époque, avoir été choquée par la lecture. Le numéro comptait cinq articles sur la transidentité, tous aussi mauvais les uns que les autres. Le quatrième article comportait une telle violence, que je me souviens avoir écrit à Jérémy, dans ma réponse par mail « je me suis arrêtée à la troisième page [de l’article], c’était trop douloureux. » Car si les propos étaient en soi faux d’un point de vue scientifique, ils étaient aussi très durs à l’encontre des personnes trans, au point de me donner l’envie de vomir, de pleurer, ou les deux.

Ayant suivi le dossier de près, je suis contente de voir que la FIDESS s’est positionnée sur le sujet. Je souhaite évidemment le meilleur à la prochaine génération de SdQ, qui saura s’affranchir de cet héritage.

Au fait, pourrait-on t’en vouloir d’avoir répondu à mes questions ?

J’imagine que c’est possible. Plein de gens ne sont pas d’accord avec moi, et surtout j’ai conscience de ne pas être la voix la plus légitime sur le sujet, et d’autres partagent le même combat que moi, entre scepticisme et droit des personnes trans, et le font bien mieux que moi. Je pense notamment à Karine Espineira, sociologue au CNRS, qui accomplit un travail titanesque sur le sujet. Dr. Sornette de Zet-Ethique Metacritique, qui a fait récemment son coming-out, tout comme Chayka de Hacking Social ou « @Petite_Core » portent les voix des personnes trans au sein du monde sceptique. Plein de militant·es ont une vie plus dure que la mienne, des expériences plus complexes et riches35, souffrent de plus d’oppressions que moi. Et pourtant c’est mon témoignage qui se retrouve ici.

Oui, je suis une étudiante trans, mais j’ai la chance d’être blanche, relativement valide, de ne pas être internée dans un hôpital psychiatrique, d’avoir des parents fonctionnaires qui gagnent assez d’argent pour que je ne sois pas précaire, qui m’acceptent comme je suis, qui ne me menacent pas de mort, ne me foutent pas à la porte, qui ne me font pas de viols correctifs ou d’autres thérapies de conversion.

Je vis dans un pays dont je parle la langue, dont j’ai la citoyenneté, où les personnes trans ne sont pas arrêtées et directement mises en prison, et où j’ai une croyance qui n’est pas minoritaire (athéisme agnostique).

Si tu savais, Richard, toutes les histoires que j’ai entendues de la part de certain·es camarades trans, qui ont des vies tellement plus dures que la mienne ! Cela me donne d’autant plus envie de me battre pour mes adelphes, afin qu’un jour il n’y ait plus d’oppressions à notre encontre.

Les représentations LGBTQI+ positives sont nécessaires, tout comme l’éducation populaire. Si depuis mon enfance, il y avait eu des artistes, personnages de dessin animés et films trans, qu’on parlait de ces sujets en bien à l’école, alors jamais je ne serais passée par les moments durs de ma vie. Toute personne, quel que soit son âge, a besoin de s’identifier à des figures, des role-models pour se construire et se projeter. Les personnes trans ne font pas exception à la règle.

Je demanderais volontiers ceci à notre lectorat : le jour où votre enfant, ami·e, parent, collègue, conjoint·e ou tout·e autre personne proche vous fait son coming-out, soutenez-la, aimez-la, car elle traverse sans aucun doute une phase extrêmement dure de sa vie.

Et si vous êtes sceptique, zététicien·ne, académicien·ne, vulgarisateur·ice ou rationaliste, nous ne serons pas de trop à nous défendre contre les thèses pseudo-scientifiques brandies dans les milieux transphobes. Cela passera par la mise en avant des personnes dont c’est le combat et la sensibilisation du public critique à ce sujet.

Il y aura un prix à payer.

Vous serez accusé·e d’être lobotomisé·e par le lobby gay et lesbien, de vouloir transformer vos enfants et en faire des dépravé·es, d’être autogynéphile, de vouloir renverser la société, d’accomplir l’œuvre de Satan en contestant les catégories sexuelles telles que Dieu les a créées, et pire encore, de politiser la zététique qui devrait rester neutre, un peu comme la Suisse de 1940. Je le sais, de tout cela on m’a fait le coup ! Mais tout ceci, multiplié par 100, ne vaudra jamais la quantité de souffrance endurée par un·e personne trans qui se cache dans une identité qui n’est pas la sienne. Alors je trouve qu’il est de ma responsabilité à moi, intellectuel bouffi de privilèges et bien dans mon corps, et plus qu’à quiconque puisque le bien collectif me paye à lire des livres, de faire écho à des histoires comme la tienne, Lou. Et puis moi, j’ai peu de risques de mourir d’avoir publié un tel article. Toi plus. Alors merci.

Et merci aux braves gens qui ont contribué à décoquiller ce texte, en particulier Claire Druez et Frédéric Verhaege.

 

1Pour une synthèse, Slagstad K. (May 2019). Asperger, the Nazis and the children – the history of the birth of a diagnosis. Tidsskrift for den Norske Laegeforening. 139 (9). Et un résumé ici https://www.monvoisin.xyz/hans-asperger-etait-il-nazi/

2Bigelsen, Jayne et al. Maladaptive daydreaming: Evidence for an under-researched mental health disorder. Consciousness and cognition vol. 42 (2016): 254-266. doi:10.1016/j.concog.2016.03.017

3Somer, Eli et al. The Comorbidity of Daydreaming Disorder (Maladaptive Daydreaming). The Journal of nervous and mental disease vol. 205,7 (2017): 525-530. doi:10.1097/NMD.0000000000000685 ().

4Jack G. Shaheen, Reel Bad Arabs: How Hollywood Vilifies a People (2001), Olive Branch Press, Interlink Publishing Group, réédition 2012, et le documentaire qui en est tiré Hollywood et les Arabes de Sut Jally (2007)

5Camille, Binge Audio, épisode 17, 2020 https://www.binge.audio/podcast/camille/le-grand-mechant-queer

6Antoninus Liberalis Les Métamorphoses (1968), éditions Les Belles Lettres, page 48 (XVII. LEUCIPPOS) https://b-ok.cc/book/5443074/27c0be

7D’après l’Urban Dictionnary, 3ème et 4ème définition.

8 Catherine Meyer (ss. Dir.) Le Livre Noir de la Psychanalyse, éditions Les Arènes (2010) ou Jacques Van Rillaer, Les désillusions de la psychanalyse, Éditions Mardaga (2021).

9Georg Groddeck, Le Livre du ça (1923), Gallimard (1963), collection Bibliothèque des Idées.

10LGBTQI+ est lacronyme désignant les orientations sexuelles et identités de genre marginalisées, en l’occurrence lesbienne, gay, bisexuel·le, trans, queer, intersexes et autres orientations et identités (+).

11Herman et al. for the UCLA: William Institute (2022) How Many Adults and Youth Identify as Transgender in the United States? https://williamsinstitute.law.ucla.edu/publications/trans-adults-united-states/ ().

12Burton, Lisa & Kinney, Ann (2016) Minnesota Student Survey Statewide 2016 (ici).

13Meerwijk, Esther L., and Jae M. Sevelius. Transgender Population Size in the United States: a Meta-Regression of Population-Based Probability Samples. American journal of public health vol. 107,2 (2017): e1-e8. doi:10.2105/AJPH.2016.303578 ().

14Nolan, Ian T. et al., Demographic and temporal trends in transgender identities and gender confirming surgery. Translational andrology and urology vol. 8,3 (2019): 184-190. doi:10.21037/tau.2019.04.09 ().

16Pour lire un peu plus sur le sujet : https://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie

17Dans « Manière de voir » #179, Vérités et mensonges au nom de la science octobre-novembre 2021 https://www.monde-diplomatique.fr/mav/179/MONVOISIN/63588

18Reconnaitrans, de Laurier The Fox (2021), éditions Lapin.

20Dans « Un voluptueux bourrage de crâne », Le Monde diplomatique, septembre 2022, p 28.

22Durwood et al. (2016). Mental Health and Self-Worth in Socially-Transitioned Transgender Youth. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, (), S0890856716319414–. doi:10.1016/j.jaac.2016.10.016 (ici)

23Katz-Wise et al. (2018). Family Functioning and Mental Health of Transgender and Gender-Nonconforming Youth in the Trans Teen and Family Narratives Project. The Journal of Sex Research, (), 1–9. doi:10.1080/00224499.2017.1415291

24J. Turban et al. (2021) “Factors Leading to “Detransition” Among Transgender and Gender Diverse People in the United States: A Mixed-Methods Analysis.” LGBT Health.Jun 2021.273-280.http://doi.org/10.1089/lgbt.2020.0437 ().

25James, S. E. et al (2016). The Report of the 2015 U.S. Transgender Survey. Washington, DC: National Center for Transgender Equality (ici).

26C’est l’un des sujets de recherche du sociologue médical Robert Bartholomew, en poste à Auckland, Nouvelle-Zélande.

27Littman, Lisa. Parent reports of adolescents and young adults perceived to show signs of a rapid onset of gender dysphoria. PloS one vol. 13,8 e0202330. 16 Aug. 2018, doi:10.1371/journal.pone.0202330 (ici).

28Ashley, Florence (2020). A critical commentary on “rapid-onset gender dysphoria”. The Sociological Review, 68(4), 779–799. doi:10.1177/0038026120934693 (ici)

29Turban et al. (2022) Sex Assigned at Birth Ratio Among Transgender and Gender Diverse Adolescents in the United States. Pediatrics. 150(3): e2022056567 (ici).

30Wiepjes, Chantal M et al. The Amsterdam Cohort of Gender Dysphoria Study (1972-2015): Trends in Prevalence, Treatment, and Regrets. The journal of sexual medicine vol. 15,4 (2018): 582-590. doi:10.1016/j.jsxm.2018.01.016 (ici).

31Jack L. Turban, Stephanie S. Loo, Anthony N. Almazan, and Alex S. Keuroghlian. Factors Leading to “Detransition” Among Transgender and Gender Diverse People in the United States: A Mixed-Methods Analysis. LGBT Health.Jun 2021.273-280.http://doi.org/10.1089/lgbt.2020.0437

33Le féminisme matérialiste est un courant du féminisme utilisant le principe de lutte des classes appliqué au patriarcat. Pour ce courant anti-essentialiste, c’est-à-dire qui évite de postuler une « essence féminine » ou « masculine, l’origine du patriarcat n’est pas lié à une quelconque nature spécifique des femmes, qu’elle soit biologique ou psychologique, mais à l’organisation de la société et à ses luttes socioéconomiques

35Et pour lire leurs témoignages, rien de tel que la bande dessinée Reconnaitrans, déjà citée plus haut. Aux éditions Lapin.

11 réponses

  1. Gangster Granule dit :

    Très bel article. Merci à vous deux.

  2. MarieM dit :

    En tant que femme/cis/hétéro/blanche/quadra/mère/scientifique/csp+ qui ne comprend pas pourquoi le mouvement féministe se déchire sur les questions de sexe et de genre, je vous remercie tous les 2 pour ce très beau témoignage. Et aussi pour la qualité de l’échange et les ref biblio.

  3. Jean-Rémy El Baze dit :

    Quel magnifique article. J’étais essoufflé en le lisant.
    J’avais des à priori ironiques sur le sujet que je pensais anecdotique.
    Si un proche m’avais dit être trans, j’aurais probablement eu un moment de sidération qui aurait pu être mal interprété.
    Merci pour cette ouverture sur le monde.

  4. Fred dit :

    Yep, super entretien, donc moi aussi je vous remercie tous les deux (et surtout Lou ;)).

    Il y a quelques coquilles, qui ne gênent pas le sens (donc on s’en fiche un peu), sauf une phrase qui je crois dit le contraire de ce qu’elle essaye de dire, je cite :
    « La plupart de mon temps, j’amène une contradiction sourcée scientifiquement aux propos transphobes, afin que quelqu’un·e qui n’aurait pas d’avis sur le sujet, et qui tomberait dessus, pense que la rhétorique des personnes transphobes est juste. »

    Au plaisir.

  5. Bertrand COMPAN dit :

    Merci à vous deux

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