Richard, fier, et Lou, bran­dis­sant le glaive de la pen­sée cri­tique.
[Œuvre de @Firespr1te]

Lou, l’exer­cice auquel je te convie n’est pas facile. Car s’il est une chose d’a­bor­der des pro­blé­ma­tiques sociales, il en est une autre de les vivre dans sa chair. Tu as été « mon » étu­diante au semestre pré­cé­dent, nous avons tra­vaillé ensemble, et nous n’a­vons plus de lien de subor­di­na­tion désor­mais. Tu es une femme trans, et pour qui s’in­té­resse comme moi aux ques­tions de sexe et de genre, appré­hen­der ton vécu est très pré­cieux.

Alors j’ai­me­rais te poser une rafale de ques­tions, aux­quelles bien sûr tu peux refu­ser de répondre. Je vais les trous­ser de façon à ce qu’elles ne contiennent pas de pré­re­quis, comme ça, même la per­sonne la moins infor­mée sur le sujet pour­ra suivre.

Ver­sion pdf de cet entre­tien.

Nou­veau ! Il y a une ver­sion sonore de cet entre­tien. Pour les cama­rades qui ont du mal à lire de grosses tar­tines, nous nous sommes attelé·es, Lou et moi, à la lec­ture de notre entre­tien. Ce n’est pas une per­for­mance acteur-stu­dio, nous avons fait ça à l’ar­rache sur un coin de table, sans edi­ting. Mais c’est fait avec la foi du char­bon­nier. Il y en a pour presque deux heures, donc vous pou­vez vous mettre ça dans les oreilles pen­dant vos tâches ména­gères ! Télé­char­ger ici ou écou­ter ci-des­sous.

Laisse-moi com­men­cer par celle-ci : c’est quoi une per­sonne trans ?

Il y a plu­sieurs défi­ni­tions, la tran­si­den­ti­té c’est une notion poreuse et c’est un sujet qui fait dis­sen­sus. Je vais essayer d’être la plus consen­suelle pos­sible. Une per­sonne trans­genre, ou per­sonne trans, c’est quelqu’un·e dont le genre est dif­fé­rent de celui qu’on lui a assi­gné à la nais­sance et qui met en place des moyens pour qu’elle soit per­çue et consi­dé­rée comme son genre.

En gros, à la nais­sance, sur la base de l’as­pect de tes par­ties géni­tales, la/le soignant.e qui t’ob­serve t’as­signe un genre, homme ou femme. Je dis bien genre et pas sexe, car on ne peut en réa­li­té assi­gner un sexe juste sur ce que tu as entre les jambes.

Effec­ti­ve­ment, chez les humains on a trois façons de sexuer : selon les organes géni­taux appa­rents (on appelle ça le phé­no­type, l’en­semble des traits obser­vables d’un orga­nisme), selon les gamètes qu’on pro­duit – ovules ou sper­ma­to­zoïdes ; et selon les chro­mo­somes (XX, XY, ou autres). Et des fois, les trois ne se recouvrent pas.

Il arrive que chez des gens, le genre que le ou la soignant·e a déci­dé de t’at­tri­buer ne soit pas le bon, et que tu sois en fait d’un autre genre. On dit donc que tu es trans­genre.

Que veux-tu dire par être d’un autre genre ? J’i­ma­gine que ce n’est pas un matin, on se réveille et on se dit tiens, je suis d’un autre genre. Dit autre­ment : com­ment toi, tu t’es « ren­due compte » que le genre qu’on t’a assi­gné n’é­tait pas le bon ?

Il faut com­prendre que le genre, c’est une construc­tion sociale, un ensemble de com­por­te­ments et rôles cultu­rels et sté­réo­ty­pés dans les­quels les gens se recon­naissent plus ou moins, et adaptent leur com­por­te­ment. Des fois, on a l’im­pres­sion de ne pas se recon­naître dans le rôle social attri­bué à la nais­sance « fille » ou « gar­çon », à tel point qu’on veuille en chan­ger.

Ça arrive en géné­ral à l’a­do­les­cence, c’est le moment où les sté­réo­types gen­rés deviennent de plus en plus forts, avec la puber­té qui arrive et qui scinde filles et gar­çons de manière très dis­tincte. On sent qu’il y a quelque chose qui ne va pas, on se pose des ques­tions. Dans mon cas, j’ai pas­sé pas mal de temps à rêver de deve­nir une fille.

Donc je résume : on t’as­signe gar­çon à la nais­sance, et tu sens bien que ça ne colle pas. Que tu te vis fille, que tu res­sens ça comme une… évi­dence. Tu en parles, à l’é­poque ? Tu le mets en mots, déjà ?

À l’é­poque, pas du tout. Je ne connais­sais même pas le mot trans­genre, et après la lec­ture d’un bou­quin de vul­ga­ri­sa­tion sexuelle qui sen­tait bon la psy­cha­na­lyse, j’ai clas­sé ce res­sen­ti comme un fan­tasme et non comme un sen­ti­ment légi­time dans la construc­tion de mon iden­ti­té.

J’ai eu la chance de ne pas avoir une édu­ca­tion très gen­rée. Mes parents n’ont pas spé­cia­le­ment cher­ché à me confor­mer, ma sœur ou moi, aux normes de genre. Il et elle (iels) s’en fichaient sans doute un peu, et avaient cer­tai­ne­ment d’autres choses à nous apprendre que les règles de com­por­te­ment gen­rées. De plus, durant le temps où j’é­tais à l’é­cole pri­maire, les com­por­te­ments et la dis­so­cia­tion garçon/fille étaient très ténus.

Mon école était assez pro­gres­siste, et mis à part dans les toi­lettes, il n’y avait jamais de sépa­ra­tion. Au sein des élèves, même si à cet âge-là, beau­coup des sté­réo­types de genre sont déjà inté­grés et dif­fu­sés, le hasard a fait que je n’y étais soit pas sujette, soit pas atten­tive, du moins pas assez pour déclen­cher ce qu’on appelle une dys­pho­rie de genre. C’est le terme uti­li­sé pour dési­gner la détresse res­sen­tie par une per­sonne à cause du déca­lage entre sa sexua­tion « offi­cielle » (et par exten­sion, le genre asso­cié, impo­sé dans les inter­ac­tions sociales) et le genre vécu.

Quand je rentre au col­lège, les attentes sociales gen­rées aug­mentent petit à petit, notam­ment avec la puber­té qui com­mence, et le déve­lop­pe­ment des inté­rêts roman­tiques et sexuels. Au fait, je suis neu­roa­ty­pique. Tu sais ce que c’est ?

Oui, tu veux dire par là que tu n’es pas dans la « norme » psy­cho-psy­chia­trique clas­sique. Un syn­drome d’As­per­ger ?

Non D’ailleurs tu sais comme moi que l’appellation « syn­drome d’As­per­ger » est pro­blé­ma­tique, pour plein de rai­sons. D’a­bord, coquet­te­rie intel­lec­tuelle ou non, Hans Asper­ger était un méde­cin qui avait une cer­taine affi­ni­té avec le régime nazi.

J’ai sur­vo­lé la lit­té­ra­ture sur ce point, et son rap­port au régime natio­nal socia­liste et à l’idéal eugé­niste qu’il por­tait est mani­feste, mais encore dis­cu­té1.

Et puis cette appel­la­tion est inexacte, et assez péri­mée. Elle était pré­sente dans le DSM-IV de 1994, qua­trième édi­tion du fameux manuel diag­nos­tique et sta­tis­tique des troubles men­taux, et des troubles psy­chia­triques de l’As­so­cia­tion Amé­ri­caine de Psy­chia­trie, qui fait réfé­rence, mais n’apparaît plus dans le DSM-V de 2013. De plus, je n’ai pas des troubles du spectre de l’au­tisme, du moins je n’en pré­sente pas les traits. Mon cer­veau passe son temps à créer des scé­na­rios fan­tas­tiques, tous les jours, plu­sieurs fois par jour. C’est le symp­tôme d’un trouble appe­lé « Mala­dap­tive Day­drea­ming »2 ou Rêve­rie Inadap­tée, très comor­bide aux troubles de l’at­ten­tion avec ou sans hyper­ac­ti­vi­té (TDA/H)3.

Je ne sais pas si c’est à cause de ça, mais j’ai tou­jours eu un cer­tain déta­che­ment des com­por­te­ments sociaux. Pour faire simple, j’ai du mal à com­prendre com­ment agir avec les autres, ce qui fait que pour sur­vivre en socié­té, j’in­tel­lec­tua­lise les rap­ports socié­taux (par exemple : « regar­der les yeux de quelqu’un·e quand il nous parle signi­fie por­ter de l’at­ten­tion à ses pro­pos ») puis je repro­duis, par mimé­tisme les com­por­te­ments de mes sem­blables. Cette manière de rela­tion­ner implique donc une cer­taine dis­tance des com­por­te­ments et normes atten­dues en socié­té, ce qui fait, que même si j’y ai tou­jours été sen­sible, d’une manière ou d’une autre, je ne l’ai vécu mal qu’en gran­dis­sant, c’est-à-dire le moment où l’in­té­gra­tion de ses codes s’est faite de manière plus avan­cée.

Entre ça et le fait que j’ai eu la « chance » d’a­voir eu une puber­té assez tar­dive et peu forte, ce qui impli­quait très peu de poils, une voix pas si grave et de manière géné­rale des carac­tères plu­tôt andro­gynes, j’ai eu donc une dys­pho­rie de genre plu­tôt tar­dive, vers le lycée.

Je reprends donc. Si l’ar­ri­vée au col­lège com­mence à sou­le­ver des ques­tions de ma part, le fait que je n’ai jamais été sen­si­bi­li­sée à l’exis­tence même des per­sonnes trans­genres ne me fait dou­ter de rien sur la nature de ces ques­tion­ne­ments.

Les seules fois où l’on parle de tran­si­den­ti­té dans mon enfance sont de manière extrê­me­ment péjo­ra­tive, à la télé­vi­sion ou dans la bouche des adultes, comme des pâles copies clow­nesques du genre oppo­sé, déviant·es sexuel·les ou prostitué·es du bois de Bou­logne. Com­ment vou­lez-vous qu’un·e enfant qui se pose des ques­tions puisse s’i­den­ti­fier à ça ? Impos­sible. Je pré­cise que j’ai un immense res­pect pour mes ami·es travailleur·euses du sexe, ce qui n’é­tait pas le cas des per­sonnes à la télé­vi­sion ou des adultes que j’ai pu fré­quen­ter.

Raoul Silva, un dur à queer

Raoul Sil­va, un dur à queer

Oui, dans ma géné­ra­tion en par­ti­cu­lier on ne se ren­dait pas compte de cette vio­lence. J’ai mis du temps à me rendre compte par exemple que beau­coup de méchants hol­ly­woo­diens étaient soit typés « arabes »4, soit gays, ou queer, enfin tu vois, un truc mena­çant et plus ou moins andro­gyne comme le méchant joué par Javier Bar­deem dans le James Bond Sky­fall. Il y a d’ailleurs sur ce thème un très bon épi­sode de Camille Regache dans son pod­cast Camille, sur Binge Audio : « le grand méchant queer »5.

Exac­te­ment, il faut croire qu’on devra se trim­bal­ler ce genre d’i­mage encore bien long­temps.

Je suis donc res­tée long­temps avec mes inter­ro­ga­tions, nour­ries par des his­toires gra­pillées à droite et à gauche, notam­ment dans Les méta­mor­phoses d’An­to­ni­nus Libe­ra­lis6, dont je pos­sé­dais une ver­sion vul­ga­ri­sée. L’his­toire de Siproï­tès, jeune chas­seur trans­for­mé en femme par Arté­mis, nour­ris­sait mes rêves éveillés.

Je suis très rêveuse, je te l’ai dit, du fait sûre­ment de ma neu­ro-aty­pi­ci­té, et j’ai un sou­ve­nir vif de nombres de ces scé­na­rios impli­quant une trans­for­ma­tion fan­tas­tique de mon corps dans un corps « fémi­nin ». Com­pre­nez : « Le corps sté­réo­ty­pé socia­le­ment consi­dé­ré comme fémi­nin », et des consé­quences que cela impli­que­rait dans ma vie de tous les jours. Très clai­re­ment, j’é­tais à ce point là de ma vie ce qu’on appelle dans la com­mu­nau­té trans un « egg », un « œuf » en fran­çais, c’est-à-dire une per­sonne qui n’a pas encore réa­li­sé qu’elle est trans. Habi­tuel­le­ment, les « œufs » montrent des com­por­te­ments révé­la­teurs d’une per­sonne trans sans s’en rendre compte7.

Donc là, tu es vers la fin du col­lège.

Oui, à ce moment là de ma vie, je suis en 4ème ou en 3ème. Tout pour­rait bien se pas­ser, je pour­rais réa­li­ser que je suis une femme, sauf que l’élé­ment per­tur­ba­teur de l’his­toire arrive pré­ci­sé­ment à ce moment. L’élé­ment per­tur­ba­teur est né le 6 mai 1856 : il s’a­git de Sig­mund Freud, inven­teur de la psy­cha­na­lyse et auteur de ce que je décou­vri­rai être l’une des plus grandes fraudes scien­ti­fiques du 20ème siècle. Mal­heu­reu­se­ment pour lui, les deux élé­ments que je viens de citer sont en fait une seule et même chose8.

Au hasard de mes péré­gri­na­tions au CDI de mon col­lège, que je fré­quen­tais beau­coup pen­dant mon temps libre, je suis tom­bée sur un livre de vul­ga­ri­sa­tion de la vie sexuelle ou de SVT. Mes sou­ve­nirs sont flous, mais il s’a­gis­sait bel et bien d’un livre qui se vou­lait de vul­ga­ri­sa­tion scien­ti­fique. Ce der­nier par­lait de beau­coup de sujets dont je connais­sais tenants et abou­tis­sants, et vu qu’ils concor­daient avec ma com­pré­hen­sion de la vie sexuelle et roman­tique, la cré­dence que je lui accor­dais du fait de son aura « scien­ti­fique » n’a pas fai­blie (biais de confir­ma­tion, quand tu nous tiens).

Mal­heu­reu­se­ment, au milieu du tas d’in­for­ma­tions sans doute exactes, s’é­tait glis­sé un enca­dré fai­sant réfé­rence à la psy­cha­na­lyse freu­dienne, disant que le désir chez les hommes de vou­loir se trans­for­mer en femme était un fan­tasme sexuel déviant, bien que com­mun, sui­vi d’une expli­ca­tion sur l’in­cons­cient et le rap­port aux parents que je vous laisse le soin d’i­ma­gi­ner. Je me suis bien évi­dem­ment recon­nue dans la des­crip­tion notée, ai accep­té cet enca­dré comme vrai et ai enter­ré hon­teu­se­ment ce « fan­tasme » au fond de mon crâne, per­sua­dée d’être une per­verse déviante.

Les éti­que­tages de Freud, entre les œdipien·nes, les refoulé·es, les orgas­miques infan­tiles, etc. conti­nuent plus de 80 ans après sa mort, d’exer­cer leur dik­tat moral. Je suis tom­bé dedans moi aus­si, dans mon ado­les­cence – avec une conster­nante dis­ser­ta­tion de phi­lo en ter­mi­nale sur Le livre du ça, de Georg Grod­deck9 (que j’ai gar­dée quelque part d’ailleurs).

Donc toi aus­si tu as ava­lé tout rond le freu­disme ?

Oui, car j’ai eu long­temps un rap­port mal­sain à la Science avec un grand S. Si j’é­tais fer­me­ment anti-reli­gion une immense par­tie de mon enfance et ado­les­cence, j’ai rapi­de­ment déve­lop­pé une fas­ci­na­tion pour la science, qui a tou­jours rai­son, et qui guide l’hu­ma­ni­té au tra­vers des ténèbres avec sa logique, sa blouse blanche et sa paire de lunettes de pro­tec­tion. Dans les moments de détresse ou d’in­com­pré­hen­sion, je me suis sou­vent tour­née vers elle, comme on se serait tour­né vers une déi­té omni­po­tente et omni­sciente. Or, cette détresse que je com­men­çais à res­sen­tir du sen­ti­ment de se « trans­for­mer en femme » avait reçu une réponse défi­ni­tive, irré­fu­table de la Science – puisque je croyais que Freud, c’é­tait de la Science : c’est un fan­tasme déviant. Me voi­là donc rha­billée pour l’hi­ver, comme tu dirais. Je range ce pro­blème de côté, et toute mani­fes­ta­tion qui refait sur­face est attri­buée à ce fan­tasme que j’es­saye d’i­gno­rer, pleine de honte.

Cela va durer long­temps ?

Oui ! Jus­qu’à fin ter­mi­nale envi­ron, grâce à la zété­tique, entre autres, j’y revien­drai plus tard ! Je m’ac­cep­te­rai plei­ne­ment en tant que femme lors de ma ter­mi­nale, au prin­temps. Assez éton­nam­ment, quelques mois après cette lec­ture au CDI au col­lège, en classe de troi­sième donc, une per­sonne géniale devenu·e maon meilleur·e ami·e, Sasha (dont j’ai volé le pré­nom pour en faire mon second quand j’ai pu choi­sir à la mai­rie pour mon chan­ge­ment, d’où Lou S. Girard) me fai­sait son coming-out. Et je ne fais abso­lu­ment aucun lien entre les deux évè­ne­ments.

Rap­pelle-nous ce que c’est un coming-out ?

C’est sor­tir en anglais, au sens de « sor­tir du pla­card ». On dit ça quand on expose publi­que­ment quelque chose qu’on main­te­nait secret. Là, Sasha s’ex­pose publi­que­ment et se reven­dique per­sonne trans­genre et non-binaire. Du moins, publi­que­ment à moi et une poi­gnée d’ami·es proches.

Non-binaire, tu veux dire par là qu’ael sou­haite sor­tir du car­can des deux genres bien iden­ti­fiés, fille ou gar­çon ?

Exac­te­ment. Sans faire un cours de socio­lo­gie (j’en serais inca­pable), le genre c’est un ensemble de normes sté­réo­ty­pées qui seg­mentent nos com­por­te­ments en socié­té. Le pro­blème, c’est qu’il n’ y a que deux cases (binaire donc), et cer­taines per­sonnes ne se recon­naissent ni dans l’une, ni dans l’autre. Iels se disent donc non-binaires, et c’est un terme para­pluie pour toutes les iden­ti­tés qui ne sont ni filles, ni gar­çons. C’est d’ailleurs pour ça que Sasha choi­sit le pro­nom ael : tan­dis qu’iel est la contrac­tion de il et elle, ael n’est la contrac­tion de rien du tout.

Donc Sasha fait son coming-out.

Je ne sais pas pour­quoi, mais je n’ai fait abso­lu­ment aucun lien entre cet évé­ne­ment et ce que j’avais enter­ré quelques mois aupa­ra­vant. Cela dit, je dois à Sasha, entre mille et une choses, ma sen­si­bi­li­sa­tion aux causes fémi­nistes et LGBTQI+10 : ça a débou­ché sur mon propre coming-out en tant que bisexuelle toute fin col­lège.

Com­plè­te­ment dans la déné­ga­tion de ma tran­si­den­ti­té, je passe viri­le­ment la qua­si-tota­li­té de mon lycée à ten­ter d’af­fir­mer ma mas­cu­li­ni­té par l’habillement, excellent moyen social de se créer une « armure ». Pan­ta­lons tailleurs au pli cen­tral bien repas­sé, che­mises, man­teaux longs et sou­liers en cuirs bien cirés, tout y pas­sait. En tant que gar­çon, j’étais très élé­gant, mais quelque chose n’allait pas.

Je ren­contre mon ex-amou­reux au début de cette période. Nous nous met­tons en couple, un couple par­fai­te­ment hété­ro­sexuel, moi un gar­çon, et lui une fille.

Un peu plus d’un an plus tard, notre couple était tout aus­si hété­ro­sexuel, à l’exception que nos rôles s’étaient inver­sés. J’avais fini par lui faire mon coming-out en tant que femme trans, et lui, à peine une semaine plus tard, son coming-out trans­mas­cu­lin. Drôle de coïn­ci­dence.

Que va-t-il t’ar­ri­ver durant cette année ?

Longue his­toire ! Plu­sieurs élé­ments viennent m’ex­traire du mur de déné­ga­tion der­rière lequel je m’é­tais (viri­le­ment) réfu­giée. Le pre­mier de ces élé­ments, la réponse risque de sur­prendre. Il s’agit… d’Arnaud Thi­ry, alias Astro­no­geek ! En effet, cela fai­sait plu­sieurs années que je sui­vais le Stu­dio de Poche, la pre­mière chaîne qu’il avait créée, consa­crée à la pho­to­gra­phie, une de mes pas­sions. Quand il a arrê­té cette chaîne, je me suis inté­res­sée à la seconde qu’il avait créé, qui par­lait d’astronomie.

Et vu que l’astronomie était un sujet qui m’intéressait beau­coup, au point d’en vou­loir faire mon métier, à l’époque, je me suis mise à suivre la seconde chaîne (avec un peu de retard). Voi­là que je tombe sur sa suite de vidéos sur les crops circles, et je suis émer­veillée. Je découvre qu’il existe un moyen de for­ma­li­ser la méthode scien­ti­fique, que j’adule depuis tou­jours, aux appli­ca­tions de tous les jours, y com­pris aux choses comme les agro­glyphes.

Je découvre donc dans la fou­lée les chaînes You­tube La Tronche en Biais, ani­mée par Tho­mas C. Durand et Vled Tapas, The Scien­ce­Co­der par Lény et Hori­zon-gull, par Viciss et Chay­ka (qui était éga­le­ment une femme trans au pla­card, il me semble, à l’époque).

J’avale quo­ti­dien­ne­ment des tonnes de conte­nus scep­tiques, là où je peux en trou­ver. Dans le même temps, mon enga­ge­ment dans les milieux asso­cia­tifs, notam­ment chez Youth For Cli­mate, me per­met de ren­con­trer plus de per­sonnes trans, et de créer de la repré­sen­ta­tion posi­tive. Des doutes se mettent à me ron­ger. De plus, une autre repré­sen­ta­tion posi­tive se pré­sente à moi, et me montre, que oui c’est pos­sible d’être une adulte « nor­male » ET trans. Il s’a­git de Mrs Yéyé (ou Sunyel) ex-Mr Yéyé, artiste de rock alter­na­tif ayant fait sa tran­si­tion pen­dant sa car­rière musi­cale. Je réécoute en boucle sa chan­son « Je ne suis pas une erreur » (2016), l’his­toire d’une femme trans dont le père refuse l’i­den­ti­té. Pour l’a­nec­dote, cette chan­son est sor­tie avant le coming-out trans de la chan­teuse en 2018.

Alors ce livre, lu il y a des années aurait-il tort sur l’i­dée de « fan­tasme déviant » ? Non, impos­sible. Je sais alors per­ti­nem­ment que je suis une femme trans, et à l’inverse je suis dans le refus le plus abso­lu. Les doutes para­sitent mes nuits, je ne dors plus, je deviens de plus en plus anxieuse, et mes notes baissent. Je déve­loppe une sorte de trans­mi­so­gy­nie, forme de trans­pho­bie propre aux per­sonnes trans­fé­mi­nines, qui quoi­qu’ inté­rio­ri­sée, est immense : je me hais d’être une femme trans, et en même temps, je me per­suade de ne pas en être une. Je tra­verse plu­sieurs courtes phases dépres­sives. Je m’accroche déses­pé­ré­ment à ce livre déni­ché dans un CDI du col­lège, comme ciment pour mon mur de déni (je sais ce que tu vas dire, je ne fais pas réfé­rence à la notion psy­cha­na­ly­tique de déni ici, je devrais mettre déné­ga­tion). Mal­heu­reu­se­ment pour le mur, et heu­reu­se­ment pour moi, à force de regar­der des conte­nus scep­tiques, je finis par tom­ber sur le sujet de la psy­cha­na­lyse. Et le cou­pe­ret tombe. La psy­cha­na­lyse n’est pas une science. Les sources à l’ap­pui de cette affir­ma­tion sont ter­ri­ble­ment solides, bien plus qu’un pauvre bou­quin de vul­ga­ri­sa­tion de san­té sexuelle, dont je suis bien inca­pable de me sou­ve­nir du titre.

J’éteins mon télé­phone, et je vais me per­cher à mon endroit habi­tuel, au bord de la fenêtre. Et je pleure dou­ce­ment. Pour ne pas réveiller ma sœur ou mes parents. Je fré­quen­tais assez de per­sonnes trans pour savoir que leurs vies étaient des com­bats aux­quels je ne vou­lais pas me frot­ter.

Il s’ensuit une période affreuse de doute per­ma­nent, de remise en ques­tion « suis-je vrai­ment trans ? » « Ne serais-je pas en train de faire sem­blant ? » qui dure plu­sieurs mois. C’est la période où j’assume une forme de non-bina­ri­té dans ma tête, du type « Je suis sûre de ne pas être un homme, mais je ne suis pas for­cé­ment une femme ».

Sauf que, en fin de compte, je suis for­cée de me rendre compte que je suis bel et bien une femme.

Tu dis être for­cée de te rendre compte. Qu’est-ce que ça signi­fie concrè­te­ment ?

Essaye de voir ma déné­ga­tion comme une sorte de balance avec, dans chaque pla­teau, le poids des preuves. À droite, « Je suis un homme avec des fan­tasmes étranges » à gauche, « Je suis une femme ».

Avant, le pla­teau de droite fai­sait pen­cher toute la balance déme­su­ré­ment, à cause du poids démen­tiel que je don­nais à la « Science » (le bou­quin de vul­ga­ri­sa­tion du CDI), en plus des normes qu’on dit cis-nor­ma­tives, qui nous accou­tument à l’i­dée qu’être cis­genre est la règle, et qui nous sont incul­quées depuis l’en­fance. Quand je me rends compte que la scien­ti­fi­ci­té du bou­quin est nulle à force de regar­der des conte­nus zété­tiques, le pla­teau de droite perd en poids, tan­dis que des repré­sen­ta­tions posi­tives de per­sonnes trans s’empilent sur le pla­teau de gauche (et viennent fis­su­rer les normes cis-nor­ma­tives au pas­sage).

Tant que le fléau de la balance est pen­ché vers la droite, je suis dans le refus de ma tran­si­den­ti­té. Quand il est hori­zon­tal, je sais que je suis une femme trans, mais je me déteste tel­le­ment que c’est proche du refus. Quand il est pen­ché un peu à gauche, je suis obli­gée d’ad­mettre que je suis une femme. Plus il est à gauche, et moins j’ai de doutes.

Si aujourd’­hui, la balance a un peu chan­gé, il m’ar­rive encore d’a­voir des doutes, ou de m’in­fli­ger une haine inté­rio­ri­sée. C’est pour ça que quelques jours après un gros balan­ce­ment vers la gauche, je m’achète une bague, comme rap­pel constant pour mes périodes de doutes : à chaque fois que je la regar­de­rai, je repen­se­rai qu’il y a a eu des jours où j’étais sûre d’être une femme. C’est la seule que je n’enlève pas pour aller dor­mir.

Je fais mon coming-out à mon ex, puis à mes meilleur·es ami·es, en com­men­çant par ceux qui étaient LGBTQI+, que je pense plus à même de me com­prendre. Je suis abso­lu­ment ter­ri­fiée que les gens cis, c’est-à-dire qui n’ont aucun pro­blème avec leur genre, ou les hétérosexuel·les, qui sont en quelque sorte la norme, ne me rejettent, ne changent leurs rela­tions avec moi, ou me consi­dèrent comme une pré­da­trice sexuelle.

Tu penses ça parce que tu as déjà vu des trans se faire plus ou moins mal­trai­ter ?

Oui, et pas qu’un peu. Je ne te parle pas d’une agres­sion phy­sique ‒ elles existent, mais je n’ai pas assis­té à l’une d’entre elles. J’a­vais déjà vu un peu à l’é­poque les ravages de la trans­pho­bie ‒ la haine, le mépris ou l’in­com­pré­hen­sion des per­sonnes trans et/ou de la tran­si­den­ti­té ‒ sur les réseaux sociaux, où le trope le plus com­mun est le sui­vant :

« Les femmes trans sont des mecs fous/pervers/obsédés sexuels et les hommes trans sont des pauvres filles (les­biennes sou­vent) embri­ga­dées par l’i­déo­lo­gie LGBTQI+ ».

Je te passe les détails, mais la trans­pho­bie était quelque chose qui me fai­sait peur. Une tran­si­tion, ça vou­lait dire la perte de mes pri­vi­lèges d’homme, comme mar­cher tran­quille dans la rue, me faire esti­mer à ma juste valeur par pro­fes­seurs et pairs, etc.

Il se passe quoi, jus­te­ment après cette réa­li­sa­tion et tes pre­miers coming-out ?

Je suis un peu per­due par « ce qu’il faut faire », et man­quant cruel­le­ment d’information et de gui­dance, je prends ren­dez-vous chez ma méde­cin géné­ra­liste pour lui faire part de ce « pro­blème ». Très gen­ti­ment, elle m’explique que ce n’est pas son domaine d’expertise, et qu’elle me recon­tac­te­ra après avoir par­lé à certain·es de ses col­lègues plus expérimenté·es. Quelques semaines plus tard, elle me recon­tacte et m’envoie l’adresse e‑mail d’un par­cours de tran­si­tion géré par le CHU de Gre­noble, qui vient d’ouvrir très récem­ment. En même temps, Sasha et d’autres per­sonnes de YFC m’en parlent.

Au même moment, je suis accep­tée à l’Université Gre­noble-Alpes, dans un par­cours inter­na­tio­nal, en anglais donc. Je sai­sis l’opportunité, et j’en pro­fite pour prendre ren­dez-vous pour la ren­trée sco­laire au CHU.

Pen­dant l’été, je fais le tour de mes ami·es un·e par un·e, en essayant de les avoir seul·e à seul·e. Ce n’est pas facile, et des fois, je dois m’y reprendre à deux, trois fois. Les mots res­tent coin­cés dans ma gorge. « Je suis une femme trans­genre » deviennent les mots qui me créent le plus d’angoisse. À chaque fois, j’ai peur de moque­ries, de colère ou d’incompréhension. Cela n’arrive jamais. À part quelques ques­tions inap­pro­priées dont je me serais pas­sée du style « Tu vas faire l’opération ??? », je ne reçois que l’accueil cha­leu­reux et le sou­tien de mes ami·es de tou­jours.

Chaque jour qui me rap­proche de mon départ de Gre­noble me rend plus anxieuse, car je repousse sans cesse celui où je devrais faire mon coming-out à mes parents. Je sais que je veux le faire avant la ren­trée, parce que je ne veux pas vivre une double iden­ti­té entre Anne­cy et Gre­noble (où je compte bien vivre en tant que femme). Je compte éga­le­ment à ce moment ini­tier des pro­cé­dures de chan­ge­ment de pré­nom. Mais c’est très com­pli­qué à faire sans qu’iels le sachent, au vu des docu­ments que je dois me pro­cu­rer.

Et fina­le­ment, tu y par­viens ?

Il m’est dur de racon­ter ce coming-out. Un soir à la fin du repas, je prends mon cou­rage à deux mains, une boule dans la gorge. Mes parents ont tou­jours été très gen­tils avec moi, mais je pense que c’était trop pour eux. Ils sont com­plè­te­ment cho­qués et ne répondent qua­si­ment pas. Dans les deux semaines qui suivent, l’atmosphère devient très ten­due, mes parents et moi on s’engueule régu­liè­re­ment, et iels me ramènent constam­ment la souf­france que JE leur cause. La phrase la plus ter­rible ? Qu’iels doivent faire le « deuil de leur fils ». Iels vivent le fait que je leur révèle que je suis une femme comme mon décès.

Entre cette pres­sion et la dys­pho­rie de genre, j’étouffe lit­té­ra­le­ment et j’ai l’impression de ne pas voir le bout du tun­nel.

Heu­reu­se­ment, mon départ à Gre­noble me per­met de res­pi­rer, et de lais­ser à mes parents le temps de réflé­chir. C’est un peu ce que j’espérais en chan­geant de ville.

J’ai beau­coup de chance par rap­port à mes cama­rades trans, mes adelphes : je dis mes adelphes car ça rem­place d’un coup frères et sœurs, comme siblings en anglais ou Ges­ch­wis­ter en alle­mand.

Oui, adel­phique, pour « fra­ter­nel », vieux terme que j’ai sou­vent vu pas­ser : il per­met en plus d’é­vi­ter la sacro-sainte bina­ri­té.

Exact. C’est à la fois pra­tique, inclu­sif et en plus tu peux fri­mer avec un mot com­pli­qué que les autres ne connaissent pas for­cé­ment (c’est une blague, bien sûr, le but n’est pas de repous­ser cel­leux qui ne maî­trisent pas des codes sociaux com­plexes)

Je m’ex­plique. Contrai­re­ment à nombre de mes ami·es trans, j’ai l’occasion de faire reset, d’avoir un tableau blanc : nou­velle struc­ture sco­laire, nou­velle ville, nou­veau lieu d’habitation, nou­velle pro­mo­tion, nou­veaux cama­rades. J’ai une chance de vivre plei­ne­ment ma fémi­ni­té sans m’encombrer de mon pas­sé d’homme, de mon pré­nom de nais­sance (qu’on appelle dans notre jar­gon un dead­name, que per­sonne ne connaît). Au pire, si quelqu’un·e n’aime pas le fait que je sois une femme trans, je m’en fiche, je n’ai rien à perdre, je ne les connais pas. C’est extrê­me­ment rafraî­chis­sant.

Et j’ai l’immense chance de tom­ber sur une pro­mo­tion extrê­me­ment ouverte sur les sujets LGBTQI+, qui cor­rige les pro­fes­seurs quand iels se trompent de pro­noms.

Tu es la seule per­sonne trans de ta pro­mo ?

Nou­velle coïn­ci­dence : les per­sonnes trans repré­sentent entre 1.4 %11 (voire 2.7%)12 et 0.39%13 de la popu­la­tion, alors tu penses qu’il y avait com­bien de per­sonnes trans dans une pro­mo de 20 per­sonnes ?

Si tu as répon­du une ou deux, c’est per­du car nous étions trois per­sonnes trans dans la pro­mo.

Si tu savais le sou­la­ge­ment intense que j’ai res­sen­ti, le pre­mier jour en voyant une per­sonne avec les che­veux bleus, noyée dans un sweat-shirt immense. Petit bémol, on est arrivé·es touste les deux en dernièr·es et la prof nous a sor­ti : « Ah, c’est vous qui avez effec­tué des chan­ge­ments de pré­noms à la fac ». Le regard qu’on s’est échan­gé valait tous les mots du monde.

Je pré­cise que si pour nous, cela ne nous posait de pas de pro­blème d’être outé·es (c’est-à-dire affichée·es) devant la classe comme ça, cela aurait pu être dan­ge­reux pour d’autres étudiant·es, de voir leur tran­si­den­ti­té révé­lée ain­si.

Ce n’é­tait pas de la plus grande finesse de la part de cette prof. Un peu comme si on vous accueillait en cours en disant « ah, c’est vous les orphe­lines », ou « les deux bour­sières », ou « les deux mala­dies véné­riennes ». Ça affiche sévère !

Oui mais le pire c’est que là ça pour­rait mettre en insé­cu­ri­té vis à vis de nos cama­rades de pro­mo, alors que dans le cas des « orphe­lins » vache­ment moins quand même main­te­nant.

C’est vrai. Par le pas­sé, venir de « l’Assistance publique » était infa­mant. C’était le cas de ma maman, et elle en a souf­fert.

Cela me désole de voir que les humains trouvent tou­jours une manière de dis­cri­mi­ner leur pro­chain. Je suis navrée pour ta maman.

En plus d’être trois per­sonnes trans, il y avait éga­le­ment sept autres per­sonnes LGBTQI+ dans les rangs. 50% de l’ef­fec­tif, pour une pro­mo de sciences natu­relles, c’est effec­ti­ve­ment une belle coïn­ci­dence.

Je me suis donc sen­tie très en sécu­ri­té dans cette pro­mo, et par­fai­te­ment à mon aise. La pro­mo est sou­dée, et tout le monde s’en­traide et se res­pecte.

Le temps passe vite, entre mes cours à la facul­té qui me pas­sionnent, mon inves­tis­se­ment dans les milieux mili­tants de Gre­noble et mes divers ren­dez-vous médi­caux liés à ma tran­si­tion médi­cale.

Si on te lit bien, il y aurait plu­sieurs « degrés » de tran­si­tion, et toi, tu as opté pour une tran­si­tion médi­cale, la plus… radi­cale ? Est-ce le bon mot ? Et pour­quoi ce choix ?

Il y a plu­sieurs manières de tran­si­tion­ner, c’est sûr. Tran­si­tion­ner, c’est prendre des mesures pour s’éloigner des normes et sté­réo­types asso­ciés à son genre assi­gné à la nais­sance, et adop­ter tota­le­ment ou en par­tie ceux du genre oppo­sé.

La tran­si­tion peut être sociale : chan­ger de vête­ments, de maquillage, s’épiler les jambes, cou­per ses che­veux, mais aus­si admi­nis­tra­tive : chan­ger de pré­nom et/ou men­tion de sexe à l’État civil, modi­fier sa civi­li­té (Monsieur/Madame) sur sa carte d’identité, ou encore médi­cale.

La tran­si­tion médi­cale est l’ob­jet de beau­coup de fan­tasmes, notam­ment la fameuse « opé­ra­tion », la chi­rur­gie d’affirmation sexuelle, pour­tant uti­li­sée par une mino­ri­té de per­sonnes trans (de 4 à 13%, selon les sources, je n’ai pas de chiffre abso­lu­ment bien sour­cé)14. Elle peut se com­po­ser d’une ou plu­sieurs choses. L’hormonothérapie, ou « THS » pour trai­te­ment hor­mo­nal de sub­sti­tu­tion est la plus com­mune, mais il existe éga­le­ment des séances d’orthophonie pour cor­ri­ger sa voix, ou des chi­rur­gies au visage, à la gorge, la poi­trine par exemple.

Il n’y a pas de bonne ou de mau­vaise tran­si­tion, ni de tran­si­tion « com­plète ». C’est à chacun·e de choi­sir com­ment tran­si­tion­ner en fonc­tion de ses besoins.

Dans le cas de l’hormonothérapie, elle peut se faire de dif­fé­rentes manières en France.

1. On peut pas­ser par un·e endo­cri­no­logue de ville, mais ces dernièr·es refusent sou­vent de prendre en charge les per­sonnes trans, et cel­leux qui le font demandent sou­vent des attes­ta­tions psy­chia­triques.

2. On peut pas­ser par un par­cours public, c’est-à-dire un par­cours de tran­si­tion au sein d’un centre hos­pi­ta­lier ayant consti­tué son équipe de spé­cia­listes. Mal­heu­reu­se­ment, la plu­part demandent des attes­ta­tions psy­chia­triques pour se cou­vrir vis-à-vis des CPAM, les caisses pri­maires d’assurance mala­die. Cela, ajou­té à la perte de confiance des per­sonnes trans dans les ins­ti­tu­tions de san­té à cause des vio­lences en milieu médi­cal et du pas­sé de la ges­tion des tran­si­tions par la SOFECT, la Socié­té fran­çaise d’étude et de prise en charge de la tran­si­den­ti­té, main­te­nant renom­mée Trans-San­té ou FPATH (French Pro­fes­sio­nal Asso­cia­tion for Trans­gen­der Health) : tu peux com­prendre que ce par­cours ne soit pas le choix le plus popu­laire.

3. On peut pas­ser par cer­tains Plan­nings fami­liaux pro­po­sant des par­cours de tran­si­tions, non-psy­chia­tri­sés. C’est le cas d’ailleurs à Gre­noble, avec le concours d’une asso­cia­tion remar­quable, Rita15.

4. On peut le faire soi-même, ce qui s’appelle le DIY (pour Do it your­self, fais-le toi-même, en anglais) mais il faut se pro­cu­rer les pro­duits en ligne, de manière non légale et non contrô­lée, donc avec des risques dans les com­po­si­tions, et faire sa propre poso­lo­gie. Tout cela peut être un peu dan­ge­reux en l’absence de super­vi­sion médi­cale, et ce n’est pas rem­bour­sé. Une hor­mo­no­thé­ra­pie comme la mienne par exemple, si je l’achetais sans rem­bour­se­ment de la Sécu­ri­té Sociale, me revien­drait à envi­ron 1300€ par an. Il est néan­moins pos­sible, selon cer­taines moda­li­tés comme la mono­thé­ra­pie œstro­gé­nique de s’en sor­tir pour une cen­taine d’euros par an.

Mais à l’époque, je ne savais pas qu’il exis­tait d’autres moyens de tran­si­tion­ner que d’emprunter le par­cours public d’un Centre Hos­pi­ta­lier, option qui oblige à pas­ser devant un·e psy­chiatre pour com­men­cer les trai­te­ments. Trop tard pour moi, mais j’ai eu au moins la chance de tom­ber sur une psy­chiatre anti-psy­chia­tri­sa­tion des par­cours de tran­si­tions, qui m’a juste signé le papier sans faire de vagues après 30 minutes d’entretien à me faire com­prendre qu’elle fai­sait ça à contre­cœur.

Peux-tu pré­ci­ser ce que tu appelles une psy­chiatre anti-psy­chia­tri­sa­tion ?

Le mou­ve­ment anti-psy­chia­trie est un ensemble dis­pa­rate de cou­rants aca­dé­miques et mili­tants fai­sant la cri­tique de la psy­chia­trie, à dif­fé­rents niveaux, cer­tains qui remet­tant en cause sa place comme spé­cia­li­té de méde­cine, d’autres consi­dé­rant que c’est une ins­ti­tu­tion délé­tère mau­vaise pour les patient·es en par­ti­cu­lier, et pour la socié­té en géné­ral16.

Cela dit j’ai mes doutes sur le fait que cette psy­chiatre en fasse par­tie. Dans son cas, elle s’op­po­sait, comme la majo­ri­té des per­sonnes trans, au fait que les par­cours de tran­si­tions médi­caux soient condi­tion­nés par une auto­ri­sa­tion de psy­chiatre. La tran­si­den­ti­té n’est pas une mala­die ou un trouble, et elle est de plus auto-décla­ra­tive : les per­sonnes les moins mal pla­cées pour connaître les besoins fon­da­men­taux des per­sonnes trans sont a prio­ri les per­sonnes trans elles-mêmes.

Je vois. Et du côté admi­nis­tra­tif ? Tu men­tion­nais ton chan­ge­ment de pré­nom à la fac.

Dans un pre­mier temps, j’ai chan­gé avant la ren­trée de sep­tembre ma civi­li­té à Madame et mon pré­nom par Lou à la facul­té, puisque que l’on peut le faire sans que ce cela soit effec­tif à l’État civil.

Le 19 octobre, je suis offi­ciel­le­ment auto­ri­sée par la mai­rie d’An­ne­cy à m’appeler Lou, et je modi­fie au plus vite l’intégralité de mes docu­ments admi­nis­tra­tifs, non sans mal. Quelques mois plus tard, je com­mence un trai­te­ment hor­mo­nal de sub­sti­tu­tion fémi­ni­sant, et je vais fêter ma pre­mière prise d’estradiol au bar avec des copines trans ren­con­trées dans des asso­cia­tions quelques mois plu­tôt. Même si la dys­pho­rie de genre sub­siste, le bon­heur simple de pou­voir vivre comme une femme, que les per­sonnes cis­genres ne pour­ront pro­ba­ble­ment jamais com­prendre, me per­met d’aller bien mieux. La tran­si­tion, médi­cale, sociale, admi­nis­tra­tive, me donne confiance, me rend belle. Je sou­ris plus sou­vent, je suis moins apa­thique.

Tu revois ensuite tes parents ?

Je les ai revus plu­sieurs fois entre temps. Iels se rat­trapent de leur com­por­te­ment ini­tial en fai­sant le maxi­mum pour me com­prendre, m’aider, et com­mu­ni­quer leur amour envers moi. Si tout n’est pas par­fait, je vais mieux, tel­le­ment mieux. Je ne remer­cie­rai jamais assez les gens qui m’ont sup­por­tée et qui me sup­portent tou­jours, qui m’ont appe­lée « Madame » en sou­riant, ou qui ont trin­qué avec moi à la pousse visible de mes seins (oui, je sais c’est pué­ril, mais ça m’a­muse beau­coup).

Les mois s’é­coulent len­te­ment à l’u­ni­ver­si­té, où je me plonge dans mes études. Avance rapide à jan­vier 2022, je vais don­ner mon sang à l’EFS de Gre­noble, et là… On me refuse le don pour des motifs qui me laissent per­plexe.

J’en parle aux per­sonnes des milieux mili­tants LGBTQI+ de Gre­noble. Tous·tes m’af­firment que ce sont des trans­phobes, et que leurs motifs ne tiennent pas debout. Mais je com­prends bien que les choses sont sou­vent plus com­pli­quées que cela, et comme tu me l’as appris, le rasoir d’Han­lon recom­mande de ne pas prê­ter à la méchan­ce­té ce que la bêtise explique. Et sur­tout, il y a des pro­blé­ma­tiques qui sont sys­té­ma­tiques et ins­ti­tu­tion­nelles, et ne relèvent pas ou peu des opi­nions des indi­vi­dus.

Je me suis cal­mée sur la véné­ra­tion de la science, mais le scep­ti­cisme que je suis main­te­nant depuis des années me donne envie d’investiguer, d’autant que je viens de te ren­con­trer, dans le cadre de tes cours de zété­tique à l’université, et j’ai besoin d’un sujet à te rendre. D’abord enthou­siaste, et pen­sant que l’EFS ne peut pas être « juste trans­phobe » et qu’il y a une bonne rai­son de mon refus de don thé­ra­peu­tique, je cherche. Et plus je cherche, plus je me rends compte qu’il n’y a vrai­sem­bla­ble­ment rien. Et ce que j’avais consi­dé­ré comme un refus légi­time en jan­vier tourne à l’humiliation. Mon sang serait-il tel­le­ment vicié à cause de ma tran­si­den­ti­té, que l’on me le refu­se­rait, quand bien même l’EFS manque de sang et que je suis d’accord pour le don­ner gra­tui­te­ment ?

Dans les mois qui suivent je pars en croi­sade aca­dé­mique pour cher­cher ven­geance.

Je m’en sou­viens. « Croi­sade », « ven­geance » sont géné­ra­le­ment des termes que je n’emploie géné­ra­le­ment pas, et qui sont signes d’af­fec­ti­va­tion du pro­blème. D’ha­bi­tude je décon­seille aux étudiant·es de prendre un sujet dans lequel elleux ou l’un·e de leurs proches est trop affec­ti­ve­ment impliqué·e. J’ai dû, je m’en sou­viens, te rame­ner dans le fait de te for­cer à pen­ser contre toi-même en tour­nant les choses ain­si : et si l’EFS avait rai­son, quels seraient les élé­ments qui pour­raient les avoir convain­cus ? J’i­ma­gine que ça n’a pas dû être facile à entendre pour toi. Et c’est beau­coup plus confor­table pour moi qui ne suis pas concer­né de dire ça, je l’en­tends bien ! Ma situa­tion étant fina­le­ment assez enviable et domi­nante, je vois tout le sel d’en­tendre qu’il faut « désaf­fec­ti­ver/­dé-mili­tan­ti­ser » le pro­blème, sur­tout venant d’un HSBC ! Un homme straight (hété­ro) blanc cis (sous-enten­du cis-genre, dont le genre social colle à la sexua­tion à la nais­sance), qua­dra et qui plus est en posi­tion de pou­voir ! Et pour­tant, il s’a­gis­sait d’une néces­si­té, d’une part pour col­ler au tra­vail deman­dé, et d’autre part pour faire en sorte que ce tra­vail soit « audible » même pas des gens qui ne connaissent rien à la situa­tion. Ou pour le dire autre­ment : si nous démon­trons qu’il n’y a pas d’ar­gu­ment à l’ap­pui de ce refus, alors cela implique qu’il y a dis­cri­mi­na­tion, et cela quels que soient nos pré-requis. C’est en quelque sorte une bombe à retar­de­ment.

As-tu com­pris tout cela rapi­de­ment, et quel argu­ment a fait mouche ?

Dans un pre­mier temps, je n’a­vais aucune ani­mo­si­té contre l’EFS ‒ j’ai tou­jours un grand res­pect pour le corps médi­cal. Et comme je pen­sais que le refus était jus­ti­fié, il n’é­tait pas trop dif­fi­cile pour moi d’en­tendre qu’il fal­lait avoir une approche non-mili­tante. Quand il s’est avé­ré au fur et à mesure que le tra­vail avan­çait que le refus était vrai­sem­bla­ble­ment injus­ti­fié, il m’a été plus dur d’a­bor­der ça sous un angle non-mili­tant. Cepen­dant l’ar­gu­ment qui a fait mouche c’é­tait que cet article devait être enten­dable par des gens hors des milieux concer­nés. J’ai pu relier ça à des connais­sances que j’a­vais sur l’é­du­ca­tion popu­laire, et ça a suf­fi à me convaincre de res­ter en quelque sorte neutre. Sur­tout que je n’é­tais pas seule ! N’ou­blions pas les co-auteur·ices, Maxi­mi­lien Rob­son, Léo Lamaze, Maé­lys Delerce (et Camille Noûs) avec qui j’ai eu l’im­mense chance de tra­vailler. Le dos­sier est .

Petit rap­pel : Camille Noûs est le pseu­do­nyme de genre indé­fi­ni (Camille pou­vant être gar­çon, fille, ou autre) d’un·e chercheur·euse français·e allé­go­rique, inven­té en 2020 par le groupe de défense de la recherche RogueESR pour repré­sen­ter les efforts col­lec­tifs dans les domaines aca­dé­miques, et pro­tes­ter contre la poli­tique fran­çaise en matière de finan­ce­ment de la recherche. L’u­ti­li­sa­tion de ce nom est cen­sée être une décla­ra­tion publique des valeurs de la recherche, en par­ti­cu­lier la nature col­lé­giale des tra­vaux. Tu l’as repé­ré dans mon article Études publiques, édi­teurs pri­vés17 ?

Exact, en toute finesse, cette petite publi­ci­té pour ton article.

Oui, je t’ai sou­doyée, pour que tu le fasses l’air de rien.

Je conti­nue mon his­toire d’ar­gu­ment qui a fait mouche. On ramasse un 20/20 sur le tra­vail ren­du, mais on conti­nue avec achar­ne­ment le tra­vail jusqu’à avoir quelque chose dont on est fièr·es.

Le der­nier soir de ma pré­sence à Gre­noble, avant une pause esti­vale méri­tée, je viens te voir pour te rendre des livres, t’of­frir un cadeau pour te remer­cier de l’année, et par­ler un peu de l’avenir de l’article.

Ça n’est pas fré­quent qu’on me fasse un cadeau ! D’habitude j’ai plu­tôt des étudiant·es qui m’empruntent mes bou­quins, disons, à très long terme.

Je suis éga­le­ment par­tante pour ça, si ça peut te ras­su­rer. Mais il faut le dire, tu es un très bon pro­fes­seur (et j’en ai eu beau­coup, des pro­fes­seurs !).

La soi­rée s’étire, et te vient l’idée, après un échange avec l’un de tes amis qui pas­sait par là durant notre conver­sa­tion de me faire témoi­gner sur ton blog. Je ne com­prends pas tout de suite. Tu m’expliques que ce que je viens de racon­ter à son pote, c’est-à-dire pas grand-chose (que je suis une femme trans) venait de pro­ba­ble­ment bous­cu­ler sa vie tran­quille, tout comme le livre Recon­nai­trans18 avait bous­cu­lé ton père à qui tu l’avais fait lire, ou Appe­lez-moi Nathan (de Cathe­rine Cas­tro et Quen­tin Zuit­ton, Payot, 2020), que tu as fait lire à ta fille.

Avec une ava­lanche de com­men­taires sor­dides et pani­qués qui s’en est ensui­vie sur Face­book, d’ailleurs19.

Il me semble qu’on doit par­tiel­le­ment cette ava­lanche à Sophie Robert.

Je ne comp­tais pas spé­cia­le­ment en par­ler, mais effec­ti­ve­ment. J’en étais le pre­mier sur­pris car j’ai déjà eu des rela­tions pro­fes­sion­nelles avec Sophie. Dès 2010 j’ai su qu’elle pro­dui­sait des tra­vaux cri­tiques de la psy­cha­na­lyse freu­dienne, en par­ti­cu­lier des docu­men­taires, et j’ai sou­te­nu, contri­bué finan­ciè­re­ment et dif­fu­sé le docu­men­taire, par­fois même mal­gré l’interdiction qui a frap­pé « Le mur ». J’ai éga­le­ment sou­te­nu d’autres docu­men­taires qui ont sui­vi, et je l’ai invi­tée, avec le Cor­tecs, en 2015 pour un cycle sur la cen­sure dans mon uni­ver­si­té. Si j’avais bien rele­vé que son tra­vail com­men­çait à prendre des formes vin­di­ca­tives et revan­chardes, que sa dic­tion était plus rapide et plus cin­glante, je n’avais pas ima­gi­né une seule seconde que le pre­mier « raid », volon­taire ou non, sur ma page publique vien­drait d’elle. Je lui ai écrit en pri­vé de manière très douce pour lui rap­pe­ler qu’on se connais­sait de longue date et qu’elle n’était pas obli­gée d’agir comme ça, mais même en pri­vé, j’étais inau­dible, tant sa panique morale sur la ques­tion trans est grande. Alors j’ai renon­cé.

Elle est deve­nue figure de proue dans la lutte GCs, pour Gen­der Cri­ti­cal, ou TERF pour Trans-exclu­sio­na­ry radi­cal femi­nist. Ce sont les groupes se reven­di­quant du fémi­nisme et excluant les per­sonnes trans. C’est elle qui semble-t-il a par­ta­gé ton post à tous ses relais, ce qui a engen­dré un tel niveau de panique morale dans tes com­men­taires. Une peur que le méchant lob­by LGBT vienne « tran­si­fier » ta gamine…

Oui, en deux temps trois mou­ve­ments, j’étais deve­nu celui qui était « cryp­to­trans­lo­bo­to­mi­sé ». Vous autres, membres du com­plot trans, vous m’aviez rou­lé. Les argu­ments étaient tel­le­ment raides que j’ai dû me faire vio­lence pour pri­mo res­ter calme on m’a trai­té d’idiot, d’abruti ‒ , puis d’auto­gy­né­phile : ‒ j’ai dû regar­der la défi­ni­tion, d’ailleurs : « état d’une per­sonne née avec une bio­lo­gie mâle qui sou­haite deve­nir une femme en étant moti­vée par l’ex­ci­ta­tion que le corps d’une femme lui pro­cure en tant qu’­homme ».

Ah ah, oui, c’est une notion un peu en car­ton, créée par Ray Blan­chard à la fin des années 1980, dans « The clas­si­fi­ca­tion and labe­ling of non­ho­mo­sexual gen­der dys­pho­rias », avec des cri­tères tel­le­ment poreux qu’ils mar­chaient pour plus de 93% des femmes cis­genres tes­tées, comme l’a mon­tré Charles Mau­ser (dans Auto­gy­ne­phi­lia in Women, Jour­nal of Homo­sexua­li­ty, 56:5, pp. 539–547).

Enfin on m’a accu­sé de vou­loir détra­quer ma gosse en abor­dant la ques­tion trans avec elle, voire à dési­rer qu’elle tran­si­tionne… ! J’ai vu que des gens voyagent pas mal, men­ta­le­ment, quand même. Et secun­do me deman­der en pen­sant contre moi-même si effec­ti­ve­ment je ne m’étais pas fait hap­per dans un truc bizarre. J’ai été très curieux de regar­der les argu­ments des mou­ve­ments TERFS, et je me suis astreint à divers docu­ments, émis­sions de radio, etc. Mais je les trouve bien faibles par rap­port à l’intérêt de la recon­nais­sance et la visi­bi­li­sa­tion des pro­blé­ma­tiques trans. Je pré­cise que les argu­ments ne sont pas tous en car­ton, j’en com­prends les res­sorts et les inquié­tudes même si je ne les fais pas miennes. J’espère qu’on ne me fera pas le coup de ce que Serge Hali­mi et Pierre Rim­bert appellent le « théo­rème de Manuel Valls », c’est-à-dire être convain­cu d’emblée qu’expliquer un conflit c’est jus­ti­fier l’agresseur20. Je pense au contraire que com­prendre et étu­dier les choses qu’on ne cau­tionne pas est un des préa­lables à leur dis­pa­ri­tion.

Ce qui éton­nant, c’est que ça a eu lieu sur Face­book, pas Twit­ter.

J’ai une hypo­thèse. La popu­la­tion sur Face­book est plus âgée, plus paren­tale que sur Twit­ter. En ayant ça à l’esprit je ne suis pas éton­né du tout. Mais reve­nons à cette soi­rée de début d’été ?

Oui. Tu m’expliques que mettre un visage humain, com­prendre les res­sen­tis des per­sonnes trans, déve­lop­per de l’empathie, per­met­tait aux gens, le jour où iels ren­con­tre­raient une per­sonne trans à nou­veau, de mieux se com­por­ter, en tout cas de mini­mi­ser les com­por­te­ments agres­sifs ou vio­lents.

Effec­ti­ve­ment, c’est sou­vent la mécon­nais­sance qui engendre la bêtise.

Mais per­mets-moi quelques ques­tions encore, s’il te plaît ‒ aux­quelles tu peux déci­der de ne pas répondre.

Quels sont les prin­ci­paux conseils que tu peux don­ner à quelqu’un·e, enseignant·e ou pas d’ailleurs, qui se retrouve face à une per­sonne qu’il/elle ne par­vient pas à gen­rer fille ou gar­çon. Qu’est-il recom­man­dé de faire, et au contraire de ne pas faire ?

Ne pas essayer de devi­ner le genre de la per­sonne par des moyens détour­nés, car c’est exté­nuant pour nous de nous faire dévi­sa­ger ou désha­biller du regard sans cesse.

Si on sou­haite savoir com­ment gen­rer une per­sonne, il y a une tech­nique simple et élé­gante : lui deman­der ses pro­noms. Le reste, son genre, sa tran­si­tion ou ce qu’il y a dans son pan­ta­lon, cela la/le regarde, il/elle pour­ra vous en par­ler si elle en a envie. Il est de bon ton, et bien vécu de réfré­ner des ques­tions là-des­sus, ques­tions qui semblent peut-être inno­centes, mais il y a de fortes chances que ce soit la cin­quième fois qu’on nous la pose dans la jour­née.

Dans la même veine, pour évi­ter aux per­sonnes trans de devoir débal­ler leur inti­mi­té pour satis­faire la curio­si­té des gens, il existe des res­sources en ligne dont l’ex­cellent site Wiki Trans21 qui sau­ra satis­faire les ques­tions sur la tran­si­den­ti­té ou la tran­si­tion.

Je crois que tu n’ap­pré­cies pas qu’on uti­lise trans comme un nom com­mun, et tu sou­haites qu’on ne l’u­ti­lise que comme adjec­tif. Pour­quoi ? Je n’ai pas d’a­vis là-des­sus : si je prends Noir par exemple, je connais des per­sonnes noires qui ne veulent pas êtres réduites au fait d’être « un·e Noir·e », mais aus­si des gens qui veulent mar­quer le fait que le vécu d’un·e Noir·e, en France métro­po­li­tiaine, est suf­fi­sam­ment carac­té­ris­tique pour qu’il soit appa­rent, dans une caté­go­rie comme « les Noir·es ».

Oui, les per­sonnes trans sont des per­sonnes, des femmes, des hommes… avant d’être trans­genres. Transgenre/cisgenre sont de simples adjec­tifs qui défi­nissent le pas­sé d’une per­sonne. De plus, dire « un·e trans » pour­rait lais­ser entendre que « trans » serait une iden­ti­té de genre. Or comme je l’ai dit, nous sommes des hommes, femmes, agenres, neutres… Trans c’est une simple pré­ci­sion.

Tu trou­ve­ras sans doute des per­sonnes trans qui s’en fichent, mais dans la grande majo­ri­té des cas, trans doit res­ter un adjec­tif.

Je com­prends. C’est un peu comme si, parce qu’avant j’aimais les tartes aux fraises, et main­te­nant je leur pré­fère les tartes aux concombres, on me qua­li­fiait de « trans », parce que j’ai chan­gé par rap­port au pas­sé.

… Alors que tous les autres on les appel­le­rait soit « fans de tarte aux concombres » ou « fans de tarte aux fraises », tu serais le seul à te faire appe­ler « trans », ça te ferait pas plai­sir, et on aurait l’impression que ce chan­ge­ment te défi­nit plus que le fait que tu aimes la tarte aux concombres.

Si tu étais en situa­tion paren­tale, et qu’un de tes enfants te fait un coming-out comme tu le fis à tes propres parents, qu’es­saie­rais-tu de dire ou de faire pas­ser ?

Mon sup­port et mon amour incon­di­tion­nel pour ellui, et le res­pect de son iden­ti­té dans un pre­mier temps. Si j’ai des ques­tions à lui poser, elles peuvent venir après, car je sais que le coming-out est un moment par­fois très dur, et mon enfant n’a besoin que de sou­tien. J’i­ma­gine que dans un second temps, je lui pro­po­se­rai mon aide pour trou­ver des res­sources afin de tran­si­tion­ner si c’est son choix, tout ça dans le res­pect de son inti­mi­té.

Chez les jeunes trans, l’en­semble des études s’in­té­res­sant au sujet montrent que le taux de dépres­sion, d’an­xié­té et de suicide/tentative de sui­cide baissent chez les enfants qu’on laisse tran­si­tion­ner socia­le­ment et médi­ca­le­ment22, et qui vivent dans une famille qui les accepte sous leur iden­ti­té23.

Si tu pou­vais déci­der d’as­sai­nir le che­mi­ne­ment ins­ti­tu­tion­nel d’un·e per­sonne trans, que chan­ge­rais-tu ?

Je vais par­ler du cas de la France, parce que c’est là où je vis, mais les reven­di­ca­tions de droits dépendent beau­coup des pays où les per­sonnes trans vivent.

Le chan­ge­ment de pré­nom et de men­tion de genre/sexe à l’État civil se ferait sur simple décla­ra­tion, pour majeur·es et mineur·es. La men­tion de sexe serait reti­rée des papiers d’i­den­ti­té, carte vitale incluse (voire serait sup­pri­mée entiè­re­ment), et la civi­li­té (Monsieur/Madame) serait reti­rée des docu­ments admi­nis­tra­tifs.

Je suis assez d’ac­cord avec ça. Même si j’ai applau­di quand cer­tains endroits du monde ont accep­té la men­tion neutre par exemple, ou autre, je pense que neutre ou autre sont des termes assez péjo­ra­tifs et fai­sant des paquets avec des choses très dif­fé­rentes. Je pré­fé­re­rais l’a­bo­li­tion de Monsieur/Madame. Comme je le dis en cours, à part si on est méde­cin et que la per­sonne vient pour un pro­blème pou­vant repo­ser sur le dimor­phisme sexuel, ou à moins que je veuille spé­ci­fi­que­ment me repro­duire avec la per­sonne, en soi je n’ai aucun inté­rêt à savoir le genre de la per­sonne en face de moi.

Et ça, je le salue, je le dis et le redi­rai, j’ai été posi­ti­ve­ment sur­prise par la qua­li­té de ton cours « Sexes, genres et auto­dé­fense intel­lec­tuelle ».

Tu vas me coû­ter cher en fla­gor­ne­ries ! Je pré­cise : dans sa ver­sion actuelle (car la ver­sion en ligne sur You­Tube et Peer­Tube, de 2017, contient assu­ré­ment des bou­lettes diverses, que j’ai cor­ri­gées len­te­ment).

De la part d’un homme cis­genre hété­ro­sexuel dya­dique (non-inter­sexe), le cours était remar­qua­ble­ment bien docu­men­té, et agen­cé de manière à ce qu’une per­sonne concer­née par tes pro­pos ne se sen­ti­rait pas bles­sée.

Je reprends ma liste « un monde idéal ».

Les per­sonnes inter­sexes ne seraient plus sou­mises à des opé­ra­tions chi­rur­gi­cales et médi­cales sans leur consen­te­ment, pen­dant leur enfance. La men­tion de genre/sexe à l’État civil pour per­sonnes inter­sexes serait rajou­tée, à défaut de sup­pri­mer com­plè­te­ment cette men­tion de genre des papiers.

Les cours d’é­du­ca­tion au genre et à la vie sexuelle seraient plus four­nis, et mieux docu­men­tés, et des struc­tures comme le Plan­ning Fami­lial inter­vien­draient plus régu­liè­re­ment pour sen­si­bi­li­ser les jeunes au sujet. Des toi­lettes et des ves­tiaires non-gen­rés seraient mis à la dis­po­si­tion des élèves, qui pour­raient chan­ger de pré­nom dans leur éta­blis­se­ment sans que les parents soient néces­sai­re­ment pré­ve­nus.

Les par­cours de tran­si­tion médi­caux seraient entiè­re­ment rem­bour­sés par la Sécu”, seraient dépsy­chia­tri­sés au maxi­mum. Et si le pas­sage au sta­tut d’ALD, affec­tion longue durée, a été néces­saire dans le temps pour la recon­nais­sance de la ques­tion, res­ter sous la hou­lette patho­lo­gique n’est pas tenable à long terme. Et puis les méde­cins seraient for­més à rece­voir des patient·es trans.

La PMA serait ouverte aux per­sonnes trans sans condi­tions. En effet, pour quelles rai­sons pour­rait-on refu­ser la paren­ta­li­té aux per­sonnes trans ? Ne sommes-nous pas tou·tes censé·es être égales et égaux en droit ?

Tous ces chan­ge­ments sont deman­dés depuis des années par les per­sonnes LGBTQI+, et je mili­te­rai autant qu’il le fau­dra pour que le gou­ver­ne­ment en place accède à ces demandes.

Beau­coup de gens (géné­ra­le­ment cis d’ailleurs) s’in­quiètent d’une « mode » trans. D’une lubie. Que penses-tu de cet argu­ment, qui évi­dem­ment entraîne l’in­quié­tude quant aux dif­fé­rents trai­te­ments ou chi­rur­gies ? Et des cas de « repenti·es » (terme affreux, qui rap­pelle les Col­la­bo­ra­to­ri di gius­ti­zia, les « repen­tis » contre la mafia, durant les années de Plomb en Ita­lie) ?

Bien sûr que chaque « syn­drome », depuis les troubles du spectre autis­tique jusqu’au COVID long, de Lyme au colon irri­table en pas­sant par l’électrosensibilité, reçoit son lot de faux posi­tifs, avec des per­sonnes qui pensent trou­ver illu­soi­re­ment dans une recon­nais­sance du syn­drome les rai­sons de leur mal-être. On ne peut exclure que cer­taines per­sonnes pensent trou­ver une pseu­do-solu­tion en tran­si­tion­nant. D’ailleurs, c’est le cas, il existe des per­sonnes qui détran­si­tionnent, socia­le­ment ou médi­ca­le­ment par exemple, car leur genre avait fluc­tué : envi­ron 10 %24 des gens qui ont détran­si­tion­né (tem­po­rai­re­ment ou non) l’ont fait pour une fluc­tua­tion de leur iden­ti­té de genre ou de désir d’expression de genre. C’est donc envi­ron 0.1 % des per­sonnes qui tran­si­tionnent.

Il ne s’agit pas d’ignorer ces gens, aus­si peu nombreu·ses soient-iels, et de fer­mer les oreilles sur leurs his­toires. Ce petit nombre de détran­si­tions pour­rait s’expliquer par le fait que cer­tain·es inter­prètent un mal-être comme étant de la dys­pho­rie de genre, se sentent mieux une fois dans un milieu social où l’on est accep­té·e et aimé·e (la com­mu­nau­té LGBTQI+), tran­si­tionnent, et se rendent compte à mi-che­min que ce n’était pas pour elleux, ou pas ce qu’iels vou­laient vrai­ment.

Mais de là à faire de la tran­si­den­ti­té une mode ? Il fau­drait pour cela que ce soit un peu gra­ti­fiant, et si l’on excepte le love bom­bing que l’on reçoit quand on entre dans la com­mu­nau­té, par­tout ailleurs c’est tout sauf gra­ti­fiant. Ce n’est pas comme un diag­nos­tic HPI (haut poten­tiel intel­lec­tuel), où s’en reven­di­quer est facile et apporte peu de consé­quences néga­tives. Les tran­si­tions sont de véri­tables par­cours de com­bat­tant·e, et nos vies n’ont pas grand chose d’enviable. Ima­gi­nez-vous à ma place. Hor­mis dans quelques milieux pro­té­gés, la moindre sor­tie dans la rue peut deve­nir un enfer, la moindre ren­contre un cau­che­mar. Vivre une vie de per­sonne trans en France (et ne par­lons pas du reste du monde) en 2022 n’est pas enviable, tel­le­ment pas que cela retarde cer­taines per­sonnes en souf­france dans la recon­nais­sance de ce qu’elles vivent. Drôle de mode, que d’être objet de panique morale à chaque coin de rue. Le jeu n’en vaut pas la chan­delle si l’on ne res­sent pas de dys­pho­rie de genre : se recon­naître comme per­sonne et tran­si­tion­ner expose à des risques énormes dans tous les domaines (emplois, tra­vail, rela­tion­nel, affec­tif, de sécu­ri­té, de soins, de loge­ment, etc.)25. Seule la détresse intense déclen­chée par une dys­pho­rie de genre peut pous­ser à res­ter sur ce che­min.

En pas­sant, pour l’anecdote, tout au long de l’histoire, et ce, au moins depuis l’empire néoba­by­lo­nien (-1800) pour la pre­mière trace écrite, la tran­si­den­ti­té a exis­té, notam­ment aux tra­vers de per­son­nages comme Eleo­nor Ryke­ner (~1390), le Che­va­lier d’Eon (1728–1810), Alan L. Hart (1890–1962) ou Will­mer Broad­nax (1916–1992) pour ne res­ter qu’en Europe. La lit­té­ra­ture scien­ti­fique anthro­po­lo­gique docu­mente aus­si des tran­si­den­ti­tés, et des socié­tés pos­sé­dant plus que deux genres, dès l’Antiquité en Europe, en Afrique, en Asie, ain­si que chez les Premières Nations des Amé­riques. Main­te­nant, l’i­dée que cela pour­rait être dû à un phé­no­mène de conta­gion sociale, pour­quoi pas, il y a bien des formes de conta­gions sociales dans les folies/psy­choses col­lec­tives26, et tu nous en parles en cours.

Il s’a­git de l’hy­po­thèse d’une cher­cheuse en socio­lo­gie, Lisa Litt­man, dans un papier inti­tu­lé Rapid-Onset Gen­der Dys­pho­ria27, qui a été lour­de­ment cor­ri­gé dans le jour­nal dans lequel il était publié, avec des aver­tis­se­ments de lec­ture, et a été cri­ti­qué depuis de nom­breuses fois28 par les pairs de Litt­man pour son manque de métho­do­lo­gie et les biais de sélec­tion pré­sents. Le fais­ceau de preuves actuel dément l’i­dée d’une conta­gion sociale29.

En gros, ce que tu dis, c’est que les esprits cha­grins pré­fèrent faire un effet cigogne, en confon­dant cor­ré­la­tion et cause, pré­su­mant que c’est la mode qui est cause du nombre crois­sant de per­sonnes trans, alors que c’est du fait de la libé­ra­tion de la parole qu’un nombre crois­sant de gens tran­si­tionnent. Ça ne serait pas éton­nant, puisque cette envie dila­toire d’y voir une « mode » a été uti­li­sée pour à peu près tout ce qui déran­geait, depuis la « mode » de l’é­va­sion des esclaves noir·es (au point qu’on invente un syn­drome patho­lo­gique pour ça, la dra­pé­to­ma­nie, signée Samuel Cart­wright 1851) à la « mode » de l’ho­mo­sexua­li­té, ou la « mode » des #metoo. De la « mode » au « com­plot », il n’y a qu’un pas concep­tuel, d’ailleurs, les deux étant des enti­tés mobi­li­sées sans que la situa­tion ne le néces­site. Guillaume d’Oc­cam aurait mis un coup de rasoir là-dedans.

Je com­prends les parents qui pour­raient être inquiets, cepen­dant qu’iels se ras­surent, aucune chi­rur­gie n’est pos­sible avant la majo­ri­té, et les blo­queurs de puber­té que l’on pro­pose pour retar­der la puber­té sont réver­sibles.

Le seul effet secon­daire qui pour­rait sus­ci­ter une inquié­tude est l’af­fai­blis­se­ment de la den­si­té osseuse (d’en­vi­ron 2%, c’est très peu), et c’est obser­vé uni­que­ment chez une mino­ri­té de patient·es, en plus d’être en soi cou­rant dans la popu­la­tion cis­genre.

Dans le cas des per­sonnes détrans (le nom des « repen­ties »), il s’a­git d’une très faible mino­ri­té, envi­ron 1%30 des per­sonnes tran­si­tion­nant, dont la pro­por­tion n’a pas évo­lué les 20 der­nières années. D’ailleurs par­mi les gens qui détran­si­tionnent, seule une mino­ri­té le fait car elle s’est trom­pée de genre. La plu­part le font car iels… ne sup­portent pas la trans­pho­bie allant avec la tran­si­tion31 ! Pour 36%, la pres­sion paren­tale, 33% car tran­si­tion­ner était trop dur, 33% pres­sion socié­tale et/ou com­mu­nau­taire, 27% trans­pho­bie à l’embauche, 26% pres­sion fami­liale (non-paren­tale) ou encore 20% pres­sion du conjoint·e. J’ai décor­ti­qué l’étude en ques­tion, c’est dis­po­nible ici, même sans compte Twit­ter32.

Ce que tu veux dire, c’est que les per­sonnes trans sont déjà bien mino­ri­taires, que les per­sonnes détrans sont 1% d’entre elles, et par­mi ces 1%, une frac­tion faible seule­ment s’est trom­pée de genre. Autant dire pas beau­coup. Et que le focus est mis sur ces cas rares.

C’est exac­te­ment ça. L’ins­tru­men­ta­li­sa­tion des per­sonnes détrans pour taper sur les per­sonnes trans… c’est bas.

J’en­tends par­fois des fémi­nistes radi­cales (dont je suis assez proche sur le plan des idées d’ha­bi­tude) cri­ti­quer l’ar­ri­vée des per­sonnes trans dans leurs rangs. Il y a un argu­ment qui cir­cule qui est celui-ci : est-il légi­time qu’une femme trans puisse rejoindre les groupes de femmes, et faire « siennes » en 30 minutes les oppres­sions que les autres femmes cis pré­sentes vivent depuis la plus tendre enfance. Un peu comme un blanc qui au moyen d’un black face en se maquillant en noir, pou­vait reven­di­quer la même his­to­ri­ci­té d’op­pres­sion et de classe que les Noir·es présent·es dans un groupe non-mixte noir, et y reven­di­quer une place.

Les fémi­nistes radi­cales, dites aus­si rad­fem, ne sont pas toutes trans­phobes, loin de là. Tout dépend ce que tu mets der­rière le mot « radi­cal ». La plu­part des col­lec­tifs qu’on pour­rait qua­li­fier de radi­caux (et les autres aus­si d’ailleurs, moins radi­caux) se basent sur le fémi­nisme inter­sec­tion­nel, c’est-à-dire un fémi­nisme qui se pose à l’in­ter­sec­tion d’autres luttes : celle contre le racisme, l’is­la­mo­pho­bie, l’ho­mo­pho­bie, la trans­pho­bie, la pré­ca­ri­sa­tion, etc. Il s’a­git donc d’un fémi­nisme qui défend toutes les femmes, pas uni­que­ment les femmes blanches, riches, hété­ro, etc.

Si on parle des fémi­nistes radi­cales qui s’op­posent aux per­sonnes trans, on les appelle des TERFs ou GCs (voir plus haut). Ces der­nières, sou­vent proches des mou­ve­ments conser­va­teurs comme la Manif Pour Tous, le Ras­sem­ble­ment Natio­nal ou l’Alt-right aux États-Unis, militent pour des posi­tions essen­tia­listes excluant les per­sonnes trans du fémi­nisme.

Or les femmes trans vivent elles aus­si le sexisme et le patriar­cat en tant que femmes, et ont donc leur place dans la lutte fémi­niste. Pour te don­ner une idée, voici une liste non-exhaus­tive de toutes les situa­tions sexistes que les femmes trans (et cis) vivent :

  • se faire suivre dans la rue,
  • être har­ce­lée au tra­vail, dans les bars,
  • se faire mans­plai­ner (situa­tion où un homme explique à une femme ce qu’elle sait déjà, voire ce dont elle est experte, sur un ton partenaliste/condescendant),
  • avoir une dif­fé­rence de paie,
  • devoir tra­vailler avec un syn­drome pré-mens­truel ou des règles dou­lou­reuses,
  • rece­voir des injonc­tions à la vir­gi­ni­té,
  • vivre du slut­sha­ming (ensemble d’atti­tudes consistant à cou­vrir de honte les per­sonnes ayant une sexua­li­té jugée hors-norme),
  • se faire sif­fler,
  • se faire dro­guer en bars/boîtes,
  • subir les blagues sexistes sur les lieux de tra­vail,
  • se heur­ter au pla­fond de verre socio­lo­gique,
  • vivre des vio­lences gyné­co­lo­giques et médi­cales,
  • subir des refus de consi­dé­ra­tion de la souf­france,

sans par­ler des fémi­ni­cides y com­pris par conjoints, les injonc­tions à l’ha­bille­ment, les sté­réo­types, injures, la féti­chi­sa­tion, les dick­picks (pho­tos de phal­lus non-deman­dées), et j’en passe

À peu près tout, en fait, sauf ce qui est lié au sys­tème repro­duc­tif, comme l’a­vor­te­ment mais si on se base là-des­sus, quid des femmes cis­genres sté­riles ? , ou à l’exis­tence d’une vulve à la nais­sance (exci­sion, infi­bu­la­tions, et autres.) mais dans ce cas là, ça concerne aus­si les per­sonnes trans­genres, trans­mas­cu­lines.

Je me répète, mais par cet argu­men­taire, je ne cherche pas à mon­trer que les femmes trans sont des femmes du fait qu’elles sont oppres­sées par les hommes (on pour­rait, mais je ne suis pas assez calée en maté­ria­lisme fémi­niste33 pour me pro­non­cer là des­sus), mais du fait qu’elles sont oppres­sées comme les autres femmes, et donc elles sont légi­times dans la lutte fémi­niste.

Pour l’a­na­lo­gie à la black­face, fré­quente dans cer­tains débats avec des GCs, ma réponse va être déce­vante : l’exis­tence de per­sonnes se recon­nais­sant dans une autre cou­leur de peau que celle de nais­sance n’est pas docu­men­tée scien­ti­fi­que­ment et/ou his­to­ri­que­ment. Il sem­ble­rait donc bien qu’il s’a­gisse juste d’a­nec­dotes ana­lo­giques ser­vant aux per­sonnes anti-trans pour atta­quer ces der­nières.

Y a‑t-il des sujets qui font dis­sen­sus dans votre com­mu­nau­té (si tant est que ce soit une com­mu­nau­té homo­gène), et si oui sur quoi ?

Je vais par­tir du prin­cipe que tu entends « des dis­sen­sus sur la com­mu­nau­té, dans votre com­mu­nau­té », car sinon, il y a autant de dis­sen­sus qu’il y a d’individus : la com­mu­nau­té trans n’est pas, comme tu le pré­sumes, un ensemble homo­gène de per­sonnes. On peut certes trou­ver un cer­tain nombre de points où les per­sonnes trans sont pour la majo­ri­té d’accord (la ques­tion de nos droits, ou le posi­tion­ne­ment poli­tique, plus sou­vent à gauche de l’échiquier poli­tique), mais même là, on trouve des per­sonnes trans lut­tant contre leurs propres droits, et se posi­tion­nant à l’extrême-droite.

La chose qui me vient le plus spon­ta­né­ment à l’esprit, c’est la défi­ni­tion du mot trans (ce dont je te par­lais au début).

Les deux défi­ni­tions les plus com­munes sont les sui­vantes, et elles s’opposent sur cer­tains points.

« Une per­sonne trans est un per­sonne s’identifiant d’un genre dif­fé­rent que celui assi­gné à la nais­sance »

(défi­ni­tion « psy­cho­lo­gique » parfois appe­lée « libé­rale »), et

« Une per­sonne trans est une per­sonne transitionnant/ayant tran­si­tionné afin de chan­ger de classe de sexe/genre »

(défi­ni­tion maté­ria­liste).

Dans une défi­ni­tion, la tran­si­den­ti­té est liée à un aspect psy­cho-sexué, alors que dans l’autre elle se rat­tache à un aspect social. Si ces deux défi­ni­tions se recouvrent sur cer­tains points, elles sont contra­dic­toires sur d’autres. Par exemple une per­sonne non-binaire ne tran­si­tion­nant pas ou peu (socia­le­ment, médi­ca­le­ment, admi­nis­tra­ti­ve­ment…) serait défi­nie comme trans par la pre­mière défi­ni­tion, mais pas la seconde.

C’est pour ça que j’ai uti­li­sé cette défi­ni­tion au tout début : « Une per­sonne trans […] c’est quelqu’un·e dont le genre est dif­fé­rent de celui qu’on lui a assi­gné à la nais­sance et qui met en place des moyens pour qu’elle soit per­çue et consi­dé­rée comme son genre. » en étant volon­tai­re­ment floue sur « moyen ».

Quels choix fais-tu sur les Réseaux Sociaux ? Penses-tu qu’il soit ration­nel d’al­ler fer­railler sur Twit­ter par exemple ? (je n’ai pas d’a­vis).

J’ai choi­si de reven­di­quer ma tran­si­den­ti­té et d’essayer d’aborder le sujet sous un angle un peu sceptique/académique sur mon compte Twit­ter (@LouTheSceptic), en vul­ga­ri­sant des études sur la tran­si­tion ou les détran­si­tions par exemple, ou bien en « débun­kant » des conte­nus trans­phobes. J’essaye de gar­der un « calme épis­té­mique » même si ce n’est pas évident cer­tains jours. Je me suis pro­mise de n’insulter per­sonne, et il me semble que je me suis tenue à cette règle jusqu’ici.

La plu­part de mon temps, j’amène une contra­dic­tion sour­cée scien­ti­fi­que­ment aux pro­pos trans­phobes, afin que quelqu’un·e qui n’aurait pas d’avis sur le sujet, et qui tom­be­rait des­sus, ne puisse pas pen­ser que la rhé­to­rique des per­sonnes trans­phobes est juste.

Est-ce un choix ration­nel ? Je suis bien mal pla­cée pour te répondre (biai­sée, diraient certain·es). J’aime à pen­ser que ce n’est pas inutile, et si c’était le cas j’espère que je ne m’entêterait pas dans un com­bat vain. D’ailleurs, j’ai quelques vic­toires à mon actif, des per­sonnes que j’ai réus­si à convaincre sur dif­fé­rents points (conta­gion sociale, tropes TERFs, dimor­phisme sexe/genre avec per­for­ma­ti­vi­té du genre sur le sexe…), avec qui j’ai eu des échanges par mes­sages pri­vés et qui m’ont avoué ensuite avoir eu l’inquiétude (sou­vent vis-à-vis d’un·e proche) pour moteur.

De plus, Twit­ter m’a per­mis de ren­con­trer des per­sonnes qui par­tagent mes vécus, mes expé­riences, mes pas­sions et mes com­bats, et d’échanger avec elles. Il per­met de mettre en avant mes pro­duc­tions et celles des autres.

Ce réseau social est sans doute l’un des pires mais j’en tire assez de béné­fices pour qu’ils com­pensent les choses néga­tives. Le jour où ça ne sera plus le cas, je sup­pri­me­rai l’application.

Un mot de la fin ?

Si mon témoi­gnage per­met à une seule per­sonne de ne pas bles­ser un·e ami·e, col­lègue, enfant, parent le jour de son coming-out, alors il n’aura pas été vain.

La com­mu­nau­té scep­tique manque de repré­sen­ta­tion LGBTQI+ visible, posi­tive, et ses sujets ne sont pas sai­sis par les plus média­tiques, les plus visibles. Or, s” il y a bien une alliée dont ne peuvent se pas­ser les luttes sociales, c’est bien la science. Et si cel­leux qui ont les pla­te­formes les plus uti­li­sées sen­si­bi­lisent un grand nombre de per­sonnes com­plè­te­ment exté­rieures à ce sujet, alors la trans­pho­bie et l’homophobie bais­se­ront. Comme j’aime à le pen­ser, la haine et le mépris s’ar­rêtent où com­mencent la com­pré­hen­sion et l’empathie pour autrui. Et cela passe par une forme d’éducation popu­laire (mais pas seule­ment) et de repré­sen­ta­tions de figures LGBTQI+ posi­tives au sein de la com­mu­nau­té. Pas juste des phé­no­mènes nom­més et poin­tés par des spé­cia­listes, mais des per­sonnes concer­nées invi­tées pour en par­ler elles-même, lors d’entretiens.

Richard, étant une des « figures du mou­ve­ment scep­tique et zété­tique fran­co­phone » (c’est pas moi qui le dit, c’est Wiki­pé­dia), tu uti­lises ta pla­te­forme pour mettre en avant cette lutte, et je t’en remer­cie, ça fait de toi un allié des luttes LGTBQI+. Heu­reu­se­ment tu n’es pas le seul par­mi les hommes cis­genres, Jéré­my Royaux ou « Bun­ker D » défendent eux aus­si ces luttes. J’espère que cela marque le début d’un chan­ge­ment posi­tif sur le sujet.

Il y a déjà des sou­bre­sauts. J’ai effec­ti­ve­ment sui­vi (de loin) que la fédé­ra­tion FIDESS a reto­qué un dos­sier de très mau­vaise qua­li­té et assez déni­grant sur la tran­si­den­ti­té, pro­duit par l’association des Scep­tiques du Qué­bec (SdQ), qui l’a assez mal pris. Suf­fi­sam­ment mal pris d’ailleurs pour ne pas cher­cher à réel­le­ment revoir sa copie, et de fait la FIDESS, qui fait vœu consub­stan­tiel d’intégrer les luttes sociales mino­ri­taires dans son pro­gramme scep­tique, a déci­dé d’exclure l’association. Action lourde, grave, cou­ra­geuse, qui « pose clai­re­ment le pro­jet ». Je vois ça d’un bon œil. Et je pré­dis que la jeune géné­ra­tion chez les Scep­tiques du Qué­bec sau­ra reve­nir rapi­de­ment.

J’espère ! Jéré­my Royaux (du Comi­té Para) m’avait fait par­ve­nir une copie de l’article. J’ai pu le lire avant la publi­ca­tion de leur rap­port pour la FIDESS. Je me sou­viens, à l’époque, avoir été cho­quée par la lec­ture. Le numé­ro comp­tait cinq articles sur la tran­si­den­ti­té, tous aus­si mau­vais les uns que les autres. Le qua­trième article com­por­tait une telle vio­lence, que je me sou­viens avoir écrit à Jéré­my, dans ma réponse par mail « je me suis arrê­tée à la troi­sième page [de l’article], c’é­tait trop dou­lou­reux. » Car si les pro­pos étaient en soi faux d’un point de vue scien­ti­fique, ils étaient aus­si très durs à l’encontre des per­sonnes trans, au point de me don­ner l’envie de vomir, de pleu­rer, ou les deux.

Ayant sui­vi le dos­sier de près, je suis contente de voir que la FIDESS s’est posi­tion­née sur le sujet. Je sou­haite évi­dem­ment le meilleur à la pro­chaine géné­ra­tion de SdQ, qui sau­ra s’affranchir de cet héri­tage.

Au fait, pour­rait-on t’en vou­loir d’avoir répon­du à mes ques­tions ?

J’imagine que c’est pos­sible. Plein de gens ne sont pas d’accord avec moi, et sur­tout j’ai conscience de ne pas être la voix la plus légi­time sur le sujet, et d’autres par­tagent le même com­bat que moi, entre scep­ti­cisme et droit des per­sonnes trans, et le font bien mieux que moi. Je pense notam­ment à Karine Espi­nei­ra, socio­logue au CNRS, qui accom­plit un tra­vail tita­nesque sur le sujet. Dr. Sor­nette de Zet-Ethique Meta­cri­tique, qui a fait récem­ment son coming-out, tout comme Chay­ka de Hacking Social ou « @Petite_Core » portent les voix des per­sonnes trans au sein du monde scep­tique. Plein de militant·es ont une vie plus dure que la mienne, des expé­riences plus com­plexes et riches35, souffrent de plus d’oppressions que moi. Et pour­tant c’est mon témoi­gnage qui se retrouve ici.

Oui, je suis une étu­diante trans, mais j’ai la chance d’être blanche, rela­ti­ve­ment valide, de ne pas être inter­née dans un hôpi­tal psy­chia­trique, d’avoir des parents fonc­tion­naires qui gagnent assez d’argent pour que je ne sois pas pré­caire, qui m’acceptent comme je suis, qui ne me menacent pas de mort, ne me foutent pas à la porte, qui ne me font pas de viols cor­rec­tifs ou d’autres thé­ra­pies de conver­sion.

Je vis dans un pays dont je parle la langue, dont j’ai la citoyen­ne­té, où les per­sonnes trans ne sont pas arrê­tées et direc­te­ment mises en pri­son, et où j’ai une croyance qui n’est pas mino­ri­taire (athéisme agnos­tique).

Si tu savais, Richard, toutes les his­toires que j’ai enten­dues de la part de certain·es cama­rades trans, qui ont des vies tel­le­ment plus dures que la mienne ! Cela me donne d’autant plus envie de me battre pour mes adelphes, afin qu’un jour il n’y ait plus d’oppressions à notre encontre.

Les repré­sen­ta­tions LGBTQI+ posi­tives sont néces­saires, tout comme l’é­du­ca­tion popu­laire. Si depuis mon enfance, il y avait eu des artistes, per­son­nages de des­sin ani­més et films trans, qu’on par­lait de ces sujets en bien à l’é­cole, alors jamais je ne serais pas­sée par les moments durs de ma vie. Toute per­sonne, quel que soit son âge, a besoin de s’identifier à des figures, des role-models pour se construire et se pro­je­ter. Les per­sonnes trans ne font pas excep­tion à la règle.

Je deman­de­rais volon­tiers ceci à notre lec­to­rat : le jour où votre enfant, ami·e, parent, col­lègue, conjoint·e ou tout·e autre per­sonne proche vous fait son coming-out, sou­te­nez-la, aimez-la, car elle tra­verse sans aucun doute une phase extrê­me­ment dure de sa vie.

Et si vous êtes scep­tique, zététicien·ne, académicien·ne, vulgarisateur·ice ou ratio­na­liste, nous ne serons pas de trop à nous défendre contre les thèses pseu­do-scien­ti­fiques bran­dies dans les milieux trans­phobes. Cela pas­se­ra par la mise en avant des per­sonnes dont c’est le com­bat et la sen­si­bi­li­sa­tion du public cri­tique à ce sujet.

Il y aura un prix à payer.

Vous serez accusé·e d’être lobotomisé·e par le lob­by gay et les­bien, de vou­loir trans­for­mer vos enfants et en faire des dépravé·es, d’être auto­gy­né­phile, de vou­loir ren­ver­ser la socié­té, d’accomplir l’œuvre de Satan en contes­tant les caté­go­ries sexuelles telles que Dieu les a créées, et pire encore, de poli­ti­ser la zété­tique qui devrait res­ter neutre, un peu comme la Suisse de 1940. Je le sais, de tout cela on m’a fait le coup ! Mais tout ceci, mul­ti­plié par 100, ne vau­dra jamais la quan­ti­té de souf­france endu­rée par un·e per­sonne trans qui se cache dans une iden­ti­té qui n’est pas la sienne. Alors je trouve qu’il est de ma res­pon­sa­bi­li­té à moi, intel­lec­tuel bouf­fi de pri­vi­lèges et bien dans mon corps, et plus qu’à qui­conque puisque le bien col­lec­tif me paye à lire des livres, de faire écho à des his­toires comme la tienne, Lou. Et puis moi, j’ai peu de risques de mou­rir d’a­voir publié un tel article. Toi plus. Alors mer­ci.

Et mer­ci aux braves gens qui ont contri­bué à déco­quiller ce texte, en par­ti­cu­lier Claire Druez et Fré­dé­ric Verhaege.

 

1Pour une syn­thèse, Slag­stad K. (May 2019). Asper­ger, the Nazis and the chil­dren – the his­to­ry of the birth of a diag­no­sis. Tid­ss­krift for den Norske Lae­ge­fo­re­ning. 139 (9). Et un résu­mé ici https://www.monvoisin.xyz/hans-asperger-etait-il-nazi/

2Bigel­sen, Jayne et al. Mala­dap­tive day­drea­ming : Evi­dence for an under-resear­ched men­tal health disor­der. Conscious­ness and cog­ni­tion vol. 42 (2016): 254–266. doi:10.1016/j.concog.2016.03.017

3Somer, Eli et al. The Comor­bi­di­ty of Day­drea­ming Disor­der (Mala­dap­tive Day­drea­ming). The Jour­nal of ner­vous and men­tal disease vol. 205,7 (2017): 525–530. doi:10.1097/NMD.0000000000000685 ().

4Jack G. Sha­heen, Reel Bad Arabs : How Hol­ly­wood Vili­fies a People (2001), Olive Branch Press, Inter­link Publi­shing Group, réédi­tion 2012, et le docu­men­taire qui en est tiré Hol­ly­wood et les Arabes de Sut Jal­ly (2007)

5Camille, Binge Audio, épi­sode 17, 2020 https://www.binge.audio/podcast/camille/le-grand-mechant-queer

6Anto­ni­nus Libe­ra­lis Les Méta­mor­phoses (1968), édi­tions Les Belles Lettres, page 48 (XVII. LEUCIPPOS) https://b‑ok.cc/book/5443074/27c0be

7D’après l’Urban Dic­tion­na­ry, 3ème et 4ème défi­ni­tion.

8 Cathe­rine Meyer (ss. Dir.) Le Livre Noir de la Psy­cha­na­lyse, édi­tions Les Arènes (2010) ou Jacques Van Rillaer, Les désillu­sions de la psycha­na­lyse, Édi­tions Mar­da­ga (2021).

9Georg Grod­deck, Le Livre du ça (1923), Gal­li­mard (1963), col­lec­tion Biblio­thèque des Idées.

10LGBTQI+ est lacro­nyme dési­gnant les orien­ta­tions sexuelles et iden­ti­tés de genre mar­gi­na­li­sées, en l’occurrence les­bienne, gay, bisexuel·le, trans, queer, inter­sexes et autres orien­ta­tions et iden­ti­tés (+).

11Her­man et al. for the UCLA : William Ins­ti­tute (2022) How Many Adults and Youth Iden­ti­fy as Trans­gen­der in the Uni­ted States ? https://williamsinstitute.law.ucla.edu/publications/trans-adults-united-states/ ().

12Bur­ton, Lisa & Kin­ney, Ann (2016) Min­ne­so­ta Student Sur­vey Sta­te­wide 2016 (ici).

13Meer­wijk, Esther L., and Jae M. Seve­lius. Trans­gen­der Popu­la­tion Size in the Uni­ted States : a Meta-Regres­sion of Popu­la­tion-Based Pro­ba­bi­li­ty Samples. Ame­ri­can jour­nal of public health vol. 107,2 (2017): e1-e8. doi:10.2105/AJPH.2016.303578 ().

14Nolan, Ian T. et al., Demo­gra­phic and tem­po­ral trends in trans­gen­der iden­ti­ties and gen­der confir­ming sur­ge­ry. Trans­la­tio­nal andro­lo­gy and uro­lo­gy vol. 8,3 (2019): 184–190. doi:10.21037/tau.2019.04.09 ().

16Pour lire un peu plus sur le sujet : https://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie

17Dans « Manière de voir » #179, Véri­tés et men­songes au nom de la science octobre-novembre 2021 https://www.monde-diplomatique.fr/mav/179/MONVOISIN/63588

18Recon­nai­trans, de Lau­rier The Fox (2021), édi­tions Lapin.

20Dans « Un volup­tueux bour­rage de crâne », Le Monde diplo­ma­tique, sep­tembre 2022, p 28.

22Dur­wood et al. (2016). Men­tal Health and Self-Worth in Social­ly-Tran­si­tio­ned Trans­gen­der Youth. Jour­nal of the Ame­ri­can Aca­de­my of Child & Ado­les­cent Psy­chia­try, (), S0890856716319414–. doi:10.1016/j.jaac.2016.10.016 (ici)

23Katz-Wise et al. (2018). Fami­ly Func­tio­ning and Men­tal Health of Trans­gen­der and Gen­der-Non­con­for­ming Youth in the Trans Teen and Fami­ly Nar­ra­tives Pro­ject. The Jour­nal of Sex Research, (), 1–9. doi:10.1080/00224499.2017.1415291

24J. Tur­ban et al. (2021) “Fac­tors Lea­ding to “Detran­si­tion” Among Trans­gen­der and Gen­der Diverse People in the Uni­ted States : A Mixed-Methods Ana­ly­sis.” LGBT Health.Jun 2021.273–280.http://doi.org/10.1089/lgbt.2020.0437 ().

25James, S. E. et al (2016). The Report of the 2015 U.S. Trans­gen­der Sur­vey. Washing­ton, DC : Natio­nal Cen­ter for Trans­gen­der Equa­li­ty (ici).

26C’est l’un des sujets de recherche du socio­logue médi­cal Robert Bar­tho­lo­mew, en poste à Auck­land, Nou­velle-Zélande.

27Litt­man, Lisa. Parent reports of ado­les­cents and young adults per­cei­ved to show signs of a rapid onset of gen­der dys­pho­ria. PloS one vol. 13,8 e0202330. 16 Aug. 2018, doi:10.1371/journal.pone.0202330 (ici).

28Ash­ley, Flo­rence (2020). A cri­ti­cal com­men­ta­ry on “rapid-onset gen­der dys­pho­ria”. The Socio­lo­gi­cal Review, 68(4), 779–799. doi:10.1177/0038026120934693 (ici)

29Tur­ban et al. (2022) Sex Assi­gned at Birth Ratio Among Trans­gen­der and Gen­der Diverse Ado­les­cents in the Uni­ted States. Pedia­trics. 150(3): e2022056567 (ici).

30Wiepjes, Chan­tal M et al. The Amster­dam Cohort of Gen­der Dys­pho­ria Stu­dy (1972–2015): Trends in Pre­va­lence, Treat­ment, and Regrets. The jour­nal of sexual medi­cine vol. 15,4 (2018): 582–590. doi:10.1016/j.jsxm.2018.01.016 (ici).

31Jack L. Tur­ban, Ste­pha­nie S. Loo, Antho­ny N. Alma­zan, and Alex S. Keu­rogh­lian. Fac­tors Lea­ding to “Detran­si­tion” Among Trans­gen­der and Gen­der Diverse People in the Uni­ted States : A Mixed-Methods Ana­ly­sis. LGBT Health.Jun 2021.273–280.http://doi.org/10.1089/lgbt.2020.0437

33Le fémi­nisme maté­ria­liste est un cou­rant du fémi­nisme uti­li­sant le prin­cipe de lutte des classes appli­qué au patriar­cat. Pour ce cou­rant anti-essen­tia­liste, c’est-à-dire qui évite de pos­tu­ler une « essence fémi­nine » ou « mas­cu­line, l’o­ri­gine du patriar­cat n’est pas lié à une quel­conque nature spé­ci­fique des femmes, qu’elle soit bio­lo­gique ou psy­cho­lo­gique, mais à l’or­ga­ni­sa­tion de la socié­té et à ses luttes socioé­co­no­miques

35Et pour lire leurs témoi­gnages, rien de tel que la bande des­si­née Recon­nai­trans, déjà citée plus haut. Aux édi­tions Lapin.

25 réponses

  1. Gangster Granule dit :

    Très bel article. Mer­ci à vous deux.

  2. MarieM dit :

    En tant que femme/cis/hétéro/blanche/quadra/mère/scientifique/csp+ qui ne com­prend pas pour­quoi le mou­ve­ment fémi­niste se déchire sur les ques­tions de sexe et de genre, je vous remer­cie tous les 2 pour ce très beau témoi­gnage. Et aus­si pour la qua­li­té de l’é­change et les ref biblio.

  3. Jean-Rémy El Baze dit :

    Quel magni­fique article. J’étais essouf­flé en le lisant.
    J’avais des à prio­ri iro­niques sur le sujet que je pen­sais anec­do­tique.
    Si un proche m’avais dit être trans, j’aurais pro­ba­ble­ment eu un moment de sidé­ra­tion qui aurait pu être mal inter­pré­té.
    Mer­ci pour cette ouver­ture sur le monde.

  4. Fred dit :

    Yep, super entre­tien, donc moi aus­si je vous remer­cie tous les deux (et sur­tout Lou ;)).

    Il y a quelques coquilles, qui ne gênent pas le sens (donc on s’en fiche un peu), sauf une phrase qui je crois dit le contraire de ce qu’elle essaye de dire, je cite :
    « La plu­part de mon temps, j’amène une contra­dic­tion sour­cée scien­ti­fi­que­ment aux pro­pos trans­phobes, afin que quelqu’un·e qui n’aurait pas d’avis sur le sujet, et qui tom­be­rait des­sus, pense que la rhé­to­rique des per­sonnes trans­phobes est juste. »

    Au plai­sir.

  5. Bertrand COMPAN dit :

    Mer­ci à vous deux

  6. Romain D. dit :

    Bon­jour Lou, Richard, mer­ci beau­coup pour ce beau témoi­gnage, sin­cère, très bien argu­men­té et facile à suivre. Ca m’a per­mis d’ou­vrir un peu plus les yeux sur ces pro­blé­ma­tiques, pour les­quelles j’ai mis du temps à me rendre compte en tant que hsbc, csp+, diplô­mé, ingé­nieur, tren­te­naire,… Je n’i­ma­gine même pas les souf­frances endu­rées… en tout cas j’ai appris beau­coup de choses par la lec­ture de cette inter­view ! Sinon, serait-ce pos­sible de reprendre la liste non-exhaus­tive de situa­tions sexistes (c’est pour un slide de pré­sen­ta­tion rapide des inéga­li­tés de genre dans le cadre de mon tra­vail) en ren­voyant vers cette page web pour plus d’in­for­ma­tions ? En espé­rant que ça puisse rendre ce sujet plus visible. Bon cou­rage à vous pour la suite. Je reste aus­si convain­cu que la zété­tique peut ser­vir les luttes sociales 😉

  7. ju dit :

    Super entre­tien à la fois inté­res­sante et péda­go­gique. Mer­ci pour ce bou­lot. Et sur­tout pour la ver­sion audio qui m’a fait sur­mon­ter ma flemme de la lec­ture sur écran 🙂

    En revanche l’ar­gu­ment à pro­pos que les gens ne changent pas de race me parait un peu faible… Il faut dire qu’il y a quelques jours j’ai décou­vert l’his­toire hal­lu­ci­nante d’I­ron Eyes Cody. Mais bon un exemple aus­si iso­lé n’in­va­lide cer­tai­ne­ment pas la lutte pour les droits des per­sonnes trans. J’ai lu l’ar­ticle que Richard a mis dans ces recom­man­da­tions à pro­pos des « femelliste/gender cri­tic », de l’alt-right et cie…J’étais loin de me dou­ter de telles rami­fi­ca­tions !

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/iron-eyes-cody-l-indien-prefere-de-l-amerique-porte-parole-cherokee-etait-en-fait-italien-6777166

    • Oui mer­ci Iron eyes Cody sacrée his­toire ! Mer­ci !
      mais au fond il y en a eu d’autres, pour le meilleur et pour le pire, par ex Cyril Hen­ry Hos­kins se fai­sant pas­ser pour un moine tibé­tain, Lob­sang Ram­pa

  8. Benoit dit :

    Inté­res­sant mais il y a beau­coup de choses qui ne me convainc pas
    Que répon­dez-vous aux argu­ments de Mag­da dans l’é­pi­sode 45 de Rebelles du genre ?
    https://audioblog.arteradio.com/blog/176798/podcast/192005/magda-episode-45
    Je l’ai trou­vé très per­ti­nente

    • Bon­jour Benoit, votre retour est assez étrange, car cet article n’est pas fait pour « convaincre ». Je veux bien aller écou­ter ce que vous indi­quez mais en gros si je résume, vous me pos­tez un lien et un com­men­taire en 10 secondes, sans me don­ner les argu­ments déve­lop­pés dans l’é­mis­sion, et me deman­dez de répondre j’i­ma­gine copieu­se­ment aux argu­ments, après une heure d’é­coute, donc en gros, 2h de taff pour moi pour répondre à votre entre­fi­let. Est-ce fair-play ? On me fait ça tout le temps :))

  9. Benoit dit :

    Mea culpa, j’ai exter­na­li­sé indû­ment la charge de tra­vail. Pro­mis, je détri­co­te­rais le lien envoyé ci-des­sus en ajou­tant un com­men­taire moins étrange pro­chai­ne­ment 😉

  10. Benoit dit :

    Je devais syn­thé­ti­ser les argu­ments de Magda…puis j’ai chan­gé d’a­vis sur l’angle qu’al­lait prendre mon futur com­men­taire que voi­ci :
    Il y a pour moi beau­coup d’autres élé­ments qui gagnent à être connus sur le sujet. Le pas­sage de la note 26 à la note 32 me paraît quelque peu pro­blé­ma­tique. Si on en vient à l’argument majeur qui est mobi­li­sé dans votre argu­men­taire : « pré­su­mant que c’est la mode qui est cause du nombre crois­sant de per­sonnes trans, alors que c’est du fait de la libé­ra­tion de la parole qu’un nombre crois­sant de gens tran­si­tionnent ». Une telle thèse ne pou­vait être for­mu­lé sans un débou­lon­nage de l’étude de Litt­man. Or, je remarque 3 choses : la thèse en ques­tion – si elle était effec­ti­ve­ment bran­lante – aurait dû être pure­ment et sim­ple­ment reti­rée, elle ne l’est pas. La facul­té de méde­cine a publié un com­mu­ni­qué pour se pro­non­cer sur la ques­tion et ne manque pas de citer cette étude ce qui semble indi­quer qu’elle conserve toute sa qua­li­té d’éclairage sur le phé­no­mène [1]. Troi­siè­me­ment, une autre étude dans la même veine que l’on doit à Samuel Veis­siere a été publié dans la revue Psy­cho­lo­gy Today, il revient d’ailleurs sur la contro­verse Litt­man pour en conclure : « The cor­re­la­tion bet­ween these novel phe­no­me­na and social media expo­sure is also clear­ly esta­bli­shed in her stu­dy. Note again that the stu­dy, as the author her­self ack­now­ledges, points to a cor­re­la­tion, which may not neces­sa­ri­ly imply cau­sa­tion. Littman’s hypo­the­sis on mecha­nisms of social conta­gion and coping through social signa­ling, howe­ver, is consistent with a wealth of evi­dence on the role of socio­ge­nic fac­tors in dis­tress and coping »[2]
    Si on en croit éga­le­ment les pro­pos rap­por­tés par ce même cher­cheur dans l’enquête de Radio-Cana­da [3], l’atmosphère est tout sauf pro­pice à creu­ser cette fameuse hypo­thèse de la conta­gion sociale. Des acti­vistes, en fai­sant pres­sion sur les cher­cheurs qui ne publient pas des résul­tats conforme à leurs attentes, créent irré­mé­dia­ble­ment un cli­mat délé­tère. Dif­fi­cile pour d’autres cher­cheurs que de résis­ter à l’intimidation, à l’autocensure.
    La thèse qui vou­drait que la libé­ra­tion de la parole soit l’explication à la flam­bée des cas me paraît bien fai­blarde. J’ai conscience qu’en note 29 vous rap­por­tez l’étude Amé­ri­caine qui com­pile des don­nées de 2017 et 2019 et montre qu’il n’y a pas de dif­fé­rences majeures entre FTM et MTF mais d’autres sources affirment le contraire comme un article de Pros­pect Maga­zine plai­dant pour une sur­re­pré­sen­ta­tion des jeunes filles [4] ain­si qu’une autre étude menée par les cher­cheurs Mat­thew C. Lei­nung et Jala­ja Joseph, qui explique : « The age at ini­tia­tion has been drop­ping over the past 25 years, and we have seen a stea­dy increase in the num­ber of FTM such that the inci­dence now equals that of MTF. » [5]
    Si c’était la parole qui se libère pour­quoi les adultes et les seniors ne sont pas visibles dans les sta­tis­tiques ? Pour­quoi, si les filles rat­trapent les gar­çons, ces der­niers étaient moins sujets à l’autocensure ?
    Sur­tout elle invi­si­bi­lise d’autres hypo­thèses beau­coup plus inté­res­santes :
    « … l’insistance à pro­mou­voir la tran­si­tion cache une homo­pho­bie inté­rio­ri­sée. Mal­gré les dis­cours sur la flui­di­té, le sous-texte est bru­tal : mieux vaut chan­ger de sexe que de vivre son homo­sexua­li­té. « A la limite, résume Fran­çois Brutsch, la tran­si­tion peut être consi­dé­rée comme la thé­ra­pie de conver­sion ultime. » C’est aus­si la thèse de cinq méde­cins qui ont quit­té le Gen­der Iden­ti­ty Deve­lop­ment Ser­vice de Londres, mal à l’aise avec cette consta­ta­tion : trop de jeunes homo­sexuels demandent à chan­ger de sexe pour échap­per aux souf­frances de l’homophobie. Ces méde­cins ont racon­té dans les médias bri­tan­niques qu’un mau­vais gag cir­cu­lait dans la cli­nique : « Bien­tôt, il ne res­te­ra plus de gays…» Le lien entre souf­france homo­phobe et désir de chan­ger de sexe serait confir­mé par une étude de l’Université de l’Arizona, citée dans une longue enquête de Radio Cana­da.
    Mais cela n’éclaircit pas encore le mys­tère : si, pour un cer­tain nombre d’ados contem­po­rains, la tran­si­tion est une manière d’esquiver leur homo­sexua­li­té, que signi­fie cette sur­re­pré­sen­ta­tion de filles ? Cela veut-il dire qu’il est plus dif­fi­cile, pour une ado­les­cente, en 2021, de se décou­vrir les­bienne que pour un gar­çon de se décou­vrir gay ? On voit mal d’autre conclu­sion plau­sible. Tout se passe comme si, en quelques décen­nies, s’était pro­duite une inver­sion de ten­dance : pour les filles, il est plus dif­fi­cile aujourd’hui d’être un gar­çon man­qué tan­dis que pour les gar­çons, il est deve­nu plus facile d’être fémi­nin.
    « Sur Ins­ta­gram, avec les images de filles super belles, fémi­nines, sexy, tu te dis qu’il n’y a pas d’autre voie […] Ça a déclen­ché chez moi […] une anxié­té into­lé­rable, et, de l’autre côté, je ne vou­lais pas être les­bienne », raconte une détran­si­tion­neuse citée dans l’enquête de Radio Cana­da. On a beau se féli­ci­ter des avan­cées de la condi­tion fémi­nine, il est dif­fi­cile, en regar­dant les cours d’écoles et les réseaux sociaux, d’échapper à ce constat : les sté­réo­types de genre pèsent aujourd’hui plus lourd sur les filles qu’il y a 40 ans. Elie, trop mas­cu­line pour être heu­reuse, trop seule dans la cour au milieu de ses copines super mou­lées et maquillées, a gran­di à Bruxelles, dans la deuxième décen­nie du vingt-et-unième siècle.
    A côté de l’ho­mo­sexua­li­té dou­lou­reu­se­ment vécue, une autre thé­ma­tique est très pré­sente dans les témoi­gnages des détran­si­tion­neuses : celle de l’a­bus sexuel et de l’in­sou­te­nable sta­tut de proie. « J’ai fait une tran­si­tion pour échap­per à ma réa­li­té de femme et de sur­vi­vante de vio­lences…», lit-on encore dans la bro­chure dif­fu­sée par Post Trans. Elie et Nele y invitent leurs lec­trices à « se récon­ci­lier avec [leur] sexe bio­lo­gique ». Tout indique que, pour diverses funestes rai­sons, la flam­bée des ado­les­centes en ques­tion­ne­ment de genre est l’indice d’un mou­ve­ment contraire. Ce n’est pas une bonne nou­velle pour les femmes. » [6]
    Dans le pas­sé, il est arri­vé que des exi­gences soient allés trop loin et c’est l’idée qui est mise en exergue par le juriste et poli­to­logue Fran­çois Brutsch dans son article dis­po­nible à l’adresse sui­vante (Cf note n°7). La libé­ra­tion sexuelle des années 70 a débou­ché sur une grande per­mis­si­vi­té quant à la ques­tion pédo­phile (Cf Matz­neff). Et notre inter­pré­ta­tion morale a fait un 180° (et heu­reu­se­ment) sur cette ques­tion depuis : « Cela ne veut pas dire que toute reven­di­ca­tion doit être sou­te­nue sans limite : le débor­de­ment de la libé­ra­tion sexuelle vers la pédo­phi­lie a été une ten­dance réelle mais a été stop­pée, ses adeptes font aujourd’hui pro­fil bas. Il doit en aller de même avec la pro­blé­ma­tique trans : autant il est juste d’apporter tout appui néces­saire aux adultes souf­frant de dys­pho­rie de genre qui veulent adap­ter leur corps et mener leur vie confor­mé­ment à l’identité qu’elles et ils res­sentent, autant il est impé­ra­tif d’éviter toute pré­ci­pi­ta­tion et médi­ca­li­sa­tion pré­ma­tu­rée, expé­ri­men­tale et irré­ver­sible chez les enfants, les jeunes voire les jeunes adultes en leur assu­rant, en revanche, tout l’appui psy­cho­lo­gique dont elles et ils ont besoin pen­dant les années explo­ra­toires de crois­sance et de matu­ra­tion » [7]
    Quant au pas­sage de l’article concer­nant le pour­cen­tage des détran­si­tions, de nom­breuses réserves s’avèrent néces­saire : « Richard Mon­to­ro du centre d’orientation sexuelle Mc Gill à Mont­réal avance le chiffre de 2% à 5%. Le psy­cha­na­lyste fran­çais Serge Hefez, pour­tant plu­tôt trans-enthou­siaste, cite, dans une inter­view à Elle, des études cana­diennes selon les­quelles « 20% des jeunes qui se font opé­rer deviennent des « regret­teurs » ». Mais les voix les plus auto­rises tranchent : la véri­té est qu’on n’en sait rien, aucune étude ne per­met à ce jour d’articuler un chiffre. James Cas­pian, un psy­cho­logue bri­tan­nique défen­seur de la cause des jeunes trans, aler­té sur des épi­sodes inquié­tants, a vou­lu enta­mer une recherche. L’université de Bath Spa a refu­sé son pro­jet, poli­ti­que­ment trop incor­rect ». [8]
    La non-obten­tion d’une bourse de recherche sur le sujet des détran­si­tions est beau­coup plus grave qu’il n’y paraît. Cela ren­force l’agnotologie mais plus ennuyeux, cela par­ti­cipe à la construc­tion d’un consen­sus fac­tice. Si toutes les recherches auto­ri­sées doivent arri­ver à des conclu­sions accep­tables et les autres sont des­ti­nées à être tuées dans l’œuf alors le risque d’engager les pou­voirs publics dans des poli­tiques basées sur de la science défi­ciente retar­de­rait un éven­tuel rétro­pé­da­lage en cas d’erreur d’interprétation du phé­no­mène.
    Afin de dis­qua­li­fier les inquié­tudes légi­times face à ce phé­no­mène récent, le concept de « panique morale » est bran­di à tour de bras. [9] Il a l’insigne mérite, pour celui qui l’utilise de s’auto-affecter immé­dia­te­ment dans le camp du bien, dans le camp de ceux qui pensent face à la masse réac­tion­naire qui patauge dans l’ignorance et l’intolérance. Visi­ble­ment, il n’y a pas qu’un seul effet secon­daire néga­tif si l’on en croit les décla­ra­tions de Kei­ra Bell [10].
    On pour­rait démul­ti­plier les cita­tions, les sources qui nuancent bien des allé­ga­tions dans l’article comme sur l’impératif d’opérer par exemple : « Une dizaine d’études ont été menées à tra­vers le monde et arrivent sen­si­ble­ment au même résul­tat : la majo­ri­té des enfants qui vivent une dys­pho­rie de genre se récon­ci­lient avec leur sexe bio­lo­gique à la puber­té » [11]
    De nos jours, il est de bon ton de dénon­cer les lob­bys pro-éner­gies fos­siles qui influe­raient sur le débat lié au chan­ge­ment cli­ma­tique. Mani­fes­te­ment le terme devient un gros mot quand on aborde d’autres sujets (comme celui-ci). C’est donc la beau­té de la cause qui per­met de déter­mi­ner l’existence ou l’inexistence d’un lob­by, pas le réel.
    Fina­le­ment, il appa­raît que l’idéologie de genre est une thèse par­ti­cu­liè­re­ment congruente vis à vis des inté­rêts de l’industrie phar­ma­ceu­tique. Et c’est là où je trouve qu’il y a un angle mort impor­tant dans votre article. A aucun moment ne se trouve déve­lop­pé l’idée que le capi­ta­lisme tire pro­fit d’une souf­france ado­les­cente pour créer un nou­veau mar­ché. Des lob­bys financent à coup de mil­lions l’ideologie du genre : “Tawa­ni Enter­prises, the pri­vate invest­ment coun­ter­part to the phi­lan­thro­pic foun­da­tion, invests in and part­ners with Squa­dron Capi­tal LLC, a Chi­ca­go-based pri­vate invest­ment vehicle that acquires a num­ber of medi­cal device com­pa­nies that manu­fac­ture ins­tru­ments, implants, cut­ting tools, and injec­tion mol­ded plas­tic pro­ducts for use in sur­ge­ries. As in the case of Jon Stry­ker, foun­der of the LGBT mega-NGO Arcus Foun­da­tion, it is hard to avoid the impres­sion of com­ple­men­ta­ri­ty bet­ween Jen­ni­fer Pritzker’s for-pro­fit medi­cal invest­ments and phi­lan­thro­pic sup­port for SSI.”[12]
    Je pose éga­le­ment le der­nier para­graphe de l’enquête de Jen­ni­fer Bilek qui mérite d’être médi­té :
    « But what could pos­si­bly explain the abrupt drive of weal­thy elites to decons­truct who and what we are and to mani­pu­late children’s sex cha­rac­te­ris­tics in cli­nics now span­ning the globe while clai­ming new rights for those being decons­truc­ted ? Per­haps it is pro­fit. Per­haps it is the plea­sure of seeing one’s own per­so­nal obses­sions writ large. Per­haps it is the human temp­ta­tion to play God. No mat­ter what the ans­wer is, it seems clear that SSI will be an endu­ring part of America’s future. »

    [1] https://www.academie-medecine.fr/la-medecine-face-a-la-transidentite-de-genre-chez-les-enfants-et-les-adolescents/
    [2] https://www.psychologytoday.com/intl/blog/culture-mind-and-brain/201811/why-is-transgender-identity-the-rise-among-teens et Teen Trans­gen­der Iden­ti­ty : A Res­ponse to Cri­tics | Psy­cho­lo­gy Today
    [3] « Mes col­lègues me disent de m’abstenir de publier sur le sujet, car la ques­tion trans­genre est une sorte de nou­veau tabou. » : https://ici.radio-canada.ca/info/2019/05/transgenre-sexe-detransitionneurs-transition-identite-genre-orientation/
    [4] https://www.prospectmagazine.co.uk/magazine/tavistock-transgender-transition-teenage-girls-female-to-male
    [5] https://www.liebertpub.com/doi/10.1089/trgh.2019.0070
    [6] https://bonpourlatete.com/actuel/trans-detrans-alertes-pour-un-scandale-annonce
    [7] swissroll.info/blog/pink-power/138350
    [8] Trans, détrans : alertes pour un scan­dale annon­cé (bonpourlatete.com) avec le lien la réponse de l’université : https://ici.radio-canada.ca/info/2019/05/transgenre-sexe-detransitionneurs-transition-identite-genre-orientation/img/Lettre/lettre-de-refus.html#highlight
    [9] Dans l’émission de Media­part https://youtu.be/BBZ6A0ukR70 , le concept de panique morale est éga­le­ment évo­qué par Karine Espi­nei­ra, puis, on assiste à par­tir de 47 min à une ana­lyse stu­pé­fiante : « On est arri­vé les der­niers sur le mar­ché de l’égalité des droits et c’est par nous que l’offensive réac­tion­naire elle veut remon­ter le fil […] On part de la ques­tion trans, on va reve­nir sur le droit des femmes, l’IVG, etc et on va remon­ter les droits de tous les autres groupes ». Qui peut sérieu­se­ment croire que le droit à l’IVG est mena­cé à l’heure ou la nupes sou­haite l’inscrire dans la consti­tu­tion ?
    [10] « The conse­quences of what hap­pe­ned to me have been pro­found : pos­sible infer­ti­li­ty, loss of my breasts and inabi­li­ty to breast­feed, atro­phied geni­tals, a per­ma­nent­ly chan­ged voice, facial hair. When I was seen at the Tavi­stock cli­nic, I had so many issues that it was com­for­ting to think I real­ly had only one that nee­ded sol­ving : I was a male in a female body. But it was the job of the pro­fes­sio­nals to consi­der all my co-mor­bi­di­ties, not just to affirm my naïve hope that eve­ry­thing could be sol­ved with hor­mones and sur­ge­ry. » : https://www.persuasion.community/p/keira-bell-my-story
    [11] https://ici.radio-canada.ca/info/2019/05/transgenre-sexe-detransitionneurs-transition-identite-genre-orientation/
    [12] https://www.tabletmag.com/sections/news/articles/billionaire-family-pushing-synthetic-sex-identities-ssi-pritzkers

    • Mer­ci benoît ! Déso­lé il me fau­dra un cer­tain temps pour y répondre. J’in­dique à Lou votre com­men­taire, elle ira peut être plus vite que moi

    • Hel­lo Benoît, voi­ci la réponse de Lou, qui a répon­du par para­graphe

      Il y a pour moi beau­coup d’autres élé­ments qui gagnent à être connus sur le sujet. Le pas­sage de la note 26 à la note 32 me paraît quelque peu pro­blé­ma­tique. Si on en vient à l’argument majeur qui est mobi­li­sé dans votre argu­men­taire : « pré­su­mant que c’est la mode qui est cause du nombre crois­sant de per­sonnes trans, alors que c’est du fait de la libé­ra­tion de la parole qu’un nombre crois­sant de gens tran­si­tionnent ». Une telle thèse ne pou­vait être for­mu­lé sans un débou­lon­nage de l’étude de Litt­man. Or, je remarque 3 choses : la thèse en ques­tion – si elle était effec­ti­ve­ment bran­lante – aurait dû être pure­ment et sim­ple­ment reti­rée, elle ne l’est pas.
      >Il me semble que c’est dû au jour­nal, PLoS One qui aurait du effec­ti­ve­ment reti­rer l’ar­ticle.

      La facul­té de méde­cine a publié un com­mu­ni­qué pour se pro­non­cer sur la ques­tion et ne manque pas de citer cette étude ce qui semble indi­quer qu’elle conserve toute sa qua­li­té d’éclairage sur le phé­no­mène [1].
      >Le fait que l’A­ca­dé­mie de Méde­cine uti­lise cette source ne rend pas la source de meilleure qua­li­té, mais montre plu­tôt un manque de rigueur de la part de celui qui a écrit ce com­mu­ni­qué

      Troi­siè­me­ment, une autre étude dans la même veine que l’on doit à Samuel Veis­siere a été publié dans la revue Psy­cho­lo­gy Today, il revient d’ailleurs sur la contro­verse Litt­man pour en conclure : « The cor­re­la­tion bet­ween these novel phe­no­me­na and social media expo­sure is also clear­ly esta­bli­shed in her stu­dy. Note again that the stu­dy, as the author her­self ack­now­ledges, points to a cor­re­la­tion, which may not neces­sa­ri­ly imply cau­sa­tion. Littman’s hypo­the­sis on mecha­nisms of social conta­gion and coping through social signa­ling, howe­ver, is consistent with a wealth of evi­dence on the role of socio­ge­nic fac­tors in dis­tress and coping »[2]
      >Si je suis le lien que vous me don­nez, je tombe sur un billet et non une étude (au sens de l’ar­ticle publié dans une revue à comi­té de lec­ture). L’er­reur de Litt­man était son biais de sélec­tion, ce qui rend même sa cor­ré­la­tion dou­teuse.


      Si on en croit éga­le­ment les pro­pos rap­por­tés par ce même cher­cheur dans l’enquête de Radio-Cana­da [3], l’atmosphère est tout sauf pro­pice à creu­ser cette fameuse hypo­thèse de la conta­gion sociale. Des acti­vistes, en fai­sant pres­sion sur les cher­cheurs qui ne publient pas des résul­tats conforme à leurs attentes, créent irré­mé­dia­ble­ment un cli­mat délé­tère. Dif­fi­cile pour d’autres cher­cheurs que de résis­ter à l’intimidation, à l’autocensure.

      >Au delà du carac­tère orien­té de l’ar­ticle dans le sens d’une rétho­rique GC, « l’en­quête » montre juste que sous le feu des cri­tiques, S. Veis­siere pré­fère inven­ter un « tabou » plu­tôt qu’ad­mettre que le fais­ceau de preuves actuels pointe dans une autre direc­tion que celle de la conta­gion sociale…au point de remettre en cause la WPATH, qui est quand même une ins­ti­tu­tion scien­ti­fique grosse de plu­sieurs miliers de cher­cheurs et publiant en s’ap­puyant sur la meilleure lit­té­ra­ture dis­po­nible, qui démys­ti­fie com­plé­te­ment ce que défendent S.V et L. Litt­man (voir WPATH E. Cole­man et al. 2022)

      La thèse qui vou­drait que la libé­ra­tion de la parole soit l’explication à la flam­bée des cas me paraît bien fai­blarde. J’ai conscience qu’en note 29 vous rap­por­tez l’étude Amé­ri­caine qui com­pile des don­nées de 2017 et 2019 et montre qu’il n’y a pas de dif­fé­rences majeures entre FTM et MTF mais d’autres sources affirment le contraire comme un article de Pros­pect Maga­zine plai­dant pour une sur­re­pré­sen­ta­tion des jeunes filles [4] ain­si qu’une autre étude menée par les cher­cheurs Mat­thew C. Lei­nung et Jala­ja Joseph, qui explique : « The age at ini­tia­tion has been drop­ping over the past 25 years, and we have seen a stea­dy increase in the num­ber of FTM such that the inci­dence now equals that of MTF. » [5] Si c’était la parole qui se libère pour­quoi les adultes et les seniors ne sont pas visibles dans les sta­tis­tiques ? Pour­quoi, si les filles rat­trapent les gar­çons, ces der­niers étaient moins sujets à l’autocensure ?

      >Tur­ban et al. 2022 est effec­ti­ve­ment une preuve de qua­li­té faible, et entre le moment de l’é­cri­ture de l’ar­ticle et le moment où vous com­men­tez, j’ai pu m’in­té­res­ser à d’autres sources, notam­ment à WPATH Cole­man (2022) dont je par­lais juste avant.
      Sur le sujet, la WPATH syn­thé­tise très bien. Je les cite « The tem­po­ral trends in AMAB to AFAB ratio have also been repor­ted in stu­dies ana­ly­zing refer­rals to cli­nics as well as data from inte­gra­ted health sys­tems ; this ratio has chan­ged from pre-domi­nant­ly AMAB in pre­vious decades to pre-domi­nant­ly AFAB in recent years, espe­cial­ly among TGD youth (Ait­ken et al., 2015 ; de Graaf, Car­mi­chael et al., 2018 ; de Graaf, Gio­va­nar­di et al. 2018 ; Steens­ma et al., 2018 ; Zhang et al., 2021). The trend towards a grea­ter pro­por­tion of TGD people in youn­ger age groups and the age-rela­ted dif­fe­rences in the AMAB to AFAB ratio like­ly represent the “cohort effect,” which reflects socio­po­li­ti­cal advances, changes in refer­ral pat­terns, increa­sed access to health care and to medi­cal infor­ma­tion, less pro­noun­ced cultu­ral stig­ma, and other changes that have a dif­fe­ren­tial
      impact across gene­ra­tions (Ash­ley 2019d ; Pang et al., 2020 ; Zhang et al., 2020) »

      J’es­père que cela répond à vos inter­ro­ga­tions

      Sur­tout elle invi­si­bi­lise d’autres hypo­thèses beau­coup plus inté­res­santes :
      « … l’insistance à pro­mou­voir la tran­si­tion cache une homo­pho­bie inté­rio­ri­sée. Mal­gré les dis­cours sur la flui­di­té, le sous-texte est bru­tal : mieux vaut chan­ger de sexe que de vivre son homo­sexua­li­té. « A la limite, résume Fran­çois Brutsch, la tran­si­tion peut être consi­dé­rée comme la thé­ra­pie de conver­sion ultime. » C’est aus­si la thèse de cinq méde­cins qui ont quit­té le Gen­der Iden­ti­ty Deve­lop­ment Ser­vice de Londres, mal à l’aise avec cette consta­ta­tion : trop de jeunes homo­sexuels demandent à chan­ger de sexe pour échap­per aux souf­frances de l’homophobie. Ces méde­cins ont racon­té dans les médias bri­tan­niques qu’un mau­vais gag cir­cu­lait dans la cli­nique : « Bien­tôt, il ne res­te­ra plus de gays…» Le lien entre souf­france homo­phobe et désir de chan­ger de sexe serait confir­mé par une étude de l’Université de l’Arizona, citée dans une longue enquête de Radio Cana­da.
      Mais cela n’éclaircit pas encore le mys­tère : si, pour un cer­tain nombre d’ados contem­po­rains, la tran­si­tion est une manière d’esquiver leur homo­sexua­li­té, que signi­fie cette sur­re­pré­sen­ta­tion de filles ? Cela veut-il dire qu’il est plus dif­fi­cile, pour une ado­les­cente, en 2021, de se décou­vrir les­bienne que pour un gar­çon de se décou­vrir gay ? On voit mal d’autre conclu­sion plau­sible. Tout se passe comme si, en quelques décen­nies, s’était pro­duite une inver­sion de ten­dance : pour les filles, il est plus dif­fi­cile aujourd’hui d’être un gar­çon man­qué tan­dis que pour les gar­çons, il est deve­nu plus facile d’être fémi­nin.
      L’hy­po­thèse erro­née selon laquelle les per­sonnes tran­si­tion­ne­raient pour fuir leurs homo­sexua­li­té part du pos­tu­lat que vivre en tant que per­sonne trans hété­ro­sexuelle plu­tôt qu’en tant que per­sonne cis homo­sexuelle, ce qui est absurde. D’au­tant que d’a­près San­dy et al. (2016) « The Report of the 2015 U.S. Trans­gen­der Sur­vey » on observe la dis­tri­bu­tion sui­vante dans les 50% des per­sonnes trans en couple au moment de l’en­quête (nTotal=27715). En pre­nant en compte leur genre « d’arrivée » pour leur sexua­li­té. 40 % sont bisexuel-les, 22 % sont hété­ro­sexuel-les, 22 % sont homo­sexuel-les, et 16 % sont asexuel-les (le fait de ne pas res­sen­tir d’attraction sexuelle). L’hy­po­thèse de fuite de l’ho­mo­sexua­li­té est donc très dou­teuse

      « Sur Ins­ta­gram, avec les images de filles super belles, fémi­nines, sexy, tu te dis qu’il n’y a pas d’autre voie […] Ça a déclen­ché chez moi […] une anxié­té into­lé­rable, et, de l’autre côté, je ne vou­lais pas être les­bienne », raconte une détran­si­tion­neuse citée dans l’enquête de Radio Cana­da. On a beau se féli­ci­ter des avan­cées de la condi­tion fémi­nine, il est dif­fi­cile, en regar­dant les cours d’écoles et les réseaux sociaux, d’échapper à ce constat : les sté­réo­types de genre pèsent aujourd’hui plus lourd sur les filles qu’il y a 40 ans. Elie, trop mas­cu­line pour être heu­reuse, trop seule dans la cour au milieu de ses copines super mou­lées et maquillées, a gran­di à Bruxelles, dans la deuxième décen­nie du vingt-et-unième siècle.
      A côté de l’homosexualité dou­lou­reu­se­ment vécue, une autre thé­ma­tique est très pré­sente dans les témoi­gnages des détran­si­tion­neuses : celle de l’abus sexuel et de l’insoutenable sta­tut de proie. « J’ai fait une tran­si­tion pour échap­per à ma réa­li­té de femme et de sur­vi­vante de vio­lences…», lit-on encore dans la bro­chure dif­fu­sée par Post Trans. Elie et Nele y invitent leurs lec­trices à « se récon­ci­lier avec [leur] sexe bio­lo­gique ». Tout indique que, pour diverses funestes rai­sons, la flam­bée des ado­les­centes en ques­tion­ne­ment de genre est l’indice d’un mou­ve­ment contraire. Ce n’est pas une bonne nou­velle pour les femmes. » [6]
      >Le cas des détran­si­tions, mis en exergue et ins­tru­men­ta­li­sé par les mou­ve­ments GCs a été adres­sé dans l’ar­ticle, je ne répê­te­rai donc pas les pro­pos que j’ai tenu là-bas. L’ar­gu­men­taire de Radio Cana­da mélange panique morale, géné­ra­li­sa­tion abu­sive et pro­page l’i­dée que il y a une conta­mi­na­tion sociale. S’il y a quelque chose de viral, c’est bien cette idée

      Dans le pas­sé, il est arri­vé que des exi­gences soient allés trop loin et c’est l’idée qui est mise en exergue par le juriste et poli­to­logue Fran­çois Brutsch dans son article dis­po­nible à l’adresse sui­vante (Cf note n°7). La libé­ra­tion sexuelle des années 70 a débou­ché sur une grande per­mis­si­vi­té quant à la ques­tion pédo­phile (Cf Matz­neff). Et notre inter­pré­ta­tion morale a fait un 180° (et heu­reu­se­ment) sur cette ques­tion depuis : « Cela ne veut pas dire que toute reven­di­ca­tion doit être sou­te­nue sans limite : le débor­de­ment de la libé­ra­tion sexuelle vers la pédo­phi­lie a été une ten­dance réelle mais a été stop­pée, ses adeptes font aujourd’hui pro­fil bas. Il doit en aller de même avec la pro­blé­ma­tique trans : autant il est juste d’apporter tout appui néces­saire aux adultes souf­frant de dys­pho­rie de genre qui veulent adap­ter leur corps et mener leur vie confor­mé­ment à l’identité qu’elles et ils res­sentent, autant il est impé­ra­tif d’éviter toute pré­ci­pi­ta­tion et médi­ca­li­sa­tion pré­ma­tu­rée, expé­ri­men­tale et irré­ver­sible chez les enfants, les jeunes voire les jeunes adultes en leur assu­rant, en revanche, tout l’appui psy­cho­lo­gique dont elles et ils ont besoin pen­dant les années explo­ra­toires de crois­sance et de matu­ra­tion » [7]
      >Au delà du paral­lèle entre pédophilie/pédocriminalité et tran­si­tude, que je trouve tout autant insul­tant qu’il est peu per­ti­nent, ces « accom­pa­gne­ments psy­cho­lo­giques » finissent sys­té­ma­ti­que­ment par res­sem­bler à des thé­ra­pies de conver­sion (qui sont inter­dites en France, rap­pel­lons-le) et ne sont ni morales, ni éthiques à l’é­gard des per­sonnes trans ‑majeures ou non- comme l’a mon­tré Flo­rence Ash­ley (2022) Inter­ro­ga­ting Gen­der-Explo­ra­to­ry The­ra­py.
      L’ar­gu­ment « Pri­mum Non Nocere » les gens qui l’u­ti­lisent partent du prin­cipe que les tran­si­tions fait plus de dégâts que l’ab­sence de détran­si­tions. Je montre dans l’ar­ticle que les per­sonnes trans ont besoin de tran­si­tion­ner ‑des fois pour des rai­sons de vie ou de mort- mais aus­si que les risques liés aux retar­deurs de puber­tés sont minimes. En d’autres termes, la balance bénéfices/risques penche clai­re­ment en faveur des tran­si­tions.

      Quant au pas­sage de l’article concer­nant le pour­cen­tage des détran­si­tions, de nom­breuses réserves s’avèrent néces­saire : « Richard Mon­to­ro du centre d’orientation sexuelle Mc Gill à Mont­réal avance le chiffre de 2% à 5%. Le psy­cha­na­lyste fran­çais Serge Hefez, pour­tant plu­tôt trans-enthou­siaste, cite, dans une inter­view à Elle, des études cana­diennes selon les­quelles « 20% des jeunes qui se font opé­rer deviennent des « regret­teurs » ». Mais les voix les plus auto­rises tranchent : la véri­té est qu’on n’en sait rien, aucune étude ne per­met à ce jour.
      >Plu­sieurs points : la psy­cha­na­lyse est une pseu­do-science, une para-psy­cho­lo­gie (voir C. Meyer (dirr.) et al. (2005) « Le Livre Noir de la Psy­cha­na­lyse » aux édi­tions Arènes (2014) ) donc autant dire que l’o­pi­nion d’une repré­sante de ce domaine vaut peu, sur­tout publié dans Elle. Deuxièment, c’est un appel à l’i­gno­rance, il existe des études (nom­breuses en fait) qui montre que les chi­rur­gies d’af­fir­ma­tion de genre pré­sente un regret très faible (>1% selon Wiepjes, C. M., Nota et al. (2018). The Amster­dam Cohort of Gen­der Dys­pho­ria Stu­dy (1972–2015): Trends in Pre­va­lence, Treat­ment, and Regrets. The jour­nal of sexual medi­cine, 15(4), 582–590. https://doi.org/10.1016/j.jsxm.2018.01.016) et bien d’autres sources (notam­ment WPATH Cole­man et al. 2022 qui syn­thé­tise ces chiffres très bien) et j’en parle dans mon article.

      d’articuler un chiffre. James Cas­pian, un psy­cho­logue bri­tan­nique défen­seur de la cause des jeunes trans, aler­té sur des épi­sodes inquié­tants, a vou­lu enta­mer une recherche. L’université de Bath Spa a refu­sé son pro­jet, poli­ti­que­ment trop incor­rect ». [8]
      >Non seule­ment, ces chiffres existent déjà, non seule­ment, c’est une unique par­tie de la réponse tron­quée, qui invoque aus­si les attaques trans­phobes que cela pour­rait engen­drer.
      De plus sa « recherche » est en fait un dos­sier qui devait être écrit dans le cadre d’un pro­jet de mas­ter sur n∈[1;4] par­ti­ci­pant-es. Pas très sérieux.

      La non-obten­tion d’une bourse de recherche sur le sujet des détran­si­tions est beau­coup plus grave qu’il n’y paraît. Cela ren­force l’agnotologie mais plus ennuyeux, cela par­ti­cipe à la construc­tion d’un consen­sus fac­tice. Si toutes les recherches auto­ri­sées doivent arri­ver à des conclu­sions accep­tables et les autres sont des­ti­nées à être tuées dans l’œuf alors le risque d’engager les pou­voirs publics dans des poli­tiques basées sur de la science défi­ciente retar­de­rait un éven­tuel rétro­pé­da­lage en cas d’erreur d’interprétation du phé­no­mène.
      >Cela serait anti­ci­per les résul­tats de J. Cas­pian, qui de toute manière n’au­raient pas été signi­fi­ca­tifs sta­tis­ti­que­ment par­lant. De plus si tous les résul­tats indé­pen­dants pro­duits par la com­mu­nau­té scien­ti­fique pointent tous (Cole­man 2022) sur un très faible taux de détran­si­tion. Ce n’est pas un com­plot mais vient juste affir­mer un modèle théo­rique (qui ne rentre pas dans le nar­ra­tif des mou­ve­ments GC).

      Afin de dis­qua­li­fier les inquié­tudes légi­times face à ce phé­no­mène récent, le concept de « panique morale » est bran­di à tour de bras. [9] Il a l’insigne mérite, pour celui qui l’utilise de s’auto-affecter immé­dia­te­ment dans le camp du bien, dans le camp de ceux qui pensent face à la masse réac­tion­naire qui patauge dans l’ignorance et l’intolérance.
      >Il faut croire que si K. Espi­nei­ra, socio­logue au CNRS et ancienne membre du DILICRAH parle de panique morale, ce n’est pas qu’un simple élé­ment de lan­gage, et se base effec­ti­ve­ment sur des don­nées exis­tantes. Sur la panique morale il existe cet ouvrage qui syn­thé­tise bien sur le sujet : Alex Mahou­deau (2022) Panique Woke : Ana­to­mie d’une offen­sive réactionnaire.De plus loin de moi l’i­dée de dres­ser un camp du bien et du mal, mais les théo­ries GCs sont lar­ge­ment liées aux mou­ve­ments réac­tion­naires et d’ex­trême-droite comme le montrent ces deux articles, d’Ar­rêt sur Image https://www.arretsurimages.net/articles/planning-familial-les-anti-trans-cautions-progressistes-des-reacs et Libé­ra­tion https://www.liberation.fr/societe/sexualite-et-genres/entre-feministes-terf-et-extreme-droite-des-passerelles-ideologiques-pour-un-meme-combat-antitrans-0220912_KDJZLO3HVJFINFJRDMEU3AEGV4/

      Visi­ble­ment, il n’y a pas qu’un seul effet secon­daire néga­tif si l’on en croit les décla­ra­tions de Kei­ra Bell [10].
      On pour­rait démul­ti­plier les cita­tions, les sources qui nuancent bien des allé­ga­tions dans l’article comme sur l’impératif d’opérer par exemple : « Une dizaine d’études ont été menées à tra­vers le monde et arrivent sen­si­ble­ment au même résul­tat : la majo­ri­té des enfants qui vivent une dys­pho­rie de genre se récon­ci­lient avec leur sexe bio­lo­gique à la puber­té » [11]

      >C’est faux et une fois de plus, on retrouve le consen­sus scien­ti­fique dans Cole­man 2022.

      De nos jours, il est de bon ton de dénon­cer les lob­bys pro-éner­gies fos­siles qui influe­raient sur le débat lié au chan­ge­ment cli­ma­tique. Mani­fes­te­ment le terme devient un gros mot quand on aborde d’autres sujets (comme celui-ci). C’est donc la beau­té de la cause qui per­met de déter­mi­ner l’existence ou l’inexistence d’un lob­by, pas le réel.
      Fina­le­ment, il appa­raît que l’idéologie de genre est une thèse par­ti­cu­liè­re­ment congruente vis à vis des inté­rêts de l’industrie phar­ma­ceu­tique. Et c’est là où je trouve qu’il y a un angle mort impor­tant dans votre article. A aucun moment ne se trouve déve­lop­pé l’idée que le capi­ta­lisme tire pro­fit d’une souf­france ado­les­cente pour créer un nou­veau mar­ché. Des lob­bys financent à coup de mil­lions l’ideologie du genre : “Tawa­ni Enter­prises, the pri­vate invest­ment coun­ter­part to the phi­lan­thro­pic foun­da­tion, invests in and part­ners with Squa­dron Capi­tal LLC, a Chi­ca­go-based pri­vate invest­ment vehicle that acquires a num­ber of medi­cal device com­pa­nies that manu­fac­ture ins­tru­ments, implants, cut­ting tools, and injec­tion mol­ded plas­tic pro­ducts for use in sur­ge­ries. As in the case of Jon Stry­ker, foun­der of the LGBT mega-NGO Arcus Foun­da­tion, it is hard to avoid the impres­sion of com­ple­men­ta­ri­ty bet­ween Jen­ni­fer Pritzker’s for-pro­fit medi­cal invest­ments and phi­lan­thro­pic sup­port for SSI.”[12]

      >Le fameux lob­by trans, je connais oui. J’en suis d’ailleurs CEO selon des blagues qui tournent sur Twit­ter. Sérieu­se­ment, oui les labos phra­ma­ceu­tiques ont des inté­rêts capi­ta­lis­tiques et sont plus ou moins les pires enflures que cette Terre ait por­tée, mais bon, de là à pen­ser qu’il existe un com­plot de ces labo­ra­toires pour créer de toute pièce un phé­no­mène lar­ge­ment anté­rieur à l’exis­tence de ces dits labo­ra­toires, c’est un peu gros. Sur­tout que en terme de mar­ke­ting c’est un peu absurde non ? Une mino­ri­té (aux alen­tours de 2% de la popu­la­tion) qui est pré­ca­ri­sée (San­dy et al. 2016) et auquel on refuse sou­vent l’ac­cès au soin (Cole­man et al. 2022), pour un buis­ness man c’est pas très inté­res­sant. Sur­tout que on uti­lise les hor­mones lar­ge­ment plus pour les per­sonnes cis que les per­sonnes trans. Les andro­gènes et les anti-andro­gènes pour des mala­dies hor­mo­nales et les oes­tro­gènes pour les pilules contra­cep­tives.
      Ce genre d’ar­gu­ment a pour moi la même per­ti­nence que celles des gens qui crient au com­plot face aux choix capi­ta­lis­tiques des labos res­pon­sables des vac­cins contre le SARS-CoV‑2. Je ne sais pas si ça vous ras­sure de l’en­tendre, mais je me bats per­son­nel­le­ment contre le patriar­cat et ses sté­réo­types et le capi­ta­lisme, ce sys­tème mor­ti­fère.

      Je pose éga­le­ment le der­nier para­graphe de l’enquête de Jen­ni­fer Bilek qui mérite d’être médi­té :
      « But what could pos­si­bly explain the abrupt drive of weal­thy elites to decons­truct who and what we are and to mani­pu­late children’s sex cha­rac­te­ris­tics in cli­nics now span­ning the globe while clai­ming new rights for those being decons­truc­ted ? Per­haps it is pro­fit. Per­haps it is the plea­sure of seeing one’s own per­so­nal obses­sions writ large. Per­haps it is the human temp­ta­tion to play God. No mat­ter what the ans­wer is, it seems clear that SSI will be an endu­ring part of America’s future. »

      >ça fait réfléchir.…on vit dans une société.…..à bon entendeur.…..(Jennifer Bilek est une théo­ri­cienne du com­plot qui passe son temps à par­ler « d’au­to­gy­né­phi­lie » et de trans­hu­ma­nisme, je vous conseille de ne pas accor­der de cré­dit à ses pro­pos, sur­tout quand elle parle d’un grand com­plot qui menace l’a­ve­nir de l’A­mé­rique et de Dieu)

      [1] https://www.academie-medecine.fr/la-medecine-face-a-la-transidentite-de-genre-chez-les-enfants-et-les-adolescents/
      [2] https://www.psychologytoday.com/intl/blog/culture-mind-and-brain/201811/why-is-transgender-identity-the-rise-among-teens et Teen Trans­gen­der Iden­ti­ty : A Res­ponse to Cri­tics | Psy­cho­lo­gy Today
      [3] « Mes col­lègues me disent de m’abstenir de publier sur le sujet, car la ques­tion trans­genre est une sorte de nou­veau tabou. » : https://ici.radio-canada.ca/info/2019/05/transgenre-sexe-detransitionneurs-transition-identite-genre-orientation/
      [4] https://www.prospectmagazine.co.uk/magazine/tavistock-transgender-transition-teenage-girls-female-to-male
      [5] https://www.liebertpub.com/doi/10.1089/trgh.2019.0070
      [6] https://bonpourlatete.com/actuel/trans-detrans-alertes-pour-un-scandale-annonce
      [7] swissroll.info/blog/pink-power/138350
      [8] Trans, détrans : alertes pour un scan­dale annon­cé (bonpourlatete.com) avec le lien la réponse de l’université : https://ici.radio-canada.ca/info/2019/05/transgenre-sexe-detransitionneurs-transition-identite-genre-orientation/img/Lettre/lettre-de-refus.html#highlight
      [9] Dans l’émission de Media­part https://youtu.be/BBZ6A0ukR70 , le concept de panique morale est éga­le­ment évo­qué par Karine Espi­nei­ra, puis, on assiste à par­tir de 47 min à une ana­lyse stu­pé­fiante : « On est arri­vé les der­niers sur le mar­ché de l’égalité des droits et c’est par nous que l’offensive réac­tion­naire elle veut remon­ter le fil […] On part de la ques­tion trans, on va reve­nir sur le droit des femmes, l’IVG, etc et on va remon­ter les droits de tous les autres groupes ». Qui peut sérieu­se­ment croire que le droit à l’IVG est mena­cé à l’heure ou la nupes sou­haite l’inscrire dans la consti­tu­tion ?
      [10] « The conse­quences of what hap­pe­ned to me have been pro­found : pos­sible infer­ti­li­ty, loss of my breasts and inabi­li­ty to breast­feed, atro­phied geni­tals, a per­ma­nent­ly chan­ged voice, facial hair. When I was seen at the Tavi­stock cli­nic, I had so many issues that it was com­for­ting to think I real­ly had only one that nee­ded sol­ving : I was a male in a female body. But it was the job of the pro­fes­sio­nals to consi­der all my co-mor­bi­di­ties, not just to affirm my naïve hope that eve­ry­thing could be sol­ved with hor­mones and sur­ge­ry. » : https://www.persuasion.community/p/keira-bell-my-story
      [11] https://ici.radio-canada.ca/info/2019/05/transgenre-sexe-detransitionneurs-transition-identite-genre-orientation/
      [12] https://www.tabletmag.com/sections/news/articles/billionaire-family-pushing-synthetic-sex-identities-ssi-pritzkers

  11. Benoit dit :

    Inté­res­sante la thèse du « cohort effect », je la garde en mémoire. Sinon, je suis tom­bé sur ce texte de Mr Ras­tier publié dans la revue Tex­to, assez impres­sion­né par l’é­ru­di­tion du bon­homme : http://www.revue-texto.net/docannexe/file/4683/texto_26_2_4_francois_rastier.pdf

  1. 18 novembre 2022

    […] de conte­nir aus­si le pod­cast enre­gis­tré pour les adephes qui ne peuvent/veulent pas lire.https://www.monvoisin.xyz/trajectoire-dune-etudiante-trans-dans-un-monde-austere-et-patriarcal-ou-co…J’ai deux-trois pré­ci­sion à apporter:J’ai lais­sé une confu­sion sur le mot […]

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