Moi, quand je mets mes lunettes

Vendredi dernier, j’ai répondu à William Audureau, journaliste du Monde, équipe des Décodeurs, qui souhaitait profiter de l’intérêt généré par l’attribution du Nobel à Alain Aspect pour aborder les mésusages de la physique quantique dans les différentes « thérapies quantiques ». J’ai pris soin de rédiger mes réponses, puis de causer avec lui. Ça donne cet article (signé avec Léa Sanchez) :  La « médecine quantique », de fausses thérapies qui surfent sur les révolutions de la physique quantique

Mais comme à l’accoutumée, il ne reste plus grand chose de ce que j’ai raconté, hormis deux phrases chocs, et… Rien de mon écrit. « Est-ce un mal, un bien ? C’est ainsi« , disait le philosophe J.-Jacques Goldman (Le coureur, 1997)

Alors voici le off, je partage mes réponses telles que je les ai faites. Vous pourrez ainsi comparer si le coeur vous en dit. À titre personnel, je ne sais pas si c’est bien ou pas bien. Je suis content qu’on puisse y lire aussi du Romy Sauvayre, ou du Julien Bobroff. J’aurais aimé lire Alice Van Helden, ou Jérémy Attard également. Prochaine fois !

Ci-dessous, les questions auxquelles j’ai répondu. J’avais pour mandat de faire très court. Autant que ce ne soit pas perdu.

***

 

(WA comme William Audureau) Comment fonctionne le rattachement à la physique quantique ? Est-ce une métaphore assumée comme telle, ou certains prétendent-ils que ces « médecines » reposent littéralement sur de la physique quantique ?

(RM) Pris à la lettre, ils n’ont pas complètement tort, car tout ce qui nous entoure repose sur la mécanique quantique ! Mais c’est aussi banal que de dire que tout repose sur des atomes.

En réalité leur thérapie est ancrée sur une idée inventée par Fritz-Albert Popp il y a 50 ans selon laquelle les cellules communiqueraient par des signaux électromagnétiques formant une « biorésonance ». Mais scientifiques et médecins sont bien en peine de trouver cette biorésonance ailleurs que dans le cerveau du fondateur et de ses émules, émules qui généralement n’ont pas le début du bagage scientifique nécessaire pour savoir comment fonctionne la physique quantique.

(WA) L’offre en « thérapies quantiques » est-elle aujourd’hui homogène, ou trouve-t-on une grande variété de propositions et de discours ?

(RM) Comme toute mode, la « médecine » quantique se décline en de nombreuses branches, « systèmes » ou produits dérivés, chacun ayant quasiment sa propre définition du mot « quantique ». Par contre, ce sont invariablement les mêmes concepts « mystiques » qui sont brandis :  dualité, intrication, téléportation, relation de Heisenberg, chat de Schrödinger. Dans cette soupe mystique, les grumeaux sont toujours les mêmes. Les vrais spécialistes, eux, s’arrachent les cheveux par touffes, tant ils ne reconnaissent rien de leur discipline.

(WA) Se retrouvent-elles toutes dans l’héritage et une fidélité aux théories de Deepak Chopra, ou ce « champ », si on peut l’appeler ainsi, s’est-il renouvelé et/ou élargi depuis ? D’autres théoriciens ont-ils pris son relais en termes d’influence ?

(RM) Deepak Chopra est le continuateur principal de Popp et y a mêlé des notions mystiques venues d’Inde qui ont beaucoup plu. Chose étonnante, sa notoriété est aussi grande que ce qu’il raconte sur le plan médical est vide de sens. Certaines thérapies alternatives s’appuient sur des concepts qui, même s’ils sont périmés, ont fait sens à un moment. Dans le cas du quantum healing de Chopra, c’est terrible à dire, mais rien ne fait sens. En France, les auteurs sont pléthoriques, l’un des plus connus étant Alain Lambin-Dostromon.

(WA) Est-il possible d’établir le profil-type des personnes qui proposent de la médecine quantique ? Y a-t-il beaucoup de scientifiques dans le lot, ou est-ce surtout des mystiques à la recherche d’un vernis scientifique ?

(je ne vous recommande pas la dernière question, qui est un faux dilemme)

Il faudrait faire des études sociologiques pour y répondre précisément. Mais de manière sommaire, on peut dire que les « thérapeutes quantiques » ne sont pas du tout pointus en quantique, sinon ils verraient de suite l’entourloupe. Tous ceux que j’ai rencontrés étaient très sympas, avaient obtenus des diplômes « maison » en étant sincèrement convaincus du bien-fondé de leur démarche, n’avaient pas de connaissance en physique, et encore moins dans les raisons psychologiques diverses qui expliquent très bien pourquoi des clients peuvent ressortir satisfaits (satisfait ne voulant pas dire « guéris »).

(WA) Et une question très simple : comment résumeriez-vous en quelques mots ce que vous pensez de la médecine quantique ?

C’est une double tragédie : d’abord parce que ça maltraite terriblement le savoir scientifique. Ensuite parce ça trompe le client, qui pense à tort trouver un soin scientifiquement étayé. Placer « quantique » sur n’importe quoi applique un vernis de scientificité artificiel. C’est une sorte de quantum-washing, qui floue le public.

 

Si vous voulez aller plus loin, vous pouvez sur le sujet

– lire mon bouquin Quantox. Mésusages idéologiques de la mécanique quantique (éditions Book-e-book, 2013)

– lire mon article Quantox : l’art d’accommoder le mot quantique à toutes les sauces, tiré du Bulletin de l’Union des Physiciens (BUP Vol. 105 N°935 pp 679-700), juin 2011

– écouter Alice Van Helden dans son cycle Introduction conceptuelle à la physique quantique.

– Lire Comprendre la physique quantique, de Jean Bricmont (Odile Jacob, 2020)

Et puis il y a d’autres « pointures », Julien Bobroff, Julien Degorre, Jérémy Attard, et tant d’autres dont vous pouvez prélever les photons.

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