Ma pote biblio Marianne Petit m’a refilé la BD « L’art de la vulve, une obscenité », incroyable plongée dans le conservatisme japonais, et je n’en avais jamais entendu parler !

Rokudenashiko alias Megumi Igarashi (五十嵐恵) s’est fait un trip de moulage de sa vulve (ça se dit Manko en japonais), puis a décliné ça sous diverses formes – je vous en mets quelques-unes, qu’on trouve en Creative commons sur son site https://6d745.com/. Perso, j’adore.

En outre, ça met en avant le fait que la vulve est complètement proscrite au Japon, alors que les illustrations de pénis font partie de la pop culture, et font même l’objet de processions lors du Kanamara matsuri, la fête de la verge de fer, à Kawasaki.

Cliché libre, fête de 2024
En 2014, elle pousse le truc jusqu’à à faire un financement particpatif pour fabriquer avec une imprimante 3D un kayak en forme de vulve, sa vulve.

je veux le même
Mâl(e) lui en a pris ! Arrestation, pression policière, double incarceration, pour avoir prétenduement violé la loi sur l’obscenité. Il y a un documentaire de Barbara Miller intitulé #Female Pleasure qui revient dessus, mais je ne l’ai pas encore vu, c’est au programme de ce soir. 
Faut dire que l’obscénité, au Japon, en France, ou ailleurs, c’est à dimension variable, comme ses contraposées la pudeur et les « bonnes moeurs ». S’il y a bien des concepts vaseux sur le plan moral, c’est ceux-là. Mes collègues de pensée critique et de philo, on peut faire un cours entier de philo morale sur ces seuls concepts. D’ailleurs, en France au XVIIe siècle, on appelait la vulve les pudenda membra, membres ou parties honteuses.
Mes ami·es juristes me corrigeront si je me trompe, mais sauf erreur, en France, l’obscénité n’est pas dans le Code Pénal. Par contre elle apparaît dans l’article 28 du Code de la presse !
« L’outrage aux bonnes moeurs commis par l’un des moyens énoncés en l’article 23 sera puni d’un emprisonnement d’un mois à deux ans et d’une amende de 16 francs à 2000 francs (…) à la mise en vente, à la distribution ou à l’exposition de dessins, gravures, peintures, emblèmes ou images obscènes ».
Si le dramaturge Hanns Johst n’avait pas été nazi, je reprendrais la phrase à peine trafiquée de sa pèce Schlageter : « Quand j’entends parler d’obscenité… je relâche la sécurité de mon Browning ! ». Mais de toute façon je n’ai pas de Browning. J’ai juste un canif.
Refs de la BD : Rokudenashiko, What is Obscenity ? The Story of a Good for Nothing Artist and Her Pussy (Koyama Press, 2016). Edité en France sous le nom de L’art de la vulve, une obscenité, édition Presque Lune, 2018. Truc étrange, la plupart du temps Manko est traduit par « vagin », ça m’a laissé perplexe.

Et si vous cherchez une version locale d’art manko, vous pouvez aller voir les « fouffies » de ma pote Sarah Anton ! https://www.sarahanton.org/plasticienne
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