matériel médical invasif, fin XIXe Image credit: arfo/ istoc

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Si vous connais­sez l’ac­cor­déo­niste irlan­daise Mary Raf­fer­ty, je vous ras­sure, ce n’est pas d’elle que je vais par­ler. Il y eut une autre Mar­ta « Mary » Raf­fer­ty, qui contri­bua à son corps défen­dant aux bal­bu­tie­ments sor­dides des neu­ros­ciences.

Illus­tra­tion of Rafferty’s ulce­ra­tion and expo­sed tis­sue. Repro­du­ced from Bar­tho­low R : Expe­ri­men­tal inves­ti­ga­tions into the func­tions of the human brain. Am J Med Sci 66:305–313, 1874. Public domain.

Ça se passe en 1874. Mary Raf­fer­ty, domes­tique irlan­daise de 33 ans dite « simple d’es­prit », venait d’en­trer à l’hô­pi­tal de Cin­cin­na­ti, dans l’O­hio, car elle avait un ulcère can­cé­reux au crâne, ayant néces­si­té des ponc­tions qui lais­saient appa­raitre des par­ties du cer­veau aux pul­sa­tions visibles. Ni une ni deux, le tou­bib Roberts Bar­tho­low pro­fi­ta de ces béances pour y appli­quer une paire d’ai­guilles élec­tro­ly­tiques et dif­fu­ser un cou­rant élec­trique dans dif­fé­rentes sec­tions du cer­veau de la dame. Il docu­men­ta ain­si les fonc­tions motrices alté­rées,  dans la grande joie de la patiente (c’est ce que dit Bar­tho­low), et celle évi­dente du thé­ra­peute qui, aug­men­tant pro­gres­si­ve­ment le cou­rant, pro­vo­qua chez Madame Raf­fer­ty des lèvres bleues, des convul­sions, de la mousse à la bouche, puis un coma de trois jours, et puis… la mort. Bar­tho­low racon­ta ses six jours d’ex­pé­riences avec une once de remord dans l’ar­ticle du BMJ Expe­ri­men­tal Inves­ti­ga­tions into the Func­tions of the Human Brain, en avril 1974, car la com­mu­nau­té scien­ti­fique lui était tom­bé des­sus pour man­que­ment éthique : « Je ne peux que main­te­nant expri­mer mon regret que les faits que j’es­pé­rais, dans une légère degré, les pro­grès des connais­sances ont été obte­nus au détri­ment d’une cer­taine bles­sure au patient ».

C’est après cette his­toire que l’Ame­ri­can Medi­cal Asso­cia­tion a inter­dit toute expé­ri­men­ta­tion humaine qui ne vise pas à sau­ver la vie du patient.

 

J’ai croi­sé cette his­toire dans le livre de Mat­thew Cobb, une brève his­toire du cer­veau, de l’âme au neu­rone (Dunod, 2021), et pour aller plus loin, j’ai lu :

 

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