
La sculpture « les oiseaux » de Lucien Brasseur, 1937, à l’ouest du musée avec des pigeons dessus, ça m’a fait rire
Qui veut jouer à un petit quizz « critique » de mes trouvailles d’hier au Musée de l’Homme ?
Moi ! Moi !
Je vais mettre 12 photos, vous tentez de deviner ce que c’est.
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1 Un crâne comprimé selon la méthode dite « toulousaine », avec (1850 environ). Une tradition que se perd : ), au moyen d’un serre-tête dit « sarro-cap ». J’avais vu passer quelques documentations dessus il y a quelques temps, et j’ai vu qu’il y avait ça tout frais, Le front dans les déformations toulousaines du crâne, par Roman H. Khonsari ; je vous mets le document ici
2 La « Femme à la larme », cire anatomique réalisée par André-Pierre Pinson pour le cabinet du duc d’Orléans en 1784 (la photo ci-dessous n’est pas de moi, elle vient du Muséum, la mienne était un peu moche)

3 Ecorché de Louis Auzoux, fait en … papier mâché ! (clin d’œil à Mélanie Bourlon, la reine du papier mâché, et je mâche mes mots ! J’ai même fait un stage chez elle -> https://melaniebourlon.com/sculpture-papier-mache/).
4 Moulages de crânes de Franz-Joseph Gall, inventeur de la phrénologie, et de Johann Gaspar Spurzheim, son promoteur (jolie mise en abîme !)
5 Céphalomètre du phrénologue Pierre Marie Antoine Dumoutier (1842), qui lui servait à mesurer ses propres moulages de bustes de gens. A l’arrière-plan de la machine, c’est sa propre tête, à Dumoutier. J’explique parfois en cours comment déterminer si vous êtes plutôt dolichocéphale ou brachycéphale (plus primitif) : vous mesurez la largeur maximale l de votre crâne, prise au-dessus de la crête supramastoïdienne (derrière les pommettes), et la longueur maximale L, mesurée de la glabelle (j’adore ce mot, c’est entre les sourcils) au point le plus proéminent à l’arrière du crâne. L’indice céphalique, c’est 100xl/L. Si vous avec IC > 80, Vacher de Lapouge vous dirait « noiraud, courtaud, (…) inerte, médiocre ». Si IC<75, ça va, vous êtes de la race des vainqueurs (Allemands, du Nord, Scandinaves…). Sacré Vacher !
6 Double squelette de fœtus jumeaux fusionnés – contrairement au cartulaire du Musée, je n’utilise pas le mot Siamois, qui signifie « qui vient de Siam », actuelle Thaïlande. Si on a appelé siamois les jumeaux fusionnés, c’est parce que les plus connus d’entre eux, Chang et Eng « Bunker », étaient thaïlandais d’origine. C’est un écossais qui les a ensuite fait tourner aux US dans des freak shows, dont celui de Barnum. Ils étaient présentés comme une « nouveauté » alors que je me rappelle d’un chapitre entier d’Ambroise Paré sur les grossesses gémellaires dans Livre traitant des Monstres & Prodiges de 1573. Les frères Bunker ne sont pas le sujet ici, mais sachez quand même que l’un était alcoolodépendant, et l’autre militant pour la sobriété, et qu’ils se marièrent, alternant 3 jours chez l’épouse de l’un et 3 jours chez l’autre.

« Fun » fact : à la Renaissance et même jusqu’au XIXe, on pensait que l’imagination des mères enceintes provoquait les malformations – toujours la même chose, c’est toujours de la faute des mères. Et on a donc interdit vers 1830 la venue des frères Bunker en France, pour ne pas choquer les femmes enceintes !
7 Momie (9e siècle), d’un homme d’environ 20–30 ans du peuple des Chachapoyas (« guerriers des nuages ») découverte en 1877 par Paul Vidal-Senèze dans une falaise de la vallée de l’Utcubamba. Vous pouvez écouter l’épisode 3 de la série géniale « Les curieuses histoires du muséum ». Placée en position foetale, elle a inspiré possiblement Rascar Capac chez Hergé dans « Les 7 boules de cristal », et assurément le fameux Cri d’Edvard Munch.


Savez-vous, en passant, que l’an dernier, on a découvert qu’il y avait un truc écrit en tout petit en crayon sur le tableau ? « Kan kun være malet af en gal Mand ! » « Ne peut avoir été peint que par un fou ! ». Ecrit par Munch lui-même !

8 Crâne d’un homme de Cro-Magnon, – 28000 ans dit « le vieillard » (qui avait 40 ans :))) Vous pouvez le regarder en 3D ici https://www.mnhn.fr/fr/homme-de-cro-magnon‑1
9 Tête de la dame de la grotte du Cavillon, découverte en 1872 entre Menton et Vintimille. Que font ces quelques 200 coquillages Nassa et 22 canines de cerf percées sur sa tête vieille de – 30 000 ? Ils sont la trace d’une parure complexe. Notez qu’on l’avait d’abord appelée l’Homme de Menton, parce que bon, un si joli corps paré, ça ne pouvait qu’être quelqu’un d’important – donc un homme !
10 Trépanations diverses, de Lozère, du Val d’Oise, de l’Aisne, de la Marne, vers – 3000 ! Fallait le vouloir ! Ils ont aussi retrouvé les « rondelles » (on dit comme ça) de trépanation, appelés parfois amulettes crâniennes de Broca, du fait du livre de Paul Broca paru en 1877 sur le sujet (dispo ici)
11 La vénus impudique, alias Vénus de Vibraye, statuette féminine magdalénienne en ivoire de mammouth trouvée par le marquis Paul Hurault de Vibraye en Dordogne vers les Eyzies en 1864 (j’ai visité les Eyzies il y a 5 ou 6 ans). Dans son nom, rien de va. Elle est « impudique » car on voit sa « fente », alors que dans la sculpture classique il y a toujours une main pudique pour la cacher. Et on l’appelle « Vénus », terme inventé par de Vibraye car il y a voyait une manufacture masculine, et un caractère érotique. De fait, rien ne dit que c’est fait par des hommes, ni que ces statuettes soient érotiques. L’appellation, comme l’écrivait Pamela Russell en 1993, est pour le moins « malheureuse ». En cadeau j’ai vu la Vénus de Lespugue, donc l’artiste José-Manuel Benito a fair une version originelle
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12 La « Machine » de Madame Angélique du Coudray, première sage-femme à enseigner en public l”« art des accouchements » avec ce mannequin créé vers 1750. Ce fac-similé a été réalisé par Rebecca Campeau
Ultime mise en abîme : la moitié des « hommes » sont des femmes. Pas besoin d’être woke pour se dire que le musée de l’Homme pourrait s’appeler le musée de l’Humain. Et une petite cocasserie : sur la porte des toilettes, vous remarquerez que côté fille, il y a la nurserie pour langer les mouflets. Côté garçon, non. Quand mes mômes étaient petits, je suis souvent resté perplexe devant ce genre de panneaux d’un autre âge, ne sachant pas bien où aller pour les torcher. On rit du trope masculin chez les découvreurs du XIXe, mais en 2025 au Palais de Chaillot, les représentations ne sonty finalement pas si différents.
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Allez, pour la route, des squelettes de foetus, parce que ça fait son petit effet et ça rappelle que si on lit ça, c’est qu’on a quand même un peu de la chance dans la vie, il y en a pour qui ça s’arrête très tôt.
















Salut Richard 🙂
Ce post est fascinant. Tellement à creuser ! Pour les déformations crâniennes de Toulouse (et d’ailleurs), hallucinant de découvrir que l’on pratiquait ça en France au XXe. (et vu les illustrations dans l’article, elles sont plutôt visibles). La photo n°5, d’emblée, j’aurais dit un appareil a trépanation. Sinon, aimant l’anthropologie et la paleo, ma curiosité est piquée sur ces trépanations néolithiques. J’ai feuilleté rapidement le bouquin de Broca, j’essaierais de trouver le temps de le lire. Bref, je te suis en « mode désynchronisé », mais j’ai aimé ce post. Merci 🙂
PS : bonne remarque sur les toilettes. Je n’y avais jamais pensé.
Imagine, un etrépanation, aux temps néolithiques.… Pas d’anesthésie, rien, l »anésthésiste c’est le mec qui a un gourdin.… Morceau d’angoisse
Pour les « anesthésies » aux temps néolithiques, on peut supposer qu’ils avaient peut-être déjà recours à certaines plantes comme Mandragore et Jusquiame. J’ai trouvé des recettes qui étaient encore en usage jusqu’au milieu du XVIII ème siècle, un mélange de ces plantes sur une éponge que le patient devait respirer. Bon, ça vaut ce que ça vaut, mais c’était toujours moins pire qu’une opération sans aucune prise de psychotrope. Bref, tout ça pour dire que l’hypothèse que les humains aient fait usage de certaines plantes pour des interventions chirurgicales dans les temps anciens ne me paraît pas déconnante. (oui, je les aime mes Solanacées!!!!)
Coucou, pour Mandragore je n’ai jamais rien vu dessus, pour jusquiame je sais qu’il y a eu des usages mais très rares, si je devais opter pour les options les plus probables je dirais amanite tue-mouche, cannabis, pavot, et peut être aussi des boissons alcoolisées. Faut que je vérifie les traces archéo pour chacune. Je le ferai. Bises
Je viens de retrouver le mélange pour l’éponge soporifique utilisé par Trotula di Salerno au XIème (merci les signets que j’ai laissé dans le livre): opium, mandragore, cigüe et jusquiame. Il y a effectivement une forte probabilité que l’amanite tue-mouche ait fait partie aussi des analgésiques depuis des lustres. Et comme anti douleur pour les accouchements, l’usage d’un poisson vivant, la torpille, qui permettait de « geler » les nerfs avec son éclair paralysant, ancêtre de la péridurale en somme.
la torpille ! La vache…
(mais le XIe siècle ça fait tard pour le néolithique :))