
Fosse près du gibet
J’ai parlé il y a peu d’Anatole Deibler, un des bourreaux les plus célèbres de France, qui a entre autres 400 têtes décapité Joseph Vacher, notre Jack L’éventreur local. Deibler est tellement célèbre qu’on lui fait dire n’importe quoi. Pas plus tard que hier, je bossais, pendant que mes mômes regardaient Mercredi, de Tim Burton, saison 2 épisode 2, et là qu’entends-je ? Mercredi parle d’Anatole Deibler ! Je saute de mon siège tout content.
… déception !
1) Deibler n’a pas du tout inventé les menottes à pouces (il était juste bourreau)
2) Deibler n’est pas de la période napoléonienne : il est né en 1863 et mort en 1938.
J’ai aussi raconté qu’au lieu-dit L’esplanade, à Grenoble, devant laquelle je passe en vélo avec mes mômes tous les matins, ont été retrouvées les traces du gibet du port de la Roche, du nom d’un port fluvial de l’Isère de l’époque. Légèrement en surélévation de la terrasse alluviale pour le préserver des inondations, il y fut installé entre 1544 et 1547, et fut probablement employé jusqu’au début du XVIIe siècle. Les executions se déplaceront ensuite à l’ancienne place du Breuil, appelée depuis place Grenette. Le « pseudo-mage » Nobilibus (sur lequel j’ai fait plancher des étudiant·es) y fut torturé et exécuté en 1606 (lire l’article du Postillon sur cette affaire).

Nobilibus – Dessin de mon Syl dans le Postillon
Mandrin y sera pendu un siècle et demi plus tard, et nous aurons même en 1807 un type du Vercors, qui sera guillotiné deux fois ! Si si. Le bourreau étant malade, il envoya son valet, seulement la lame s’arrêta la nuque à peine entamée. En panique le valet sauta même à pieds joints sur la lame pour finir le boulot, dans les hurlement du pauvre type, mais ça ne suffit pas, et la foule, ivre de ressentiment le bastonna si bien qu’il y laissera la vie.
J’en viens à mon objet : mon ami Claude Luzy a débusqué de fantastiques documents aux archives, dont l’annonce de la fiche de poste pour la recherche d’un bourreau, en 1545, et surtout les tarifs que le bourreau appliquait en 1559 !
Car je ne sais pas si vous le savez, mais le bourreau cumulait un droit de havage et une tarification à l’acte.
Le droit de havage, ou havée est le droit octroyé de pouvoir se servir dans tous les étals du marché, à hauteur de ce que deux mains peuvent prendre. Évidemment, avec un outil de mesure pareil, il y a eu des dérives.
Au XVe siècle, il y eut des endroits où le bourreau avair le droit d’obtenir la tête de tous les cochons qui divaguaient dans les rues.
Quant à la tarification à l’acte, elle fait froid dans le dos

Bourreau tranchant la tête de Léonora Galigaï, à Paris, en 1617
(.…) Pour fesser / bannir / quelque mal faicteur (…) 30 soulz*
pour le mettre au pilorix / 15 soulz
Pour luy coupper le poing / 30 soulz tz
Pour pendre aulcung malfaiteur / soyt homme ou femme / 60 soulz tz
Pour luy couppper la teste et pandre le corps et mectre la teste au pillory / 72 souls
Pour mectre la fleur de ly sau front / avec le fer rouche et bien chault : 30 soulz
Pour coupper la langue : 30 soulz
Pour gecter un homme dans un sac en la rivière : 30 soulz
Pour brusler quelque mal facteur en eregie : 30 soulz
*Soulz, ce sont des sous (que je pense être des sous parisi), et soulz tz, ce sont les soulz tournois.
Vous jeter à l’Isère par exemple, j’ai calculé que ça lui rapporterait environ 30€.
Vous retrouverez tous les détails dans l’article « Faut qu’ça saigne, faut qu’ça saigne, ou la supplique et le barème du bourreau », de Jean-Paul Métailler, Généalogie et Histoire, n°200.
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