Dans le livre Pla­ce­bo, nous racon­tons (pp. 245–6) l’histoire du marin, dans les années 1950, enfer­mé par erreur dans le contai­ner de réfri­gé­ra­tion ­d’un bateau anglais trans­por­tant des bou­teilles de madère. Il tam­bou­rine sur les cloi­sons, mais per­sonne ne l­’entend et le bateau repart d’Écosse pour le Por­tu­gal.

« Le marin a de la nour­ri­ture, mais il est convain­cu qu’il ne pour­ra pas sur­vivre long­temps dans cette chambre froide. Il a cepen­dant la force de sai­sir un mor­ceau de métal et il grave, heure après heure, jour après jour, le récit de son mar­tyre […]. Quand le bateau jette l­ ’ancre à Lis­bonne, les marins ouvrent le contai­ner et découvrent l­’homme mort de froid. Ils lisent son his­toire gra­vée sur les murs. Toutes les étapes de son cal­vaire y sont décrites avec beau­coup de détails. Mais le plus incroyable n’est pas là. Le capi­taine exa­mine le ther­mo­mètre du contai­ner fri­go­ri­fique. Il indique 20 °C. En fait, le sys­tème de ­réfri­gé­ra­tion a été défaillant, et n’a pas été enclen­ché durant tout le tra­jet du retour. Voi­là donc un homme mort ­d’avoir cru mou­rir de froid. » Fas­ci­nant… mais récit introu­vable, si ce n’est chez Ber­nard Wer­ber, dans ­L’Encyclopédie du savoir rela­tif et abso­lu, qui pré­cise : « La pen­sée humaine peut tout. » Même inven­ter des his­toires.

Un aimable inter­naute, Soad­fan­dae­mon, nous dit qu’il y a une réfé­rence plus vieille : cinq ans avant Wer­ber, l’histoire (quelque peu dif­fé­rente) se trouve dans le livre de Glenn Van Eke­ren, The spea­ker’s sour­ce­book : quotes, sto­ries, and anec­dotes for eve­ry occa­sion, de Pren­tice Hall Trade, 1988. J’ai retrou­vé ce livre et on lit p. 390 :

« CAN WORRY KILL YOU ? There is a sto­ry about Nick Sitz­man, a strong, young bull-of-a-man, who wor­ked on a train crew. It see­med Nick had eve­ry­thing : a strong heal­thy body, ambi­tion, a wife and two chil­dren, and many friends. Howe­ver, Nick had one fault. He was a noto­rious wor­rier. He wor­ried about eve­ry­thing and usual­ly fea­red the worst. One midsum­mer day, the train crew were infor­med that they could quit an hour ear­ly in honor of the fore­man’s bir­th­day. Acci­den­tal­ly, Nick was locked in a refri­ge­ra­tor box­car, and the rest of the work­men left the site. Nice pani­cked. He ban­ged and shou­ted until his fists were bloo­dy and his voice was hoarse. No one heard him. « If I can’t get out, I’ll freeze to death in here, » he thought. Wan­ting to let his wife and fami­ly know exact­ly what had hap­pe­ned to him, Nick found a knife and began to etch words on the woo­den floor. He wrote, « It’s so cold, my body is get­ting numb. If I could just go to sleep. These may be my last words. The next mor­ning the crew slid open the hea­vy doors of the box­car and found Nick dead. An autop­sy revea­led that eve­ry phy­si­cal sign of his body indi­ca­ted he had fro­zen to death. And yet the refri­ge­ra­tion unit of the car was inope­ra­tive, and the tem­pe­ra­ture inside indi­ca­ted fif­ty-five degrees. Nick had killed him­self by the power of wor­ry. »

Résu­mé : un cer­tain Nick Sitz­man se serait retrou­vé enfer­mé dans un wagon fri­go­ri­fique, et aurait à l’aide d’un cou­teau com­men­cé à gra­ver des mots sur le sol en bois : « Il fait si froid, mon corps est engour­di. Si je pou­vais juste aller dor­mir. Ce sont peut-être mes der­niers mots. » Et Sitz­man serait décé­dé, alors que le fri­go n’était pas en marche et qu’il fai­sait 55°F (soit à peu près 13°C). Nous avons écrit à l’auteur (https://www.linkedin.com/in/glenn-van-ekeren-34458110) pour savoir s’il a une réfé­rence à cette his­toire peu pro­bable. D’ailleurs, sur snopes.com, une autre his­toire sans source a eu son petit suc­cès : lethal indi­rec­tion : https://www.snopes.com/fact-check/lethal-indirection/ : un homme à qui une équipe d’étudiants de Bir­min­gham fait croire qu’il va être déca­pi­té par un étu­diant hyp­no­ti­sé, meurt d’une crise car­diaque en rece­vant une simple ser­viette sur le cou. La source pro­vien­drait du folk­lo­riste Paul Smith, The Book of Nas­tier Legends, Rout­ledge & Kegan Paul, 1986 (p. 50), et reprise dans Daniel Cohen, The Behea­ded Fresh­man and Other Nas­ty Rumors, Avon Books, 1993 (pp. 53–58) mais nous n’avons pas trou­vé ces ouvrages – pour l’ins­tant ! Si vous les avez…

A prio­ri, Smith aurait trou­vé une variante de cette his­toire, prê­tée à des étu­diants de l’U­ni­ver­si­té d’A­ber­deen, qui auraient vers 1775 orga­ni­sé une fausse exé­cu­tion d’un sacris­tain nom­mé Dow­nie. Mais il n’y a jamais eu de sacris­tain de ce nom là-bas, et l’his­toire semble avoir été attri­buée à l’é­tu­diant Robert Mudie vers 1825. Smith men­tionne aus­si le cas d’un bouf­fon mort de peur. Nous l’a­vons retrou­vée, et elle semble docu­men­tée :

Por­trait de Pierre Gonel­la, par Jean Fou­quet (XVIe s.)

« Sa mort, en 1441, est le résul­tat d’une tra­gique plai­san­te­rie : le mar­quis Nic­colò III d’Este qui employait le bouf­fon Gon­nel­la souf­frait d’une fièvre quarte. Afin de tes­ter l’hy­po­thèse de savoir si la cause pou­vait ser­vir de remède, le bouf­fon pousse le mar­quis dans le Pô. Le mar­quis est furieux. Quelque temps plus tard, un plai­san­tin coupe la queue du che­val de Gon­nel­la. Celui-ci, par ven­geance, coupe les lèvres supé­rieures de tous les autres che­vaux. Le mar­quis décide de faire croire à Gon­nel­la qu’il va lui cou­per la tête. Or, le bour­reau ne fait qu’ef­fleu­rer sa gorge. Gon­nel­la meurt de peur lors de ce simu­lacre d’exé­cu­tion ». (Wiki­pé­dia, fran­çais et ita­lien, 15 juin 2026).

Cet épi­sode aurait parait-il ins­pi­ré une scène du film E riden­do l’uc­cise de Flo­res­ta­no Van­ci­ni, 2005.

Mer­ci Soad­fan­dae­mon !

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