J’aime bien les canulars, depuis les documenteurs jusqu’aux faux articles, en passant par les personnages totalement inventés. Ils ont une portée critique généralement assez forte. J’ai usé par exemple du remarquable Opération Lune, de William Karel (2004), dans mes cours, ainsi que d’extrait du journal TV bidonné de la RTBF le 13 décembre 2006, avec pour nom de code : Tout ça (ne nous rendra pas la Belgique, sur la scission de la Belgique et la déclaration unilatérale d’indépendance de la Flandre (grand moment que l’on doit au journaliste Philippe Dutilleul : voir ici). Je rêve d’ailleurs depuis longtemps de faire un cycle de projections de faux documentaires sur la fac un de ces jours, et j’avais même instruit une liste de mockumentaries pour mon collègue et ami Philippe dessus (dès que je la retrouve je la mettrai ici).

 
Opération Lune, de William Karel (2004). Bye Bye Belgium, de Philippe Dutilleul (2006). Punishment Park, de Peter Watkins (1971), vraiment terrifiant. This is Spinal Tap, de Rob Reiner (1984). Ado, avec les copains hardos, on ne savait pas très bien si c’était vrai ou pas. Death of a President, de Gabriel Range (2006), l’un de mes préférés

 

Reste assez fameux le faux philosophe Jean-Baptiste Botul, traquenard de Frédéric Pagès, dans lequel est tombé Bernard Henri-Lévy, ce qui tend à montrer que ce philosophe indigent à plus d’un titre ne lit pas toujours les auteurs qu’il cite). Mais bien peu connaissent le canular autour du faux auteur Marc Ronceraille, et pour cause : ce canular de Claude Bonnefoy a été éventé trop vite, par un certain Bernard Pivot, bien connu des amateurs de dictées. Dommage, Ronceraille aurait pu faire carrière (on peut écouter cette émission ici, ou ci-dessous).

 

D’une manière un peu sommaire, je distingue les canulars qui ont pour but d’être révélés et de fourbir matière à critique, des faux, qui servent la carrière de leur auteur ou un programme politique. Parmi les faux célèbres dans le monde zététique, il y a bien sûr le protocole des Sages de Sion, mais il y a aussi le pseudo-moine tibétain Lobsang Rampa, alias Cyril Henry Hoskin, qui n’a jamais été moine ni même visité le Tibet, et dont j’avais dévoré « Le troisième œil » tout cru quand j’étais ado. Il y a également Marlo Morgan, toujours en vie, qui a prétendu dans le best-seller Message vrai aux hommes mutants avoir été initiée par les Aborigènes d’Australie. Il aura fallu qu’un rapport de la Dumbartung Aboriginal Corporation se plaigne amèrement de la fausseté des informations du livre (dans ce rapport), puis d’une réunion d’Anciens de différents groupes aborigènes (Noongah Elders) en mars 1995 pour que Morgan avoue le caractère fictionnel de son travail, et que Hollywood renonce à faire une adaptation en film. On peut lire le résumé de cette affaire dans cet article de Cath Ellis par exemple. Si on veut faire dans le faux moderne, alors Loose change, Hold up ou La révélation des pyramides sont d’excellents supports, mais comme prévient la « Loi » de Brandolini : le temps de décorticage de ces pseudo-documentaires est infiniment plus long que le temps de visionnage (on pourra lire à ce sujet l’article « Les « documenteurs », nouvelle arme dans la guerre de l’information » de Frédéric Tomas, Thomas C. Durand, Faustine Boulay et Thibault Renard, dans Revue internationale d’intelligence économique 2021/1 (Vol. 13) ).

 

Petite note : il y a des objets culturels qui sont présumés faux seulement. C’est en écrivant cet article que j’ai découvert que les fameuses lettres de Calamity Jane à sa fille Calamity Jane, lettres à sa fille (1877-1902) (Seuil, 1979), que j’ai lues et qui ont été adaptées dans une très jolie BD (Martha Jane Cannary, de Christian Perrissin et Matthieu Blandin, Futuropolis, 2009 2 tomes)  ainsi que dans un album d’Alain Bashung, Chloé Mons et Rodolphe Burger, sont fortement sujettes à caution. Je me suis donc sûrement fait avoir aussi, de même qu’adolescent j’avais absorbé tout rond l’œuvre de Carlos Castaneda, présentée comme une anthropologie des Indiens Yaqui, et sur laquelle Richard De Mille entre autres a émis de lourdes critiques. Comme on dit chez les abricots, on est tou·tes la drupe que quelqu’un.

2 réponses

  1. de bie-vernet dit :

    Les Documents interdits de Jean-Teddy Filippe valent le coup d’oeil
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Documents_interdits

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