Gra­vure de cli­to­ris dis­sé­qué par l’anatomiste alle­mand Georg Lud­wig Kobelt en 1844. Source : BIU San­té

Ce matin je lisais le livre de la jour­na­liste cana­dienne Sarah Bar­mak Jouir, en quête de l’orgasme fémi­nin (Zones, 2019). Ayant un cours sur Sexe & genre, dans lequel j’aborde les dif­fé­rentes sexua­tions et inter­sexua­tions (et les dif­fé­rentes manières sor­dides déve­lop­pées au cours des âges pour y remé­dier), j’ai noté une his­toire que je ne connais­sais pas, p. 51 :

« Dans une affaire judi­ciaire des années 1560, un juge fran­çais avait annu­lé un mariage à la demande du mari sous le pré­texte que son épouse avait refu­sé qu’on lui retire son cli­to­ris, qui mesu­rait entre 2 et 5 cm. »

N’ayant jamais enten­du par­ler de cela, j’ai regar­dé la réfé­rence don­née par Sarah : le livre de David Hil­l­man et Car­la Maz­zio, The Body in Parts, Fan­ta­sies of Cor­po­rea­li­ty in Ear­ly Modern Europe, Rout­ledge, 1997. Ni une ni deux, je récu­père le bou­quin (sur le site de l’équipe d’ar­chi­vistes ano­nymes Pirate Libra­ry Mir­ror), l’épluche, et tombe p. 183 sur :

« Duval cited a legal case from the 1560s in Anjou, where the judge had annul­led a mar­riage at the request of the hus­band, after the wife refu­sed to have her one-to-two-inch cli­to­ris remo­ved (…) ».

Tra­duc­tion-mai­son : « Duval a cité une affaire judi­ciaire datant des années 1560 en Anjou, lors de laquelle le juge avait annu­lé un mariage à la demande du mari, après que la femme eut refu­sé de se faire enle­ver son cli­to­ris d’un à deux pouces ».

Je note alors la réfé­rence du Jacques Duval en ques­tion, pro­fes­seur de méde­cine de Rouen, sei­gneur d’Ec­to­mare et Du Hou­velque, que j’avais déjà croi­sé dans ses polé­miques avec un autre méde­cin célèbre à l’époque, Jean Rio­lan. Le nom du bou­quin édi­té à Rouen en 1612 vaut le détour : il s’agit du Trai­té des Her­ma­phro­dits, accou­che­mens des femmes et trai­te­ment qui est requis pour les rele­ver en san­té et bien éle­ver leurs enfans. Où sont expli­quez la figure des labou­reur, & ver­ger du genre humain, signes de puce­lage, deflo­ra­tion, concep­tion & la belle indus­trie dont use nature en la pro­mo­tion du concept & plante pro­li­fique (ouf !)

Les pages indi­quées par Hil­l­man et Maz­zio n’étant pas bonnes, j’ai mis la main sur le trai­té sur Gal­li­ca, le site de la Biblio­thèque natio­nale de France et j’ai retrou­vé le pas­sage par mot-clé : pp. 362–363.

Donc l’histoire a bien exis­té ! Avec ce bémol que la rup­ture du contrat de mariage fut fait d’un consen­te­ment mutuel (dou­tant à titre per­son­nel de la notion de consen­te­ment en 2025, alors j’é­mets de bonnes reserves sur sa ver­sion XVIe siècle…).

Duval dit que l’histoire eut lieu en pays d’Anjou, il y a 45 ans. Edi­tée en 1612, l’his­toire remonte donc aux alen­tours de 1567. Je m’arrête là, et j’en­voie un salut ami­cal à toutes les per­sonnes ayant été réas­si­gnées de force, à la nais­sance ou plus tard.

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