Moi aus­si je défends les arbres, j’ai été un gland comme eux, je lis Gio­no, je m’a­dosse à des troncs, j’aime grim­per dans les branches. Mais est-ce pour autant que la cause néces­site de convo­quer tout l’at­ti­rail mys­tique ?
Quand j’é­coute Ernst Zür­cher (chez Zoé Varier, fin mai 2022, qui au lieu de faire du jour­na­lisme, déroule un tapis rouge de bons sen­ti­ments) mélan­ger agro­fo­res­te­rie et per­ma­cul­ture, convo­quer l’hé­ri­tage ultra­foi­reux de Rudolf Stei­ner et de son anthroposophie/biodynamie (minute 22 de l’é­mis­sion), racon­ter que les arbres pulsent,  que tout pulse, et que c’est pour cela que les bains de forêt ça « marche » (?), que les arbres sifflent, qu’il y a des liens qui peuvent unir le nombre d’or et la forme des cônes des coni­fères, et autres… Je me dis que le public est content de rece­voir du miel dans ses oreilles : mais c’est du miel chi­nois cou­pé de sirop de glu­cose. Pas encore trop célèbre, – peut être parce qu’il n’a pas la barbe des Hubert Reeves, Yves Cop­pens et consorts –, Ersnt Zür­cher est trop intel­li­gent pour ne pas savoir qu’il fait de la déma­go­gie, et trop for­mé pour ne pas se rendre compte qu’il ins­tille de la pseu­dos­cience. La fin jus­ti­fie-t’elle les moyens ? Peut-être, mais je me demande sou­vent si la phrase « La fin jus­ti­fie les moyens ? » jus­ti­fie les moyens.

Il faut lire cette nou­velle de Gio­no (1933) avant de mou­rir (ne serait-ce que parce qu’a­près, c’est plus dur).

J’en pro­fite : il dit avoir mon­tré un lien entre crois­sance des arbres et cycle lunaire. J’a­vais déjà enten­du par­ler de ça, pour­quoi pas, mais vu les cou­leuvres qu’il nous glisse, je demande à véri­fier. Est-ce ce papier-là : LUNAR RHYTHMS IN FORESTRY TRADITIONS –LUNAR-CORRELATED PHENOMENA IN TREE BIOLOGY AND WOOD PROPERTIES ? 2001, dans Earth, Moon & Pla­nets ? Y a‑t-il des bota­nistes, den­dro­chro­no­lo­gistes, etc qui ont regar­dé ça de près ? Si c’est vrai, ça m’in­té­resse. Si ce n’est pas vrai, ça m’in­té­resse tout autant.
Allez, je m’en vais enla­cer un pla­tane et me fouet­ter avec des orties.

9 réponses

  1. Walter dit :

    Salut,

    Je suis tom­bé sur cet article par hasard, et je com­prends un peu les reproches, j’en avais de sem­blables à un moment, avant de mieux com­prendre son regard et les tra­vaux qu’il cite. Je ne le connais pas per­son­nel­le­ment, mais pour moi, Ernst est quel­qu’un qui garde un œil atten­tif aux savoirs pay­sans et tra­di­tion­nels, et qui voit des liens ou des confir­ma­tions de cer­tains de ces savoirs dans beau­coup de recherches récentes. Sans pour autant y adhé­rer aveu­glé­ment. Il me paraît plus ouvert que d’autres, tout en res­tant un scien­ti­fique, mais peut-être que cela ne se res­sent pas tou­jours dans ce qu’il dit à l’o­ral.

    Il conserve en tout cas une part d’é­mer­veille­ment et de mys­ti­cisme pour les arbres, et une conscience qu’on est loin de tout com­prendre. Par­fois ça doit un peu plus être ses tripes qui parlent.

    (Pour ce qui est de Stei­ner, par contre, je ne sais pas ce qu’il dit à son sujet, je n’ai pas écou­té l’é­mis­sion, peut-être voit-il chez lui une sen­si­bi­li­té simi­laire ? Pour info j’ai enten­du M‑A Sélosse par­ler de la bio­dy­na­mie récem­ment, il ne croit pas à la théo­rie ‑et a lu Stei­ner, la source… ce qui n’est pas si cou­rant- mais constate par contre que dans la pra­tique un cer­tain nombre de choses « marchent », et appré­cie les adeptes de cette théo­rie qui sont sou­vent des gens qui observent et s’a­daptent).

    J’ai déjà enten­du Fran­cis Hal­lé dire beau­coup de bien de Zür­cher et une par­tie de ses tra­vaux, pour ce qui est de l’a­vis d’autres scien­ti­fiques de renom­mée.

    Pour avoir une meilleure idée de la pro­fon­deur d’é­tude de cer­tains des sujets qu’il aborde, je conseille en fait de jeter un œil au livre d’Ernst : Les Arbres, entre Visible et Invi­sible…

    Ce livre est net­te­ment plus tech­nique que son côté “livre de grande sur­face de chais-plus-quelle-édi­tion” ne le sug­gère. Toutes les recherches scien­ti­fiques sur les sujets abor­dés dans le livre sont sour­cés, avec une biblio­gra­phie (si je me sou­viens bien, à la fin de chaque cha­pitre). C’é­tait plu­tôt car­ré, et ‑je trou­vais- pro­bant, dans l’en­semble.

    Les por­tions par­lant de l’in­fluence des dif­fé­rents cycles lunaires sont assez com­plexes (je ne me sou­viens pas de tout), mais les conclu­sions me parais­saient assez par­lantes : une influence du cycle lunaire sur le déve­lop­pe­ment des plantes. Net­te­ment moindre que d’autres fac­teurs envi­ron­ne­men­taux (soleil, vent, …), et sou­vent pas impac­tante au point d’être un para­mètre cri­tique à prendre en compte mais là tout de même. L’im­pact du moment de pré­lè­ve­ment de bois pour cer­tains usages par rap­port au cycle lunaire est, lui, par contre, un peu plus impor­tant (et sem­ble­rait-il, connu empi­ri­que­ment de longue date par les ébé­nistes, les luthiers et d’autres).

    D’ailleurs, en tapant “influence cycle cir­ca­dien, le pre­mier article sur lequel je suis tom­bé ‑plus récent que l’ou­vrage de M. Zür­cher- était le sui­vant : https://www.cirad.fr/espace-presse/communiques-de-presse/2020/lumiere-lune-effet-sur-plantes-cafeiers#:~:text=Une%20%C3%A9tude%20du%20Cirad%20d%C3%A9montre,et%20perturbe%20son%20horloge%20circadienne.

    Per­son­nel­le­ment, c’est un sujet qui ne m’in­té­resse pas tant que ça (à part ces his­toires de bois/lune), ni les his­toires de nombre d’or (éga­le­ment détaillées dans son bou­quin, je ne me sou­viens plus des détails) et ce sont d’autres cha­pitres du livre d’Ernst qui m’ont bien plus intri­gué (sur l’eau, sur la struc­ture du bois, sur sa, euh, pul­sa­tion élec­trique ?, et sur l’a­gro­fo­res­te­rie). Ca fait 3 ans que je l’ai lu, mes sou­ve­nirs sont en par­tie flous ‑en par­tie parce que c’é­tait tech­nique et que tout absor­ber m’au­rait deman­dé plus de temps, et pour d’autres rai­sons- mais je le reli­rais bien, d’autres connais­sances acquises depuis me per­met­traient peut-être d’en mieux rete­nir cer­tains élé­ments.

    Ah oui, pour ce qui est des bains de forêts, il me semble que l’ou­vrage men­tion­nait un cer­tain nombre d’é­tudes témoi­gnant de l’ef­fet apai­sant de phé­ro­mones relâ­chées par cer­tains arbres (ou cham­pi­gnons fores­tiers) sur l’être humain, entre autres effets posi­tifs rela­ti­ve­ment faciles à com­prendre du fait d’al­ler se bala­der en forêt. Je m’en sou­viens très mal, vaut mieux aller lire son bou­quin, ne me citez pas sur ce point, encore moins que le reste. Il parle éga­le­ment au début de son ouvrage du regard de la science et de son rap­port aux savoir tra­di­tion­nels, là encore sûre­ment des points sus­cep­tibles de vous inté­res­ser.

    Voi­la voi­la, j’es­père que ce com­men­taire vous aura ser­vi. A mon sens, si cer­taines affir­ma­tions de Zür­cher m’in­ter­rogent, son livre m’a­vait paru pro­bant et mesu­ré, et je pense que son regard et sa sen­si­bi­li­té ont peut-être à appor­ter aus­si ; je garde (d’autres expé­riences de ma vie m’en­cou­ra­geant à aller un peu dans ce sens) un œil ouvert sur cer­taines de ses affir­ma­tions moins cor­ro­bo­rées.

    Dans tous les cas, c’est quel­qu’un qui encou­rage à ce qu’on plante des arbres, et vu leur impor­tance pri­mor­diale dans la bonne ges­tion du/des cycle(s) de l’eau et de la san­té du sol (rac­cour­ci de lan­gage), et les consé­quences que la mau­vaise ges­tion de l’eau et l’ab­sence de cou­ver­ture fores­tière entraîne sur le cli­mat local (glo­bal ?), on a besoin de gens qui encou­ragent à plan­ter des arbres et repen­ser la ges­tion des forêts et de la pro­duc­tion ali­men­taire… Je pense que quand bien même vous pour­riez le trou­ver pro­blé­ma­tique si son dis­cours vous rebute, il y a beau­coup d’autres per­sonnes infi­ni­ment plus néfastes aux­quelles on accorde beau­coup plus de temps de parole et de poids.

    Bonne lec­ture, si vous jetez un œil au livre, n’hé­si­tez pas à me don­ner vos retours, qu’ils changent votre per­cep­tion du per­son­nage et de ce qu’il avance sur cer­tains points ou non.

    • Mer­ci de votre com. Ma cri­tique porte sur l’é­mis­sion, alors il est tou­jours plus facile de dis­cu­ter quand vous l’au­rez écou­tée 🙂
      Att­ten­tion, F Hal­lé, j’ai l’im­pres­sion qu’il ne rechigne pas à aller sur­fer sur le mys­ti­cisme, ce que ne fait pas du tout Sélosse à ma connais­sance. Quant à savoir si parce qu’il y a des gens bien plus néfastes, il fau­drait s’abs­te­nir de faire la cri­tique des pro­pos de Zür­cher, c’est un argu­ment dif­fi­cile à manier. Car il y a tou­jours des gens bien plus néfastes. Plan­ter des arbres oui, mais au prix de n’iom­porte quel argu­ment ? (car plan­ter tel ou tel arbre ce n’est pas DU TOUT le même résul­tat). Ami­ca­le­ment

      • Guylaine dit :

        effec­ti­ve­ment tout comme Zür­cher F. Hal­lé (et les Bour­gui­gnon, feu Rabhi, Koko­pel­li…) adhèrent aux thèses de Stei­ner.
        Thèses qui ne reposent abso­lu­ment pas sur des savoirs ances­traux, des pra­tiques tra­di­tion­nelles… mais sur les ins­pi­ra­tions cos­miques du fon­da­teur de l’an­thro­po­so­phie.

        Et la carac­té­ris­tique de celle-ci est d’a­van­cer cachée der­rière de beaux dis­cours. Ici avec Zür­cher, celle de la rela­tion aux arbres. Dont l’é­tude sur l’in­fluence de la lune contient de tels biais qu’elle n’est pas recon­nue par ses pairs. Jus­qu’à aujourd’­hui au contraire la science ne peut prou­ver l’in­fluence de la lune sur les plantes. Elle ne dit pas que ses effets n’existent pas, juste que bien d’autres fac­teurs priment des­sus.

  2. Walter dit :

    Déso­lé pour le pavé, j’a­vais orga­ni­sé ça mieux car je pen­sais que les para­graphes dans les com­men­taires conser­ve­raient leur struc­ture. Ce n’est visi­ble­ment pas le cas…

  3. JANNIN Vincent dit :

    Mer­ci pour cet avis cri­tique, bien iso­lé dans un océan de louanges aveugles…
    Bran­ché par une amie sur un repor­tage de Zur­cher, j’ai été conster­né par le sal­mi­gon­di mys­ti­co-éso­té­ri­co-scien­ti­fique du pro­pos, habile et sub­til mélange entre réa­li­té scien­ti­fique et déma­go­gie mys­tique à la mode. Je trouve cela navrant de la part d’un veri­table scien­ti­fique qu’est incon­tes­ta­ble­ment Zur­ker, mais bon ça se vend mieux qu’une thèse ou un article de Nature, il faut bien vivre… et puis il a l’air tel­le­ment sym­pa le bon­homme…
    Et pour­tant, bien que scien­ti­fique et ration­nel, je suis un grand fan de Gio­no et de Ramuz, et je rafole des his­toires fan­tas­tiques, ce qui m’in­ter­roge par­fois sur la cohe­rence de mon pauvre cer­veau.
    Les arbres sont des etres vivants fabu­leux, par leur taille et leur lon­gé­vi­té, ils pro­voquent chez nous des émo­tions tres fortes et jus­ti­fiées. Mais l’arbre ne résume pas la nature et la nature ne se résume pas aux arbres. Plan­ter des arbres est un acte aujourd’­hui idéa­li­sé, mais qui reste anthro­po­cen­tré, le propre de la nature est de se débrouiller sans nous.
    Il ne faut pas oublier que « L’homme qui plan­tait des arbres » de Gio­no est une fable, et rien d’autre qu’une fable.
    Il est d’ailleurs tres amu­sant de s’in­té­res­ser à la genèse de ce livre, que Gio­no a écrit pour repondre à un concours du Rea­ders Digest dont le thème était « par­lez de l’homme que vous admi­rez le plus ». Gros suc­cés, Gio­no rem­porte le prix ! Prix qui qui lui a été reti­ré avec fra­cas quand les amé­ri­cains du RD ont apris que c’é­tait une his­toire inven­tée !!! (La tri­che­rie est mal vue par nos amis outre atlan­tique, on peut men­tir, mais à condi­tion de ne pas s’en cacher) Mais peux on repro­cher à un écri­vain d’in­ven­ter de belles his­toires ?
    Bon, je fais une insom­nie, je vais relire Der­bo­rence… (qui pour le coup n’est pas une his­toire inven­tee)

    • Je ne savais pas du tout l’his­toire du livre de Gio­no – d’ailleurs, pour­quoi a‑t-il men­ti pen­dant 4 ans sur la véra­ci­té de ce texte ?
      RAmuz je tourne autour je n’ai jamais lu ! Je vais voir ça. Mer­ci Vincent !

  4. Fabrice dit :

    J’ai vision­né une confé­rence de Zür­cher et au fil des minutes, j’ai eu comme l’im­pres­sion que… je me lance donc dans une recherche sur Inter­net pour voir si d’autres per­sonnes… Effec­ti­ve­ment, je ne suis pas le seul à pen­ser que les pro­pos de Zür­cher piquent les yeux !

    L’ar­ticle en ques­tion est dis­po­nible ici https://link.springer.com/article/10.1023/A:1017018821490

    Avant de repro­duire l’ex­pé­rience, on peut déjà ana­ly­ser la rédac­tion de l’ar­ticle ! Il y a beau­coup de texte… Méthodes expé­ri­men­tales ? Il y a il des biais expé­ri­men­taux (hygro­mé­trie, etc.) ? Ana­lyse sta­tis­tique ? On voit des gra­phiques sans barres d’er­reurs, qui font appa­raître une pul­sa­tion comme par magie. D’ailleurs, c’est un peu la base de la théo­rie de Four­rier… L’ar­ticle lui-même fait remar­quer que la gra­vi­ta­tion n’a­git que sur des masses astro­no­miques (croûte ter­restre et océan) et que donc… Tout cela mis bout à bout semble rejoindre le faîte que bon nombre de publi­ca­tions dans une revue comme Nature ne sont pas repro­duc­tibles ! Conclu­sion, ça casse un peu le mythe des grandes écoles Suisses…

    À lire aus­si https://www.ufp74.fr/lintelligence-des-arbres-au-dela-des-controverses-ou-va-notre-societe-dingue-des-arbres

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