Footing à flanc de coteau, depuis le bas de la Tronche (oui oui, La Tronche, j’en vois qui ricanent au fond) jusqu’au Rachais, le mont qui surmonte notre Bastille.

Je passe parfois par le lieu-dit de la Vierge noire, chemin de la pinotte, parce que dans une petite chapelle il y a justement une vierge (noire) qui est une version en pierre peinte datant de 1441 d’une « vraie » vierge noire, trouvée elle au IXe siècle par le soc de charrue d’un certain Guigue, vigneron.
La légende, que je tiens d’un des livres de l’historien du Dauphiné Claude Muller (je ne sais plus lequel) dit que l’évêque la fit déplacer deux fois à la collégiale Saint-André, à quelques kilomètres de là, à Grenoble, pour éviter les coups de pied au culte. Seulement, la statue ne l’entendait pas de cette oreille et fut retrouvée à chaque fois… à la Pinotte ! Devant une telle téléportation au moins quantique, l’évêque renonça, et on finit par construire sur place une chapelle. Parait que le 1er dimanche de mai, les femmes cherchant un mari peuvent y faire un pèlerinage. Les hommes, non, ce n’est pas prévu comme ça. Quant aux femmes cherchant une compagne, ce n’est même pas la peine d’en parler je crois.

Pourquoi l’ancienne vierge était-elle noire ? J’ai coutume de donner deux hypothèses quand j’en discute.
La première c’est ce que certains bois de fruitier noircissent avec le temps (comme le poirier).
La seconde, c’est que les pigments / siccatifs utilisés pour faire la carnation de la vierge – et du petit Jésus aussi d’ailleurs – étaient composés entre autres de plomb : céruse ou blanc de plomb (2 PbCO3·Pb(OH)2), ou minium (Pb3O), qui s’oxydent et noircissent du fait des UV. Je crois que ça donne de la plattnérite (PbO2) et/ou de la galène (PbS), mais je parle sous le contrôle des chimistes qui me corrigeront. j’avais potassé ces trucs il y a une dizaine d’années, possible que je manque de nouvelles hypothèses1. J’en profite pour mentionner le dossier d’Eléa Héberlé dans Podcast science n°412 (2020) sur les pigments végétaux, c’était remarquable ().

Mais cette fois non, je n’y passe pas, à la Vierge Noire, parce que Tourisme Isère & les Journées du patrimoine 2022 La Tronche proposent le 22 septembre prochain une visite du lieu par Katarina Dugast Laučíková, chercheuse indépendante (?) qui enseigne le Qi gong, la géobiologie, la sylvothérapie, etc : « On présentera également l’aspect géobiologique du lieu, on donnera quelques angles d’approche du lieu vibratoire. » Tout un programme ! (qui est ici d’ailleurs). Je m’en voudrais de troubler les hypothétiques réseaux Hartmann et Curry du lieu, même si nous-autres scientifiques bornés ne les avons jamais détectés. Peut être viendrai-je écouter la dame quand même, peut être prix Nobel qui s’ignore, et m’extasier des capacités insondables de l’imaginaire humain.

Tout ça pour dire que j’ai pris le chemin dit de Noyarey, dré dans l’pentu comme on dit en Savoie.
Et là, petit pas de côté, m’est apparu…  une autre vierge ! que je n’avais jamais repérée alors que je suis passé 600 fois à côté. Mon apparition de la vierge à moi ! Si vous avez des infos dessus, ça m’intéresse.

(De même si vous savez pourquoi ce chemin s’appelle chemin de Noyarey, alors que Noyarey est un bled 10 bornes plus loin niché contre le Vercors, je prends.)

Notes

  1. On peut lire ça en attendant : « L’altération des pigments au plomb, Étude du minium et de sa possible reconversion », de Sébastien Aze, Vincent Detalle, Jean-Marc Vallet et Nathalie Pingaud, Actualité chimique, 2008.

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