Le neuroscientifique du
Jerome Lettvin (1920–2011), assez coutumier de canulars, a voulu railler le modèle ultralocationniste du cerveau, entre autres l’idée qu’un neurone unique pourrait traiter un concept complexe. En 1969 il s’inventa un lointain cousin, Akakhi Akakhievitch qui avait soigné un patient, Portnoy, souffrant psychologiquement d’une mère plus qu’envahissante, en retirant de son cerveau les 18000 « neurones mère » qui répondaient à l’image de sa mère. Puis il affirma qu’Akakhievitch travaillait depuis sur les « neurones grand-mère ».
On prêta aussi à Akakhievitch des « découvertes« comme « La théorie des neurones bureaucratiques : comment les synapses imitent la paperasse tsariste », ou « L’influx nerveux comme métaphore du courrier perdu dans Saint-Pétersbourg ». J’ai aussi vu passer une équation qui m’a fait poiler : « Activation = (Amour maternel) × (Nombre de gâteaux offerts) ».
Si vous êtes féru·e de littérature, vous aurez reconnu Ak(h)aki Akakhievitch, le personnage principal dans « Le Manteau » de Nicolas Gogol (1842), symbole de l’absurdité bureaucratique, ainsi que « Portnoy et son complexe », de Philip Roth, qui venait de sortir en 1969).
Une version abrégée de l’histoire est disponible dans cet article de Charles Gross, dans The Neuroscientist : « Genealogy of the “Grandmother Cell » »
Moi je dois cette histoire à Matthew Cobb, dans son excellent bouquin « Une brève histoire du cerveau », dont j’ai déjà parlé.
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