Bon sang, j’ai beau avoir lu cet été le ter­rible « Le com­mun des mor­telles – faire face au fémi­ni­cide », de Mar­got Gia­cin­ti, je n’ai même pas fait tilt en appre­nant la mort affreuse d’A­gathe Hilai­ret la jog­geuse, qu’il s’a­gis­sait d’un fémi­ni­cide. C’est dire comme mon cer­veau rame à adop­ter de nou­velles cases. Je l’ai pigé en écou­tant l’his­to­rienne Chris­telle Taraud qui d’ailleurs intro­duit la notion de « conti­nuum fémi­ni­ci­daire » dans « Tuer les femmes, une his­toire mon­diale »*.


Une autre thèse qu’ellle pro­pose est de clas­ser géno­cide les chasses aux sor­cières du XVIIe, ce que je ne trouve pas décon­nant à pre­mière vue (mais je ne suis pas his­to­rien).

A pro­pos de sor­cières, juste avant, sur mon vélo je m’é­tais enfi­lé cette épou­van­table lec­ture** des oeuvres de cette cre­vure juriste Pierre de Ros­te­guy de Lancre qui en 1609 fai­sait oeuvre de chasse aux sor­cières en Pays basque et cher­chait par tous les moyens et à grand ren­fort d’é­pingle les marques du diable sur de pauvres femmes**.

« Exa­men d’une sor­cière » (1853) par T. Mat­te­son, repré­sen­tant le pro­cès de la pré­di­ca­trice qua­ker Mary Fisher en 1656. Musée Pea­bo­dy Essex, Salem, Mas­sa­chu­setts – via Wiki­me­dia Com­mons

La seule chose réjouis­sante de cette émis­sion sur la sor­cel­le­rie de 1974, c’est que j’y ai appris un tas de recettes malé­fi­ciantes !

Je vous offre celle-ci :

« la poudre qui empêche les sor­cières de confes­ser (…) En fai­sant sécher le foie d’un enfant non bap­ti­sé [qu”] elles mélangent à une pâte de millet noir qu’elles font au sab­bat. Une fois qu’on en a man­gé, on reçoit le don de silence et de taci­tur­ni­té, si bien qu’on n’a­voue rien, ni à la tor­ture, ni au sup­plice. »

Intu­tile de me dire mer­ci.

*Les couilles sur la table #74
Seul regret, men­tion récur­rente du livre de Mona Chol­let sur les sor­cières, connu pour ne pas briller par sa rigueur

**La chasse aux sor­cières dans le Labourd, avec Robert Man­drou, Enri­co Ful­chi­gno­ni et Jeanne Favret-Saa­da

6 réponses

  1. Ed dit :

    Quelque chose me contra­rie avec l’u­ti­li­sa­tion du mot fémi­ni­cide dès qu’une femme est tuée.
    Ce que je com­prends, c’est qu’un fémi­ni­cide est un homi­cide pour le motif que la vic­time est une femme. Or, de ce que j’ai lu, l’a­gres­seur (pré­su­mé) de cette jog­geuse est un vio­leur plu­sieurs fois condam­nés. Ceci dit, qu’il l’ait tuée parce qu’il vou­lait mas­quer son crime (viol cer­tai­ne­ment) ou parce qu’elle était une femme, ne change pas grand chose ici car vio­ler une femme montre sans nul doute de la miso­gy­nie. De même, que des hommes au temps médié­vaux aient orches­tré des fémi­ni­cides sous la forme de chasse aux sor­cières car ils étaient miso­gynes, je l’i­ma­gine très bien.
    Par contre, com­bien d’ar­ticles ou de récits de meurtres de femmes sont qua­li­fiés de « fémi­ni­cides » alors qu’on apprend qu’elles ont été tuées pour d’autres rai­sons que parce qu’elles étaient des femmes, comme pour en faire un exemple car elles auraient volé de la drogue à un car­tel (pre­miers résul­tats google avec « fémi­ni­cide » à l’heure où j’é­cris ce com­men­taire), ou lors de dis­putes vio­lentes avec leur conjoint… qui les ont cer­tai­ne­ment tuées par lâche­té, par colère, par débi­li­té, etc. mais par parce qu’elles étaient des femmes. Si dans un couple homo­sexuel mâle, l’un des deux tue l’autre lors d’une dis­pute, le plus faible phy­si­que­ment, on ne par­le­ra pas d’ho­mo­pho­bie, non ?
    Ce qui me cha­grine dans cette uti­li­sa­tion « à la mode » du mot fémi­ni­cide dès qu’on parle de l’ho­mi­cide d’une femme, c’est que ça me fait pen­ser à celui qui criait au loup : à force de qua­li­fier les homi­cides de femmes de fémi­ni­cides en disant qu’elles ont été tuées parce qu’elles étaient des femmes, quelque soit la véri­table rai­son, on noie dans le nombre les vrais fémi­ni­cides et, tôt ou tard, cet amal­game va des­ser­vir la cré­di­bi­li­té de la cause.
    Est-ce que me trompe ? Si oui, où ? (j’ex­pose mon point de vue mais je n’ai pas le pré­ten­tion de dire que j’ai rai­son et je le par­tage jus­te­ment pour offrir aux autres une oppor­tu­ni­té de me cri­ti­quer).

    • Bon­jour Ed je com­prends votre point de vue. C’est le même pro­blème que pour les notions comme anti­sé­mi­tisme, crime raciste, etc. Mais ce n’est pas le fait des auteurs et autrices sur ce sujet, pour qui la défi­ni­tion est assez ferme (quoique large, comme chez Dia­na Rus­sell), mais bien plu­tôt le fait des médias. Je vois ça comme une balance, avec comme béné­fice le fait de mon­trer que les vio­lences faites aux femmes sont énormes, et comme incon­vé­nient de gom­mer les par­ti­cu­la­ri­tés de chaque crime.
      Au fond, se pen­cher sur la notion de vio­lence mas­cu­line est cer­tai­ne­ment la meilleure solu­tion
      Ami­ca­le­ment

      • Ed dit :

        Bon­jour Richard, Mer­ci pour votre réponse.
        « ..de mon­trer que les vio­lences faites aux femmes sont énormes… » ben jus­te­ment, c’est là mon pro­blème avec ça. C’est que de coup, il se peut qu’on en arrive à dou­ter de ce que montrent vrai­ment les sta­tis­tiques là des­sus, mais bon…
        Oui, la vio­lence que peuvent subir des femmes est un fait, et cette vio­lence existe sous diverses formes, et je le com­prends encore mieux après avoir lu le livre de Nan­cy Hus­ton « Reflets dans un oeil d’homme » : le simple fait d’être une femme peut être un risque dans cer­taines situa­tions…

        Quand on parle de vio­lence mas­cu­line, là aus­si, j’ai écou­té une émis­sion sur France Culture avec des dis­cours disant que la vio­lence était essen­tiel­le­ment du fait des hommes et rien sur le fait que la vio­lence mas­cu­line était plu­tôt phy­sique donc plus faci­le­ment détec­table et répré­hen­sible par la loi alors que la vio­lence fémi­nine serait plu­tôt psy­cho­lo­gique et donc beau­coup plus dif­fi­cile à détec­ter et à péna­li­ser donc dif­fi­cile de pro­po­ser des sta­tis­tiques des­sus (sur la nature de la vio­lence fémi­nine, voir les récits de femmes qui ont fait de la pri­son). En disant que la vio­lence est essen­tiel­le­ment mas­cu­line, j’ai des fois l’im­pres­sion que cer­tains mou­ve­ments « fémi­nistes » peuvent glis­ser vers une forme de misan­drie en allant jus­qu’à dire que les vio­leurs de Gisèle Peli­cot étaient « des hommes comme tous les autres ».
        J’ai écou­té votre super col­loque avec le col­lec­tif de Caen en avril 2021. Je ne pense pas que ça soit une bonne chose de lais­ser d’autres injus­tices se pro­duire au nom qu’elles font suite à des injus­tices (« han­di­ca­pés méchants »). Les anglais disent : « Two wrongs don’t make a right » et j’ai l’im­pres­sion qu’il y a une ten­dance actuelle à la misan­drie par cer­taines per­sonnes qui ont de la parole publique. Les injus­tices subies par cer­taines femmes (pas toutes les femmes) sont un sérieux pro­blème qu’il faut adres­ser dans notre socié­té. Les hommes n’en sont pas moins ver­tueux pour autant même si cer­tains sont des porcs, des lâches, etc.
        Ami­ca­le­ment

        • Hel­lo Ed je n’ai pas beau­coup de temps, mais je vou­lais vous répondre que je ne suis pas d’ac­cord avec vous. Pour moi, la vio­lence fémi­nine existe, mais elle est tel­le­ment non struc­tu­relle, non sys­té­mique (la lit­té­ra­ture abonde sur le sujet) qu’en faire le pen­dant, c’est un peu comme si dans un taff sur l’A­par­theid, on disait que quand même il ne faut pas nier les vio­lences des quar­tiers noirs de Sowe­to. Certes ! Mais c’est tel­le­ment pas le même pro­blème que le régime d’A­par­theid
          Quant à juger la direc­tion misandre de cer­taines per­sonnes, ou le les­bia­nisme poli­tique par ex, je regrette un peu mais qui suis-je pour regret­ter, moi qui ai par­ti­ci­pé et par­ti­cipe encore sûre­ment au sys­tème domi­nant patriar­cal ? Si des han­dis optent pour la vio­lence, elle sera tou­jours infi­ni­ment moins grande que la vio­lence sys­té­mique sur les « non-valides ».
          Je pense qu’in­trin­sè­que­ment, un « homme » a très tôt appris la connar­dise, et que s’en défaire c’est du taff. C’est pour ça que je les com­prends, quand elles disent All men are trash. On aime­rait bien, vous et moi, ne pas en faire par­tie, mais rien que les pri­vi­lèges dont nous avons joui et que les femmes n’a­vaient ou n’ont pas ont ser­vi ce sys­tème, et donc on a été plus ou moins mal­gré nous com­plices. L’i­dée est d’être le moins com­plice pos­si­bel et ce n’est pas en ren­voyant vers la vio­lence fémi­nine que le sys­tème se fis­su­re­ra. Jspr que je suis à peu près com­pré­hen­sible en si peu de phrases. Salu­ta­tions !

          (oups, de quel col­loque à Caen par­lez-vous ? Ca ne me dit rien)

          • Ed dit :

            Bon­jour Richard,
            Rien ne pres­sait et oui votre réponse me semble très com­pré­hen­sible.
            J’au­rai plein de choses à répondre (j’a­vais d’ailleurs com­men­cé à répondre) pour don­ner d’autres points de vue en réponse aux vôtres mais ce n’est peut-être pas l’en­droit pour en débattre donc il me semble rai­son­nable d’ar­rê­ter ces échanges à moins que vous voyez les choses autre­ment (?)
            Le col­loque : « Retours d’expérience sur la bien­veillance dans le scep­ti­cisme (Scep­ti­Caen #4, Skep­tikón, 1e avril 2021)

          • Mer­ci du lien ! J’i­rai voir. Mer­ci

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