Je profite d’avoir discuté eugénisme avec des doctorant·es en stage aujourd’hui pour exhumer la triste mémoire du psychiatre militaire espagnol Antonio Vallejo-Nájera Lobón.
Proche de Franco, il fut nommé en 1938 chef des services psychiatriques militaires des armées franquistes, et créera après la guerre civile le Cabinet d’investigations psychiatriques pour étudier « les racines psychophysiques » du marxisme. Il y engagera des recherches et des expériences médicales sur des prisonnier·es de guerre, des membres des Brigades internationales, des détenus basques et catalans, en particulier dans le camp de concentration de San Pedro de Cardeña, près de Burgos. Son but ? Établir les relations entre des caractéristiques biopsychiques du « sujet rouge » et son engagement communiste. Il en vint à postuler que l’infériorité des marxistes tient à une malformation génétique, que la postérité gardera sous le nom de gen rojo, ou « gène rouge ». On parle de plusieurs centaines d’enfants retirés à leur mère pour ces raisons idéologiques, entre autres en faisant croire à la maman que son bébé était mort-né. Un documentaire, que j’ai vu en son temps, porte sur le sujet : Els nens perduts del franquisme – Les enfants perdus du franquisme, de Ricard Belis i Garcia (2004). Il a contribué à créer plusieurs dépôts de plainte (et un procès en 2018 contre un ancien gynéco, Eduardo Vela).
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