Je compulse pas mal, et comme on me pose assez fréquemment la question, je vous donne mon matériel de rentrée, du moins le must depuis début septembre jusqu’au 10 octobre.

  • Je fais le tri dans ce que j’ai lu qui a un lien plus ou moins direct avec la pensée critique. Je ne mets pas les émissions de radio, il y en a trop. Je ne mets pas les publis scientifiques non plus.
  • Je fais quatre catégories. J’indique +, ++ ou +++ ma recommandation, et je n’indique pas les trucs inutiles ou mauvais histoire de ne pas vous faire perdre du temps.

Si ça se trouve, ce genre d’article ne sert à rien. Comme c’est chronophage à faire, pitié, dites-moi si c’est visser dans un piolon.

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Les bouquins

Les gardiens de la raison, de Foucart, Stéphane Horel et Sylvain Laurens, (La Découverte, 2020)  (+++ malgré un certain nombre de fautes)
Carnets Zilsel septembre 2020. (++ L’article de Bruno Andreotti et Camille Noûs est complètement foutraque, mais il y a des éléments très intéressants dedans. L’article de Sylvain Laurens sur les “pro-Science !” est remarquable).
Mémoires d’un avaleur de sabre, de Daniel P. Mannix (Les fondeurs de brique, +++ pour qui s’intéressent aux forains, aux fakirisme, aux freaks, aux hobos)
Histoire des vaccinations, d’Hervé Bazin (+++ rares sont les livres de ce type à être agréable à lire ! D’ailleurs grâce à Bazin je revisite l’histoire de la variolisation, et elle n’est pas le fait de médecins anglais, mais de vieilles femmes turques anonymes – et d’une femme anglaise pas anonyme mais oubliée, Lady Mary Wortley Montagu)
Une guerre perdue, de Marc-Antoine Pérouse de Montclos (+++, prend tout son sens avec le coup d’état en août 2020. J’en avais causé ici)
Mon pays vend des armes, d’Anne Poiret (+++, pour tous les friands de complots en tout genre, attelez-vous à ce mensonge d’état, un vrai pour une fois. J’en avais causé )
Mauvaises mines, combattre l’industrie minière en France et dans le Monde, Mathieu Brier et Naïké Desquesnes, Z (+++,
L’Ésotérisme : Qu’est-ce que l’ésotérisme ?, de Pierre A. Riffard (+++, mais très technique, et fait plus de 1000 pages vous êtes prévenu·es, faut picorer dedans)
Moi parasite, de Pierre Kerner alias Taupo (+++, plume un peu ampoulée parfois, mais quel travail ! Le livre donne presqu’envie d’avoir un ténia)
La vie après la mort, de Thomas C. Durand (++)
Les pyramides de Bosnie, IRNA (++)
Le roman de l’université, Grenoble 1339-2016, de René Favier (++, il y a des anecdotes croustillantes)
Les maîtres de l’imposture, de Clément Frèze (++, ok c’est un peu foufou, un peu start-up nation, mais j’ai une tendresse pour Clément, depuis l’affaire Bruno Charvet – résumée ici)

 

Les journaux ou articles web marquants

Le Manière de voir spécial Fake news, 172 , août-septembre 2020 (+++, j’ai beau m’y connaître, j’ai encore appris des trucs – merci Olivier Dufour)

Le Monde diplomatique septembre 2020 +++

Les bonnes feuilles pour un·e enseignant·e de pensée critique sont selon moi :

  • p3 L’anorexie, une maladie sociale, par Claire Scodellaro
  • p7 Manipulations numériques en Afrique, par André-Michel Essoungou
  • pp 13-17 : dossier pentecôtisme et expansion de l’évangélisme
  • p 18 Les petites mains des grands hôtels, par Marie Morgan
  • p22 Ce qu’un arbre peut véritablement cacher, par Franck Poupeau
  • p28 Peur blanche aux États-Unis, par Richard Keiser
Le Monde diplomatique octobre 2020 +++

Les bonnes feuilles pour un·e enseignant·e de pensée critique sont selon moi :

  • pp. 1, 22 et 23 Bataille géopolitique autour de la 5G, par Evgeny Morozov
  • pp. 4 et 5 Au Mali, coup d’État dans un pays sans État, par Anne-Cécile Robert
  • pp. 21 et 22 Les mutuelles, des assureurs finalement comme les autres ?
  • p. 28 Cabale au Canada, par Alain Deneault
  • (il y a aussi page 18 le travail de Marylène Patou-Mathis, Sortir la femme préhistorique de l’ombre, mais l’article n’est pas folichon – alors que les travaux de Patou-Mathis sont super)
Zet-ethique, j’ai farfouillé quelques articles, c’est très très bon +++

Les BD

Cosmobacchus, de Meybeck (2020, 3 tomes, +++ pour les deux premiers). J’en ai causé là
Les phalanges de l’ordre noir, de Bilal & Christin (1979) (+ quelques éléments politiques)
Cuervos, de Marazano et Durand (5 tomes, 2010)(+ quelques éléments de philosophie politique)

 

Les séries

After life, de Ricky Gervais +++, sur le rapport à la mort, remarquable !
Manhunt : Unabomber, de Andrew Sodroski, Jim Clemente et Tony Gittelson +++, c’est assez rigoureux sur le plan historique (j’en ai parlé et j’en profite pour indiquer

  • qu’il y a une docusérie intitulée”Unabomber: In His Own Words”, j’en reparlerai quand j’aurai tout fini – merci Eric Bévillard
  • qu’on retrouve l’arrestation d’Unabomber dans The Insider (révélations), cf. ci-dessous
Mindhunter saison 1, de Joe Penhall, ++ sur la naissance du profiling (j’en ai parlé ici)
The good place, de Michael Schur,  saison 1, +, j’ai prélevé quelques éléments réjouissants de philosophie morale dedans je vous les mettrai en ligne sous peu.
The righteous Gemstones, de Danny McBride (2019) (+, merci Nicolas Gaillard)
Good Omens (de bons présages), sur la traque de l’antéchrist, de Douglas McKinnon, sur la base du livre de Terry Pratchett et Neil Gaiman, +

 

Les films

Good night and good luck, de George Clooney (2005) (+++, je l’ai regardé trois fois en 15 ans, ça ne m’arrive pas souvent – l’été dernier j’ai regardé de nombreux docus sur Murrow, j’en parlais ici)
The insiders (révélations), de Michael Mann (1999) +++, sur les méthodes des industriels du tabac contre Jeffrey Wigand.
I cento passi (les cent pas), de Marco Tullio Giordana (2000) (++, ce n’est pas un méga film, mais l’histoire qu’il narre est dingue : celle de Giuseppe Impastato alias Peppino (1948-1978), fils de mafioso qui dénonce la mafia sur une radio pirate, et le paiera de sa vie. Merci Luigi Grieco
Extremely wicked,shockingly evil, and vile, de Joe Berlinger (2019) (+++, terrifiant parcours dans la tête de Ted Bundy, auteur de minimum 36 meurtres de femmes, avec nécrophilie et tout et tout. Pas d’image choquante dans le film, ce qui rend celui-ci assez étonnant)
The angel’s share (la part des anges), de Ken Loach (2012) (++, pour la critique sociale, et notons que c’est probablement le seul film de Ken Loach qui ne finit pas mal). Merci Nicolas Vivant
I tonya (moi, Tonya), de Craig Gillespie (2017) +++ Merci Nicolas Vivant d’avoir insisté. Je trouve que le patinage artistique est un condensé de ce qu’il y a de plus détestable politiquement dans le sport – classes sociales, critères esthétiques, attentes genrées – j’en avais causé sur les réseaux sociaux à propos de Surya Bonaly, dont j’avais écouté une saissante entrevue avec Anne-Cécile Genre sur Hors Limite, Binge audio.
Merci à celui ou celle qui m’a indiqué la mini-série documentaire Losers, de Mickey Duzyj. Surya Bonaly est l’objet de l’épisode 3. Le 1er épisode particulièrement m’a stupéfait, sur le boxeur Michael Bentt.Sur les questions de sport et de genre, lire Anaïs Bohuon, j’aime beaucoup son travail.

Les documentaires

Pakistan – Le blasphème, passible de la peine de mort, de Mohammed Naqvi. Terrible ! +++, disponible ici

 
A pussy riot punk prayer, de Mike Lerner et Maxim Pozdorovkin, +++ quelle force !
Big Pharma, labos tout puissants, de Claire Lasko et Luc Hermann, +++ disponible là
Sans adieu, de Chrstophe Agou. +++ sur les conditions de vie des vieux paysans, terrible
Eat That Question: Frank Zappa in His Own Words, de Thorsten Schütte (++, parce que l’avant-garde en musique est un point complexe à aborder)

Les romans

J’en ai lu quelques uns, mais qui n’ont pas vraiment d’utilité dans le cadre de l’esprit critique, sauf :

Victor Hugo, Claude Gueux, sur la peine de mort (+++)
Franck Bouysse, né d’aucune femme (+++, sur le clergé, le droit des femmes, poignant. Merci famille Andrieu)

Joël Egloff m’a fait rire avec Edmond Ganglion & fils, je voulais le dire mais difficile de raccrocher ça à quoi que ce soit ! (il y a même un film pas mal du tout, tiré du roman, Grand froid, de Gérard Pautonnier)

 

 

 

 

 

 

12 réponses

  1. FRANC dit :

    Hello,
    Très surpris de voir les gardiens de la raison avec trois + dans ce classement ! Certes je n’ai pas lu le livre mais j’ai vu qu’il était pas mal décrié (Cf les réactions des personnes prises à parti dans le livre) notamment sur le site de l’afis (https://www.afis.org/Journalisme-d-insinuation-apres-les-articles-le-livre / tout en bas de l’article les différentes réactions). A leur lecture ont se dit qu’effectivement ça n’a pas l’air très sérieux. Mais il est très possible que je me trompe… Mais j’avoue être très étonné.
    Benoit

    • Bonjour Benoît, pour faire simple
      – tout ce qui critique mon milieu ou mes positions m’intéresse (ce sont des règles de base de zététique, douter de soi-même, se soumettre à la réfutation, non à l’exposition sélective, faut quand même que je me les applique :-))
      – je pense qu’une partie des critiques est valide, il y a qq boulettes et maladresses. Mais le fond est là, et je pense qu’une fraction non négligeable des réactions vient d’un fond qui n’est pas idiot du tout (il s’est passé la même chose en Angleterre, cf Zilsel septembre, article de S Laurens, en ligne il me semble)
      – ne se fier qu’aux critiques faites par les gens pointés dedans (qui donc se défendent perso au lieu de traiter le fond) est à mon avis une mauvaise piste. Ca ne rend pas la thèse vraie, mais au moins on évite un faux négatif gratuit.
      Je pense que vous aurez tout intérêt à le lire et à constater que j’aurais pu mettre 4+ 🙂 car si c’est faux, on en prendra acte. Si c’est vrai, c’est grave.
      Amicalement

      • Voici ce qu’on peut lire page 105 du livre “Les gardiens de la raison” :

        ” Au moment où ce livre était rédigé, la revue de l’Afis n’avait cité en tout et pour tout qu’une seule étude sur ce sujet [du lien entre glyphosate et cancer], l’Agricultural Health Study (AHS).
        […]
        Voilà la preuve que l’herbicide n’a pas de propriété cancérogène, selon les gardiens autoproclamés de la science. Mais pourquoi ne citer qu’une seule étude – celle qui ne trouve aucun lien –, et ne pas tenir compte de toutes celles qui en trouvent un ?
        […]
        Tout scientifique, tout professionnel de la communication scientifique le savent : il est trompeur de s’appuyer sur une étude isolée pour faire valoir un fait ou une idée tout en ignorant l’ensemble des autres travaux semblables. Une étude isolée a toujours un poids limité. C’est le choix que fait cependant l’association rationaliste, en ne citant que l’AHS… alors qu’elle ne cesse de mettre en garde ses membres et ses lecteurs contre la tentation de s’en remettre à une seule étude pour se faire une idée juste sur un sujet complexe.
        […]
        Pourtant, les responsables de l’association rationaliste dérogent de manière spectaculaire à ce principe quand il s’agit de défendre le produit phare de Monsanto. ”

        Voici l’article que j’ai écrit pour l’Afis en 2017 au sujet du glyphosate et du cancer : https://www.pseudo-sciences.org/Le-glyphosate-est-il-cancerogene
        Chacun pourra vérifier si mon article se base sur “une seule étude” comme l’affirment les auteurs du livre dans leur accusation. Je vous aide : mon article se base sur l’ensemble des rapports d’expertises des agences de sécurité sanitaire mondiales ayant étudié le lien entre glyphosate et cancer.

        Richard, je veux bien que vous ne souhaitiez pas vous fier à l’avis d’une personne mise en cause dans le livre. Mais alors, dans ce cas, vous devriez faire l’effort de vérifier vous-même. Allez relire le passage complet que j’ai cité par morceau ci-dessus (page 105) et confrontez le avec ce que contient mon article de 2017 publié par l’Afis.

        Alors seulement, vous saurez si les auteurs ont fait ici une simple “boulette” ou bien s’ils ont calomnié l’Afis et moi-même en tant qu’auteur. Ainsi, vous pourrez transmettre une information vérifiée à vos lecteurs, qui vous en seront probablement reconnaissants.

        • Bonjour Hervé, merci d’apporter vos remarques et correctifs. Vous n’êtes pas le seul à faire l’objet d’erreurs, coquilles, boulettes et autres faussetés dans ce livre. Mais c’est le sujet “de fond” que je trouve méritant grosse réflexion de notre part. Je gage que les auteurs, Sylvain Laurens en tête qui est le seul que je connais un peu, sauront effectuer les retouches qui s’imposeront dans une réédition. Le sujet central n’en sera que plus facile d’accès, et on sera obligé de l’aborder frontalement. Je n’y ai lu ni malhonnêteté, ni calomnie, mais maladresses et envie de faire feu de tout bois, alors qu’il y avait plein de bois sec à disposition. Je trouverais dommage qu’on rate le coeur du propos pour cela. C’est pour cela que j’encourage le bouquin, et que je le recommanderai d’autant plus qu’il sera débarrassé des erreurs factuelles. Vous me direz si les auteurs prennent bonne note de vos retours critiques, j’y serai attentif. Merci

          • Lorsque les auteurs affirment que l’Afis a fait “le choix” de ne se baser que sur “une seule étude”, dérogeant “de manière spectaculaire” à ses principes en défense du produit phare de Monsanto, l’accusation est lourde ! Un lecteur du livre n’a aucune raison de penser que les auteurs ne lui disent pas la vérité. Seule la consultation de mon article pour l’Afis citant expertises des agences sanitaires montre qu’il s’agit d’une accusation mensongère.

            A partir de là, pensez-vous vraiment que les termes “erreur”, “coquille”, “boulette” ou “fausseté” sont appropriés ?

            Je ne le crois pas. Le terme calomnie est approprié. Selon moi, il s’agit d’un dénigrement de l’action de l’Afis, basé sur des accusations mensongères. Mais, comme vous le disiez, la personne visée n’est pas la mieux placée pour se défendre. C’est pourquoi, elle compte sur les observateurs sincères pour rétablir une certaine sincérité dans les débats. A bon entendeur !

          • Je suis d’accord avec vous sur le fait que boulette est un peu faible – d’ailleurs je mets “fautes” à la place. Mais le livre ne repose pas sur votre cas. Par rapport à la thèse centrale, aussi violent cela soit-il sur le plan personnel, je trouve qu’il faut appliquer le principe de charité.La plupart des personnes apparaissant dans le livre s’offusquent suite à Ctrl+F et leur nom, mais qui s’exprime sur la thèse centrale ? Si elle s’avérait vraie, alors je serais prêt à me voir moi-même malmené à tort, pour la cause soulevée (en même temps c’est facile à dire, je ne suis pas à votre place). Tout ce que je peux faire à mon niveau, c’est de dire à Sylvain Laurens, le seul que je connaisse un peu, qu’effectivement l’empressement à corriger les erreurs sera gage de leur probité. Et si, comme je le souhaite, les corrections sont faites, alors on ira enfin sur le fond… car c’est ça, moi ce qui m’intéresse.

  2. Nicolas dit :

    Bonjour,

    Le lien vers la revue Zilsel demande de s’identifier.

    J’ai trouvé les deux articles cités ici : https://www.cairn.info/revue-zilsel-2020-2-page-15.htm et là https://www.cairn.info/revue-zilsel-2020-2-page-55.htm Le premier est disponible gratuitement.

  3. Nicolas dit :

    Merci pour ces recommandations

    Le hors série du monde diplo est effectivement très éclairant.

    Pour ma part, quelques conseils :

    Où va l’argent des pauvres? de Denis Colombi

    La force de l’ordre de Didier Fassin

    Une émission sur youtube : https://youtu.be/jfMCq8bkWgQ

    Bonne journée

    Nicolas

  4. Lucile dit :

    Merci pour cette revue. Ce n’est pas pisser dans un violon !

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