Dans le livre d’Olivier Jourdain Enquête au pays des anti-vax (Plon, 2021), j’ai relevé ce truc page 81 que j’avais entendu mais oublié : les États-Unis se sont servi des campagnes de vaccination comme d’un subterfuge notamment pour tenter de localiser Oussama ben Laden à Abbottabad, au Pakistan. L’histoire dit que la Central Intelligence Agency avait demandé au docteur Shakeel Afridi de lancer une fausse campagne de vaccination de bébés contre l’hépatite C pour obtenir un échantillon d’ADN  à comparer avec celui d’une sœur d’Oussama, décédée à Boston en 2010.

Après quelques recherches rapide, il semble pourtant qu’Afridi n’aurait pas participé réellement à cette entreprise, mais aurait tout de même mené des campagnes de vaccination factices dans les campagnes en vue de prélèvement sur des éléments terroristes. Rattrapé à la frontière en train de fuir, Shakeel Afridi a écopé en mai 2012 d’une peine de 33 ans de prison au Pakistan, où ce n’est semble-t’il pas la joie pour lui (tortures, etc.)

Quoi qu’il en soit, ces méthodes « géopolitiques, c’est quand même pas jojo. Mais c’est fini ! « La CIA n’utilisera pas [plus] les programmes de vaccination à des fins opérationnelles » a déclaré solennel le directeur de la centrale américaine du renseignement (CIA) John Brennan le 19 mai 2014. Vous me direz, il était temps. Mais depuis lors, certains Talibans affirment que les vaccins « occidentaux » rendent stériles, augmentant la réticence de la population pakistanaise envers les vaccins, laquelle est devenue si forte qu’elle permet une recrudescence de la poliomyélite (1).

 

Tout ceci me rappelle un truc que j’ai raconté succinctement en cours mardi dernier : il existe divers scénarios complotistes sur le SIDA, dont celui qui affirme que le virus aurait été « créé » en laboratoire pour éradiquer les populations noires. On aurait envie de sourire devant la naïveté de la chose. Mais aussi scabreux soit ce scénario (scénario = « théorie » incontradictible), ils bénéficient d’une belle racine avec le terrifiant Project Coast, un programme d’armes bactériologiques et chimiques secret-défense du gouvernement d’Afrique du Sud durant l’apartheid. Trigger Warning : c’est choquant.

Un ami qui vous veut du bien… si vous n’êtes pas noir·e.

Développé de 1981 à 1993, le projet visait à contrôler la démographie de la population noire d’Afrique du Sud en créant des armes biologiques ne s’attaquant… qu’aux populations noires. Wouter Basson, alias « Dr. Death » (Docteur la mort), en était le chef d’orchestre : ayant reçu ‘une tonne de méthaqualone  fournie par l’armée, il a avec son équipe concocté plusieurs dizaines d’armes mortelles qu’il appelait des « dirty tricks », des sales tours, à base de poison, comme de l’anthrax dans des clopes, du cyanure de potassium dans des cigares ou du chocolat, du botulinum dans le lait, des tournevis et des parapluies « bulgares » empoisonnés, du paraboxon dans le whisky, des aliments au thallium, et j’en passe. Pour plus de discrétion, et cacher les liens avec l’Armée ou la Police, le Project Coast est confié à trois sociétés-écrans créées pour ça : Delta G Scientific pour la production, les Roodeplaat Research Laboratories pour les expériences et Infladel pour le financement. Financement copieux, d’ailleurs, avec lequel Basson a très probablement renfloué ses trois comptes découverts aux Îles Caïman.
Mais le grand dada du projet, c’était la « bombe noire » : les équipes de Basson s’emploient à la recherche de méthodes de contrôle des naissances pour réduire le taux de natalité noire, en développant des contraceptif qui aurait été fourgué clandestinement aux populations noir·es. Un « vaccin » stérilisant hommes comme femmes avait été développé, mais les « chercheurs » de Basson étaient en peine de trouver le moyen par lequel il pourrait être administré à l’insu des cibles. Ils avaient étudié la possibilité de vaporiser les contraceptifs sous forme de gaz sur les foules de manifestant·es anti-apartheid, et même de les substances contraceptives dans les approvisionnements en eau potable des quartiers noirs. Dans le terrible documentaire « Marchands d’anthrax : vers une guerre bactériologique ?« , de Roberto Coen (2009) (2) notice ici) Wouter Basson lui-même dit : « la Bombe noire, visant à infecter uniquement la population noire, a été un projet génial, le plus amusant de ma vie ». Même Josef Mengele aurait applaudi.

Procès en 1999, et … acquittement en 2002 par la Haute Cour de Pretoria, malgré 67 chefs d’accusation, dont meurtre, fraude et trafic de drogue ! Il reprend son boulot. Puis soubresauts, comme en 2013 : le Conseil de l’Ordre des médecins l’avait reconnu coupable d’infraction au code éthique (!), sans pour autant le radier de la profession. Il était poursuivi pour avoir notamment fourni des capsules de cyanure à des militaires, et des drogues en vue d’enlèvements. Et puis… eh bien…rien. Il reprend le taff. Le sale type a juste fait reparler de lui en janvier 2021, car il a été « levé » comme tranquille toubib de deux cliniques privées à Durbanville, près du Cap, en Afrique du Sud (3). Les cliniques appartiennent à un groupe que nos ami·es suisses connaissent, Mediclinic, qui n’est quand même pas très regardant.

Allez, comme disait Edward R. Murrow à la fin de son émission : « Good night, and good luck« .

Note : il parait que le bouquin Zulu, de Caryl Férey (2008) traite de ça, de même que son adaptation cinéma Zulu, de Jérôme Salle (2013). Je n’ai ni lu l’un, ni vu l’autre.

5 réponses

  1. Embuscade dit :

    C’est vachement flippant quand même ton histoire.. je me sens pas bien.

  2. OlivierJ dit :

    Je suppose que les auteurs le savent déjà, pour les rumeurs sur le SIDA qui aurait été fabriqué par les américains, ça venait essentiellement du KGB via d’autres services d’Europe de l’Est, on en a eu la certitude récemment via l’ouverture d’archives. Dans un documentaire c’était un peu expliqué et Reagan aurait lors d’une entrevue demandé à son homologue que ses services arrêtent ce petit jeu.
    Cette courte page Wikipedia en parle https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_INFEKTION .

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