Ayant régulièrement des questions sur nos rapports spécifiques sur le monde de la kinésithérapie, je vous mets ici les éléments principaux du dossier (à retrouver aussi sur le site du CORTECS).

Fasciathérapie MDB

En 2012, Nelly Darbois soutint un mémoire de fin d’étude sur la technique créée par Danis Bois. Ce mémoire, intitulé MÉTHODE DANIS BOIS ». Niveau de preuve d’une pratique de soin non conventionnel fut encadré par Stéphanie Bernelle ainsi que moi-même. Il est disponible ici.

Microkinésithérapie

Un second mémoire de 2012, produit par Thibaud Rival aborde le non moins problématique sujet de la microkinésithérapie de MM. Benini et Grosjean, et s’intitule « Une méthodologie d’approche des pratiques non conventionnelles : application par l’analyse critique de la microkinésithérapie ». Il a été encadré par Nicolas Pinsault et moi. Voici le mémoire (pdf) et le poster (pdf).

Kinésithérapeutes et thérapies alternatives : entre culture professionnelle et flou identitaire

Un autre mémoire, rendu en 2013, est celui de Philippe-Antoine David, portant sur le positionnement des kinésithérapeutes par rapport aux thérapies dites « alternatives ». On note le concours de Julien Lévy, sociologue, aux manettes de la méthodologie de ce travail de recherche.

Voici le mémoire (en pdf) et le poster.

Effet de la stimulation des points réflexes neurolymphatiques (dits de Chapman) sur l’extensibilité des ischio-jambiers

Celui-ci, toujours de 2013, est signé Yannick Ponséro. Voici le mémoire en pdf ici)

Biokinergie

En 2014, une partie l’équipe du CORTECS, dont je faisais partie avait réalisé un rapport à la demande du Conseil national de l’ordre des kinésithérapeutes (CNOMK) portant sur le niveau scientifique de la biokinergie, que vous pouvez télécharger ici.

Ostéopathie

Nous avons par la suite de nouveau été sollicités par le CNOMK afin d’évaluer le niveau scientifique de l’ostéopathie. Ce travail doit énormément à Albin Guillaud et Nelly Darbois.

Ostéopathie crânienne, ou cranio-sacrée

Devant l’ampleur de la tâche, et  de par les ramifications souvent mal définies de cette pratique, nous nous sommes consacré·es dans un premier temps à l’évaluation de l’ostéopathie dite « crânienne ». En a été tiré un article sur les procédures diagnostiques et thérapeutiques de l’ostéopathie crânienne dans la revue PLOS One, et nous avons rendu le rapport ci-joint : Rapport CORTECS – Ostéopathie crânienne.

Voici un résumé de ce document de 286 pages . Nous nous sommes efforcé·es de décrire le plus précisément et rigoureusement possible les méthodologies de recherche et d’analyse déployées.

Dans les années qui suivirent l’ouverture des premières formations en ostéopathie par Andrew Taylor Still en 1892, certains praticiens élaborèrent à leur tour des enseignements et furent à l’origine de nouveaux concepts et courants ostéopathiques, dont on retrouve trace dans le paysage ostéopathique actuel, notamment dans les contenus des programmes de formation en France et dans le monde. L’ostéopathie crânienne est le nom d’un de ces courants, donné par son fondateur, William Garner Sutherland

William Garner Sutherland (1873-1954), fondateur de l’ostéopathie crânienne.

William Garner Sutherland (1873-1954), fondateur de l’ostéopathie crânienne.

(1873-1954). C’est dans les années 1920 qu’il commença à élaborer les concepts et techniques crâniens à partir de l’observation minutieuse des os du crâne et de la face de son squelette Mike, de l’œuvre d’Andrew Taylor Still, et notamment l’importance que celui-ci accordait au rôle du liquide céphalo-rachidien (LCR) ; mais le choc vint de la contemplation d’un crâne de la collection de Still et de l’analogie qu’il fît entre la forme de l’os sphénoïde et celle des ouïes de poissons, « indiquant une mobilité pour un mécanisme respiratoire ».

De là naquît le concept central de l’ostéopathie crânienne, repris par tous les principaux continuateurs de Sutherland (Viola Frymann, Harold Magoun, John Upledger etc.) : le mouvement respiratoire primaire. Actuellement, deux grandes approches conceptuelles des pratiques crâniennes se distinguent, tant à l’échelle française qu’internationale et s’inscrivent dans la continuité des enseignements de Sutherland :

– une approche que l’on pourrait qualifier de « biomécanique » et qui tend à valider scientifiquement ses concepts ;

– une approche qui se qualifie elle-même de « biodynamique » et qui ne tend pas ou très peu à valider scientifiquement ses concepts et fait régulièrement appel à des concepts mystiques, tels que celui de souffle de vie initialement décrit par Sutherland.

À partir de la lecture des textes des fondateurs et des continuateurs de l’ostéopathie crânienne, puis de la fréquentation des documents issus des principales institutions enseignant ou promouvant la discipline, et enfin de l’analyse de notre synthèse sur les différents concepts du champ crânien, le tout, enfin, assorti des revues de littérature antérieures portant sur ce sujet, nous avons dégagé les hypothèses relevant de l’anatomie, de la biomécanique, de la physiopathologie et de la physiologie humaine sur lesquelles reposent ces pratiques. Aucune des hypothèses qui font la spécificité des fondements physiopathologiques de l’ostéopathie crânienne n’est vérifiée. Les hypothèses dont la vérifiabilité est totalement ou partiellement avérée à l’issue de nos revues de littérature systématique sont en fait des hypothèses non spécifiquement ostéopathiques – c’est le cas par exemple de la circulation du LCR dans l’encéphale.
À l’issue de notre revue systématique de littérature sur les procédures d’évaluation issues de l’ostéopathie crânienne, nous n’avons trouvé aucune preuve en faveur des reproductibilités intra et inter-observateurs de ces procédures. La majorité des études existantes et disponibles échouent à mettre en évidence ces reproductibilités pour tous les paramètres considérés et ce malgré des risques de biais souvent favorables à l’émergence de résultats positifs.

Sutures d’un crâne humain qui rendraient possible une mobilité intrinsèque, interne, inhérente à l’intérieur du crâne, et qui créeraient des mouvements infimes, mais détectables, entre les différents os.

Sutures d’un crâne humain qui rendraient possible une mobilité intrinsèque, interne, inhérente à l’intérieur du crâne, et qui créeraient des mouvements infimes, mais détectables, entre les différents os.

À la clôture de notre revue de littérature sur ce thème, nos résultats montrent que les preuves méthodologiquement valables et favorables à une efficacité spécifique des  techniques et des stratégies issues de l’ostéopathie crânienne sont pratiquement inexistantes. Ces résultats convergent avec toutes les revues de littérature déjà menées sur le sujet.

En définitive, les résultats de nos différentes revues et analyses de la littérature scientifique indiquent clairement que les thérapies s’y rapportant sont à ce jour dépourvues de fondement scientifique. On aurait pu le subodorer dès leur invention, puisque très rares sont les concepteurs de « théories » cranio-sacrées ayant pris le soin élémentaire d’étayer leur pratique d’un quelconque élément de preuve. Cela montre une évidente défaillance épistémologique des fondateurs, mais également des continuateurs qui ont continué d’empiler des briques plus ou moins mal façonnées sur un marécage sans point d’appui.

Souscrivant à l’Onus probandi, un thérapeute quelque peu scientifique aurait assurément pu, à l’instar de Christopher Hitchens, réfuter sans preuve ce qui était affirmé sans preuve. Avec le soutien du CNOMK, nous avons accepté de faire le travail laborieux qui revenait logiquement aux prétendants. De fait, alors que nous pensions qu’il n’y avait pas a priori de raison scientifique de défendre cette discipline, désormais nous le savons. N’étant pas prescripteurs de recommandations, nous nous sommes limités à une analyse impartiale, et c’est cette analyse qui mène à l’énoncé suivant : rien n’encourage aujourd’hui à la mise en place de ces thérapies dans le cadre d’une prise en charge raisonnée de patients.

Un certain nombre de réactions avaient été reçues, et avaient fait l’objet de réponses ici.

Ostéopathie viscérale

En 2016, un an après, nous avons rendu un deuxième rapport au CNOMK concernant une deuxième sphère de l’ostéopathie : l’ostéopathie viscérale (RAPPORT CORTECS − Ostéopathie viscérale). Ce document a été rendu public au mois de mars 2018 après un vote des membres du CNOMK. Voici un résumé de ce rapport de 288 pages.

Planche anatomique, 1912

Dans ce rapport, nous nous sommes attelé·es à trois tâches principales. Nous avons d’abord reconstitué l’histoire de l’ostéopathie viscérale, puis nous avons décrit et analysé ses fondements théoriques, et enfin nous avons synthétisé et examiné les preuves portant sur ses procédures cliniques (diagnostiques et thérapeutiques).

À propos des fondements de l’ostéopathie viscérale, ont été décrits et analysés :

  • Les concepts de « mobilité viscérale » et de « dynamique viscérale ».
  • Le rapport entre mobilité viscérale et pathologie avec tous les concepts ostéopathiques associés tels que ceux d’« articulation viscérale », de « fixation viscérale », de « dysfonction ostéopathique viscérale », de « Dynamique intrinsèque© » et de « motricité viscérale ».
  • Le concept de « motilité viscérale ».
  • Le concept de « chaîne ostéopathique » recouvert par différentes expressions telles celles de « suite mécanique », de « chaîne lésionnelle », de « chaîne phréno-médiastino-vertébro-crânienne » et de « tendon viscéral central ».
  • Le concept de ptose viscérale et ses concepts parents tels celui d’« entéroptose » ou d’« hépatoptose ».
  • Le concept d’« élasticité viscérale » et ses concepts associés : « lésion de tissularité », « loi des tubulures », « autonomie viscérale », « dysfonction ostéopathique viscérale, « Dynamique© intrinsèque », « dysfonction de raccourcissement© » et « dysfonction d’étirement© ».
  • Le « Modèle Pressif© Finet-Williame » qui articule les concepts de « dysfonction ostéopathique viscérale », de « réflexe dynamogène », de « série musculaire respiro-posturale », de « dysposturalité tonique© » de « posturalité tonique-phasique© », de « colonne de pression© » et de « report pressif ».
  • Le concept d’« hypersensitivité© viscérale ».
  • Les concepts de « tenségrité », « biotenségrité » et de tenségrité en ostéopathie.

La conclusion de notre rapport est claire : aucun des concepts spécifiques à l’ostéopathie viscérale n’est fondé :

Si les ostéopathes viscéraux se sont appropriés des concepts physiologiques et biomécaniques valides (tels que la mobilité et la dynamique des viscères, le fait que la pression intra-abdominale puisse varier, ou encore le fait que les organes intra-abdominaux soient élastiques), tous ces phénomènes sont connus de la communauté médico-scientifique et aucun d’entre eux n’a été découvert par un ostéopathe.

Quant aux conceptions spécifiques à l’ostéopathie viscérale, aucune ne bénéficie de donnée scientifique pour la soutenir. En outre, les ostéopathes viscéraux font un mésusage du concept de « ptose viscérale » en s’appuyant sur un arrière-plan théorique dépassé. D’autre part, leur raisonnement en « chaîne ostéopathique » que l’on retrouve sous la forme de différents concepts chez tous les ostéopathes viscéraux, à défaut de produire des hypothèses testées ou testables expérimentalement, ne s’apparente pour l’instant qu’à un jeu intellectuel de construction anatomique et biomécanique […]

En résumé, rien ne permet aujourd’hui de défendre que l’ostéopathie viscérale dispose de fondements scientifiques théoriques propres, et cela tant du point de vue physiologique que pathologique. Toutefois, cela ne présage pas nécessairement de l’inefficacité des procédures diagnostiques et thérapeutiques des ostéopathes viscéraux : c’est pourquoi c’est à la recherche et à l’examen des données expérimentales testant ces procédures qu’a été consacrée la prochaine et dernière partie de ce rapport.

Notre travail sur les procédures diagnostiques et thérapeutiques de l’ostéopathie viscérale à quant à lui fait l’objet d’une publication dans la revue BMC Complementary and Alternative Medicine1 dont nous avons parlé ici. Nos résultats permettent d’affirmer qu’il n’existe aucune donnée soutenant les reproductibilités intra et inter-observateurs des techniques diagnostiques de l’ostéopathie viscérale. La majorité des études existantes et disponibles échoue à mettre en évidence ces reproductibilités pour tous les paramètres considérés. Enfin, la revue de littérature réalisée n’a pas permis d’identifier de preuve méthodologiquement valable et favorable à une efficacité thérapeutique spécifique des techniques de l’ostéopathie viscérale.

Albin Guillaud a d’ailleurs fait une conférence spécifique sur la question de l’ostéopathie en 2015, ci-jointe.

Tout ce que vous n’avez jamais voulu savoir sur les thérapies manuelles

Cet ouvrage paru en 2014 aux Presses universitaires de Grenoble, écrit par Nicolas Pinsault et moi, fait un état de l’art de diverses thérapies manuelles, et présente des outils méthodologiques pour s’y retrouver. Il est à destination des professionnel·les de santé, des étudiant·es mais aussi du grand public.

Le Monde Diplomatique

En décembre 2014, le journal a publié un article de Nicolas Pinsault et moi-même intitulé « La kinésithérapie piégée par les mages« . Le texte est disponible ici-même.

Kinésithérapie la revue

En 2018,la revue a publié un article cosigné Nicolas Pinsault, Nelly Darbois, Albin Guillaud et moi, intitulé « Les kinés-ostéos, les centaures de la santé » (Kinésithérapie, la revue 2018- Vol. 18 – N° 198 – p. 55-56). Le texte est reproduit ici.

Nubax® et Kinésio-taping®, 2017

D’autres mémoires à consonance critique ont été réalisés, notamment un sur le Nubax® par Chloé Micetta, un autre sur le Kinésio-taping® par Nicolas Gérard. Vous pourrez les retrouver ici.

Recours aux thérapeutes alternatifs

En 2017, Léo Druart a réalisé son mémoire de fin d’étude, co-encadré par Nicolas Pinsault et Albin Guillaud, à un questionnaire permettant d’évaluer le taux de recours des patient·es aux « médecines alternatives ». Mémoire (ici) et poster ()

Albin Guillaud a quant à lui consacré sa thèse de doctorat à « Décrire et expliquer le recours aux thérapeutes alternatifs », dirigée par Nicolas Pinsault et Benoît Allenet. Soit vous attaquez la thèse face nord en hivernale, en lisant le manuscrit (ici), soit en mode estival et champêtre ci-dessous, en vidéo.

 

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