L’essence algérienne, mon placebo à moi le plus ancien, le plus intime. Celui que ma grand-mère Marcelle Chaniaud, née Chollet, utilisait quand j’étais malade, au Maine du four, au fond de la Saintonge agricole où elle avait sa petite ferme. Quarante ans plus tard, je me suis dit « tiens je vais regarder un peu ».
D’abord, l’essence algérienne n’est pas algérienne, mais franco-arménienne, et n’a pas vu le jour en Algérie, mais… dans le Pas de Calais !
Léon-Hayrabet Touhladjian, arménien diplômé pharmacien à Istanbul, puis émigré à Berck Plage (Pas de Calais), élabore la formule de l’essence, un mélange d’extraits d’eucalyptus, menthe et de gaïac. Certes, l’Algérie a ses plantations d’eucalyptus, mais le choix de Touhladjian se fait surtout pour des raisons d’exotisme, l’Algérie étant à la mode. La potion ayant selon lui guéri la coqueluche et la bronchite de sa fille, Léon décide en 1905 d’en faire une spécialité et dépose sa marque. L’étiquette du flacon portera d’ailleurs un temps la photo de la petite fille, première bénéficiaire présumée du remède. J’ai mis du temps à retrouver son prénom, je pense que c’était Ahavnie Mathilde Touhladjian, décédée à Arcachon en 1977.

Touhladjian ne fera pas que ça. Il commercialisera d’autres produits, comme des yaourts au kéfir, les fameuses pastilles MonLéon à base de bleu de méthylène qui furent vendues jusqu’en 2007 (nommées ainsi pour son fils Léon, qui deviendra maire de Poissy), et il sera un des premiers promoteurs de la radiographie.


Photo issue du livre Berck 1900, Berck-Plage et Berck-Ville en cartes postales anciennes, publié aux éditions AKFG et dont l’auteur est Pierre Pingoux.
L’essence algérienne est ensuite devenue propriété des Laboratoires Toulade (que je présume être une francisation de Touhladjian) créés en 1957, 16 ans après le décès de l’inventeur. Puis Toulade a été happé par les labos Gerda, eux-mêmes rachetés en 2021 par le fabricant de générique Substipharm.
Je me suis conditionné à coupler l’odeur de l’essence algérienne et mes processus de guérison, pour générer une réponse placebo accrue. Et ça me fait penser à ma Mémé, à la vie si dure, disparue en 2003.

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