Huber­tine Auclert tenant une ban­de­role concer­nant le suf­frage des femmes / date incon­nue, Biblio­thèque Mar­gue­rite Durand

En 1880, essayant de se faire ins­crire sur la liste élec­to­rale, Huber­tine Auclert s’ap­puie sur la langue fran­çaise : lisant dans la loi que « Toute per­sonne qui change de domi­cile peut s’ins­crire sur une liste élec­to­rale », elle réclame ce droit, « per­sonne » étant un terme épi­cène.
Le maire lui rétorque qu’une femme ne peut pas avoir ce droit, qui ne s’a­dresse qu’aux hommes…
Ah, dit-elle. Mais si « Toute per­sonne » est mas­cu­lin, alors la loi indi­quant que « Toute per­sonne pro­prié­taire vivant en France doit payer ses impôts » ne la concerne donc pas. Et donc elle refuse de payer ses impôts 🙂

Hélas, l’ad­mi­nis­tra­tion n’a pas été sen­sible à la finesse lin­guis­tique de Huber­tine. Le , la haute juri­dic­tion admi­nis­tra­tive rejette sa requête et les huis­siers apposent les scel­lés à son domi­cile. Sai­sie des meubles, rejet de ses demandes devant le Conseil de Pré­fec­ture, puis devant le Conseil d’É­tat – les juges que les lois fis­cales s’ap­pliquent à tous les rési­dents, indé­pen­dam­ment des droits poli­tiques, et que c’est l’u­sage « tra­di­tion­nel » de la langue qui s’im­pose. Mais la vic­toire média­tique fut écla­tante.

Mer­ci Arnaud-Domi­nique Houte, pro­fes­seur à Sor­bonne Uni­ver­si­té, qui raconte cela dans Concor­dance des temps, de Jean-Noël Jean­ne­ney, le 7 mars 2026.

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