©Get­ty – RinoCdZ

Les cli­mats inces­tuels et inces­tueux, sujet dif­fi­cile. Un de mes bons amis a réus­si cahin-caha, comme il le dit, à décryp­ter un tel cli­mat chez ses propres parents. Il lui fal­lu beau­coup d’échanges, beau­coup de lec­tures, une bonne dose de culture fémi­niste et du sou­tien psy­cho­lo­gique de professionnel·les et de proches, pour qu’il se rende compte qu’il y avait un « pro­blème » : en effet, cri­ti­quer sa propre norme fami­lial est dif­fi­cile, et néces­site d’être très entouré·e pour ne pas som­brer. Lors­qu’il m’a racon­té ça (à moi qui ai vécu une situa­tion inces­tueuse aus­si, mais sans com­mune mesure, voir ici), je lui ai dit : me ferais-tu la liste de ta docu­men­ta­tion ? Ain­si, on pour­rait la dif­fu­ser, la com­plé­ter. Il m’a dit oui, et en très peu de temps, il me l’a four­nie. La suite est de sa plume, et j’ap­por­te­rai quelques maigres contri­bu­tions à la fin.

Mer­ci à lui.

 

 

Selon les chiffres de la Com­mis­sion indé­pen­dante sur l’inceste et les vio­lences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE), créée en 2020, c’est un enfant sur 10 qui est vic­time d’inceste dans sa famille en France. C’est mas­sif. Subir l’in­ceste est dévas­ta­teur. En par­ler est une deuxième vio­lence. Mer­ci à ceux et celles qui arrivent à écou­ter des proches qui ont vécu de telles situa­tions. Ces dis­cus­sions, qui font remon­ter des trau­mas, et mettent en cause cer­tains modèles fami­liaux ban­cals, sont des dis­cus­sions très dif­fi­ciles à avoir.  C’est vrai que la ques­tion de de quoi dire, et à qui, est déli­cate et on est rare­ment for­mé pour.  »

Voi­ci une liste de lec­tures qui m’ont per­mis d’y voir plus clair.

• « La culture de l’inceste », sous la direc­tion d’I­ris Brey et Juliet Drouar (Seuil, 2022)

[Note de Richard : il est néces­saire d’in­di­quer que ce livre semble s’ins­crire au moins en par­tie – il y a cinq contri­bu­teu­rices différent·es – dans le cadre concep­tuel de la psy­cha­na­lyse. Je ne sais pas dans quelle mesure cela appa­raît peu ou beau­coup dans l’ou­vrage, mais il faut savoir que le cadre concep­tuel, disons, freu­dien, est obso­lète, frau­dé, per­clus de concepts sor­tis du cha­peau, et notoi­re­ment homophobe/transphobe, et que je ne peux pas prendre le risque de ne pas le dire, sur­tout vu la gra­vi­té du sujet. Aucune des contri­bu­teu­rices n’est d’ailleurs psy­cho­logue, je crois. Mais ce livre a eu un effet par­ti­cu­lier pour mon ami, et c’est pour cela qu’il est dans la liste.]


Dans ce livre, j’ai appris qu’il y a un conti­nuum entre les faits qui relèvent de l’inces­tuel (inceste avec vio­lences psy­cho­lo­giques ou morales) et de l’inces­tueux (inceste avec vio­lence phy­sique). L’incestuel, c’est tout ce cli­mat ban­cal dans lequel les choses sont dis­tor­dues dans le huit-clos fami­lial, dans lequel l’intimité de chacun·e n’est pas respecté·e, dans lequel la sexua­li­té des adultes qui ont l’ascendant écrase la ou les per­sonnes vul­né­rables, ce qui les contraint au silence.

C’est dans ce livre que j’apprends (page 13) qu’utiliser son enfant comme confi­dent de ses aven­tures sexuelles relève de l’inceste.Bizarrement, quatre années de psy­cho­thé­ra­pie et trois psys dif­fé­rents ne m’au­ront pas appor­té autant que ce court extrait :

« L’inceste concerne la famille de sang et la famille élar­gie, ain­si que la famille par adop­tion. Mais le lien fami­lial est avant tout pour la vic­time un lien de proxi­mi­té, d’autorité, de confiance, de dépen­dance et d’amour. Ain­si, les agresseur·euses peuvent être, dans la famille de sang, père, mère, frère, sœur, grand-père, grand-mère, oncle, tante, cou­sin, cou­sine, et dans la famille par alliance : beau-père, belle-mère, oncle par alliance, etc. Entre les mineur·es, même un an d’écart d’âge peut suf­fire à éta­blir un lien d’autorité.

Phy­si­que­ment, l’inceste peut-être un viol, soit tout acte de péné­tra­tion par voie orale, anale, vagi­nale, impo­sée avec une par­tie du corps de l’agresseur·euse (doigt/pénis), ou par l’utilisation d’un objet. L’inceste peut aus­si prendre la forme d’une agres­sion sexuelle consis­tant à impo­ser un tou­cher sur le corps de l’enfant avec son propre corps (se frot­ter contre l’enfant, cun­ni­lin­gus, mas­tur­ba­tion) à des fins de satis­fac­tions sexuelles. L’enfant peut être forcé·e à pra­ti­quer des gestes de mas­tur­ba­tion sur l’agresseur·euse et l’embrasser ou le tou­cher où iel le demande.

L’inceste, c’est aus­si tout ce qui concerne l’exhibition sexuelle, ou inceste moral, ou inceste sans contact phy­sique. Les actes de faire l’amour devant son enfant, para­der nu, tenir des pro­pos à carac­tère sexuel, vision­ner des films por­no­gra­phiques avec son enfant sont consi­dé­rés comme rele­vant de l’inceste. Uti­li­ser son enfant comme confident·e de ses aven­tures sexuelles, la/le pho­to­gra­phier nu·e ou dans des situa­tions éro­tiques éga­le­ment. L’inceste, c’est aus­si sous cou­vert d’acte d’hygiène l’agresseur·euse qui assou­vit ses pul­sions en pra­ti­quant des toi­lettes vul­vaires trop fré­quentes, des déca­lot­tages à répé­ti­tion, des prises de tem­pé­ra­ture inutiles, plu­sieurs fois par jour, des lave­ments, etc., et ce jusqu’à un âge avan­cé de l’enfant dans une rela­tion dans laquelle l’enfant est un objet sexuel. »

Bien sûr, il y a quelques trig­gers sur la ter­mi­no­lo­gie psy­cha­na­ly­tique, (pul­sions, etc.) mais c’est un sou­la­ge­ment pour moi de poser un nom sur les vio­lences que j’ai subies. Aucun·e des thé­ra­peutes que je suis depuis quelques années pour par­ler de mes rela­tions à mes parents n’avait réus­si à poser ce mot. Nom­mer l’incestuel et l’inceste, c’est dif­fi­cile, même avec les professionnel·les de la san­té psy­cho­lo­gique. Il est vrai que cer­tains cou­rants psy­cha­na­ly­tiques nor­ma­lisent les vio­lences sexuelles dans les familles, et cela n’aide pas pour poser les mots justes dans ces familles ban­cales.
On lira page 23 : « Ce qui trau­ma­tise dans l’inceste, c’est tout autant la manière dont il appa­raît que la manière dont il s’efface. S’efface de nos mémoires, s’efface du récit fami­lial, s’efface de la socié­té. Le trau­ma devient indi­cible et non repré­sen­table parce qu’il est en soi mas­qué par l’oubli et par la dis­so­cia­tion. »

Page 38 : « Règle 1 : l’inceste est ini­tié par le, la plus âgé·e. En pre­mier lieu par les chefs de famille, ceux qui occupent struc­tu­rel­le­ment une posi­tion de pou­voir en rai­son de l’âge ou de la dif­fé­rence de sexe. Règle 2 : l’excitant n’est pas l’amour mais le pou­voir et l’effraction. Il y a des classes d’incesteurs·incesteuses et des classes d’incesté·e·s à un moment T. La résul­tante en est la silen­cia­tion. »

[Note de Richard : il faut dans l’ex­trait pré­cé­dent entendre régu­la­ri­té, et non pas règle ne souf­frant pas d’ex­cep­tion. Par ailleurs, il faut entendre classe ci au sens mar­xiste, avec une hié­rar­chie sociale de fait, des dominant·es et des dominé·es. Silen­cia­tion est un mot trop peu usi­té encore, qui désigne un ensemble de tech­niques d’in­vi­si­bi­li­sa­tion et de mar­gi­na­li­sa­tion d’un groupe social. Atten­tion, « cli­mat inces­tuel », ça peut avoir une tona­li­té très freu­dienne, mais il y a une ver­sion fémi­niste maté­ria­liste bien plus sérieuse.]

Page 63 : « [quand l’agresseur est un homme de la famille, il arrive] que les mères ferment les yeux car par­ler revient à prendre des risques dans un contexte sexiste.
Le sexisme légi­time les per­sonnes hommes à dis­po­ser du corps des autres et force les non-hommes [femmes et enfants] à accep­ter cette contrainte en valo­ri­sant l’oubli de soi et en punis­sant ceux qui l’ouvrent. »

 

La défer­lante, la revue des révo­lu­tions fémi­nistes, N°10, avec l’article « L’inceste com­mis par des mineurs, le grand déni » par la jour­na­liste Sarah Bou­cault.
Dans cet article fouillé, l’autrice, qui a elle aus­si vécu des vio­lences de ce genre étant enfant, essaye de trou­ver les régu­la­ri­tés qu’on retrouve dans les familles inces­tueuses. L’autrice parle de « mineur agres­seur » : c’est un mineur qui com­met un inceste dans sa famille,inceste per­mis par le cli­mat inces­tuel qui règne dans la famille. Cela dit, ces agres­seurs sont mineurs donc c’est bien leurs parents qui sont res­pon­sables de ce qu’il se passe dans le huit-clos fami­lial. C’est la pre­mière fois que je lis que les « soit-disant » jeux sexuels entre enfants ne sont pas des jeux, mais des situa­tions de vio­lences sexuels. Dans les jeux pour enfants, la phase de négo­cia­tion est par­ti­cu­liè­re­ment longue et fait objet de dis­cus­sion entre les enfants. Dans la plu­part des jeux sexuels, il n’y a pas cette phase de négo­cia­tion, donc ce n’est plus un jeu. Bana­li­ser le fait de par­ler de « touche-pipi », cela bana­lise des situa­tions dans les­quelles un enfant qui a l’ascendant vio­lente un autre enfant qui n’arrive pas à y mettre fin.

• L’article de Libé­ra­tion d’A­naïs Coi­gnac, 3 février 2022 : c’est le seul article que j’ai trou­vé qui décrit ce qu’est un cli­mat inces­tuel. Dif­fé­rentes familles sont décrites. Alors, certes ces cli­mats ne sont pas péna­le­ment répré­hen­sibles actuel­le­ment, mais ce sont ces cli­mats qui per­mettent le pas­sage à l’acte. En pdf ici.

Les 6 épi­sodes du pod­cast « Ou peut-être une nuit », créé et pré­sen­té par Char­lotte Pud­lows­ki sur Louie Media (que j’ai écou­té atten­ti­ve­ment) [Note de Richard : il a fait l’ob­jet d’un livre épo­nyme, chez Gras­set]. La réa­li­sa­trice suit une trame où elle inter­roge sa mère et d’autres per­sonnes. Elle explique com­ment on peut faire pour cas­ser les chaînes de l’inceste. Si on laisse faire, ces cli­mats fami­liaux ban­cals se repro­duisent. Ce sont les figures mas­cu­lines qui sont les prin­ci­paux agres­seurs, mais il existe aus­si des femmes qui agressent en pro­fi­tant de l’ascendant de l’âge sur les vic­times (nous n’a­vons pas de pour­cen­tage à don­ner).

Triste Tigre, de Neige Sin­no (POL, 2023)
C’est à la fois très dif­fi­cile à lire, par l’horreur des situa­tions décrites, et très facile à lire car l’écriture est par­ti­cu­liè­re­ment fluide. Neige Sin­no ajoute à la dénon­cia­tion de l’inceste fami­lial qu’elle a subi beau­coup de réflexions per­ti­nentes. Voi­ci quelques phrases que j’ai rele­vées :

Page 25 : « La plu­part des per­vers se racontent à eux-mêmes que ce qu’ils res­sentent et ce qu’il font vivre à son ori­gine dans de l’amour. »

Page 93 : « Le cycle « Vic­time qui devient agres­seur à son tour », ce n’est que 20 % des cas. C’est mino­ri­taire. La plu­part des incestes sont donc com­mis par des « viols d’opportunité » qui ont été auto­ri­sé par un cli­mat inces­tuel entre­te­nu par les membres de la famille. C’est 80 % des cas. Être une vic­time est un fac­teur de risque, mais ce n’est pas une condi­tion néces­saire ni suf­fi­sante pour pas­ser à l’acte. »

Page 145 : « Pour­quoi deman­der à un enfant vio­lé s’il a eu du plai­sir ? Est-ce qu’on demande à un enfant bat­tu s’il a eu mal ? »

Page 258 : « Il y a une forme de revic­ti­mi­sa­tion dans l’insistance à consi­dé­rer les récits de mal­trai­tance comme des affaires qui ne concernent que les inté­res­sés. »

Page 261 : « Ce qu’il y a d’insupportable, c’est l’idée que toute cette souf­france ne conduise fina­le­ment qu’à être nor­mal. »

Page 272 : « Le pas­sage à l’acte, c’est cette tran­si­tion infime qui change tout, en nous fai­sant pas­ser du fan­tasme au réel. »

[NdRi­chard : je viens de le lire. Bou­le­ver­sant. Confu­sion entre psy­cho­lo­gie et psy­cha­na­lyse, cure à base d’ob­si­dienne, quelques élé­ments m’ont fait tiquer, mais qu’est-ce par rap­port à l’ap­port de cette oeuvre ?]

• Un article du 15 avril 2023 dans Le Monde signé du Juge Édouard Durand qui a pré­si­dé la CIIVISE 1. Tout ce que j’ai lu ou enten­du de cette per­sonne, concer­nant l’inceste, est remar­quable de clar­té, de fer­me­té et d’humanité. Dans cet article, il explique que la média­tion entre un agres­seur et une vic­time des­sert sou­vent la vic­time, car les agres­seurs excellent dans l’art de se faire pas­ser pour autres, et que les vic­times sont désta­bi­li­sées par le fait d’é­chan­ger avec leurs agres­seurs. OK pour dis­cu­ter, mais l’agresseur échange avec un·e professionnel·le d’un côté, et la vic­time fait de même de son côté. Bien sou­vent, la média­tion est une nou­velle vio­lence. Si je résume son pro­pos tel que je l’ai com­pris : pas de média­tion quand il y a vio­lence. Cela s’ap­pelle « Vio­lences sexuelles : « Suf­fit-il de quelques échanges pour res­tau­rer l’humanité com­mune ? ». Ici.

• « L’impact psy­cho­trau­ma­tique des vio­lences sur les enfants : la mémoire trau­ma­tique à l’œuvre » de Muriel Sal­mo­na, paru dans La revue de san­té sco­laire & uni­ver­si­taire, Jan­vier-Février 2013, n° 19, pp. 21–25. Elle explique pour­quoi il faut par­fois plu­sieurs dizaines d’années pour qu’une vic­time prenne conscience des vio­lences inces­tuelles ou inces­tueuses qu’elle a subies. Elle explique aus­si ce qui peut se jouer quand, bien des années après, le trau­ma est réac­ti­vé par des situa­tions qui s’en rap­prochent, situa­tions qui peuvent paraître comme ano­dine pour quelqu’un·e d’extérieur. .

• « Quand on te fait du mal », livret co-écrit par Muriel Sal­mo­na et Sokh­na Fall, et illus­tré par Claude Pon­ti (2022), à des­ti­na­tion des enfants de la mater­nelle au CE2. Il per­met de mieux com­prendre ce qui se joue dans la tête d’enfants qui ont vécu ou qui vivent des vio­lences. Le livret leur demande à un moment de trou­ver une per­sonne res­source à qui il pour­rait se confier. Il est dis­tri­bué gra­tui­te­ment par l’association Mémoire trau­ma­tique et vic­ti­mo­lo­gie, et il est télé­char­geable ici-même.

• « En bon père de famille » de Rose Lamy, sur tous les pro­ces­sus qui font qu’on ne parle que très dif­fi­ci­le­ment des vio­lences intra-fami­liales, car après tout, chacun·e y ferait comme il/elle veut… Alors que non : le res­pect de cha­cun est pré­cieux, même dans le huit-clos fami­lial.

Mon bon ami ajoute ceci :

Sur le même thème, ils m’ont été conseillés mais je ne les ai pas encore lus

  • Le ber­ceau des domi­na­tions – Anthro­po­lo­gie de l’in­ceste, de Doro­thée Dus­sy (2013), réédi­té en 2021 chez Pocket.
  • La Fami­lia grande, de Camille Kouch­ner (2021), au Seuil.
  • La fabrique des per­vers, de Sophie Chau­veau (2016), chez Gal­li­mard.
  • Le consen­te­ment, de Vanes­sa Spri­go­ra (2020), chez Gras­set.

Et quelques conseils pour essayer d’avancer et de s’en sor­tir :

  • For­mer les jeunes géné­ra­tions, par exemple avec l’é­pi­sode 42 d’un pod­cast à soi de Char­lotte Bie­nai­mé inti­tu­lé Auto­dé­fense des enfants et qui parle du pro­gramme CAP en télé­char­ge­ment ici, ou ci-des­sous).
  • Par­ler quand on s’en sent capable, ne pas res­ter seul·e avec ces pro­blèmes, et se tour­ner vers des asso­cia­tions res­sources.
  • Dans ces familles ban­cales, l’incesteur·euse a des com­por­te­ments déviants : il voit l’autre comme un simple objet dont il peut dis­po­ser. Quand quelqu’un·e com­mence à dénon­cer ces vio­lences dans la famille, voi­ci les réponses habi­tuelles qu’on peut s’attendre à le voir uti­li­ser pour se défendre.
    • La mani­pu­la­tion : il/elle va arran­ger les faits ou s’arranger avec des per­sonnes pour mas­quer ou atté­nuer la vio­lence dont il/elle seul·e est res­pon­sable.
    • L’intimidation : il/elle va cher­cher à faire peur à la per­sonne qui parle.
    • Le nar­cis­sisme : il/elle va cher­cher à se faire briller, en uti­li­sant les béné­fices de com­por­te­ments qui sont mis en place par d’autres, et par exemple se ré-appro­prier les atti­tudes posi­tives asso­ciées à la vic­time.
    • La vic­ti­mi­sa­tion : il/elle va se faire pas­ser pour la vic­time de l’histoire, ou dire qu’il/elle ne com­prend pas pour­quoi il/elle est accusé·e.

Dans un article de Bri­gitte Mol­tre­chet (que l’on entend dans 20 000 Lieues sous ma chair, épi­sode 1, cf. ci-des­sous) et ses col­lègues, Cli­mat inces­tuel : pro­po­si­tion d’objectivation des cri­tères de défi­ni­tion à par­tir de jeunes orien­tés en ins­ti­tut thé­ra­peu­tique, édu­ca­tif et péda­go­gique (ITEP), paru dans Neu­ro­psy­chia­trie de l’Enfance et de l’Adolescence en 2019 (ici), une liste de 12 items a été pro­duite. Je ne sais pas s’ils tiennent tous soli­de­ment la route scien­ti­fi­que­ment, mais ils m’ont été très utiles. Les voi­ci :

  • Item 1 : Enfant qui dort dans la chambre paren­tale
  • Item 2 : Proxi­mi­té phy­sique exces­sive
  • Item 3 : Atten­tion exces­sive au corps du jeune
  • Item 4 : Pro­mis­cui­té parents-enfants
  • Item 5 : Non res­pect d’un lieu intime pour la toi­lette
  • Item 6 : Non auto­ri­sa­tion à pen­ser par soi-même
  • Item 7 : Confi­dence sur la vie sexuelle et affec­tive
  • Item 8 : Atten­tion exces­sive à la sexua­li­té du jeune
  • Item 9 : Confu­sion des places
  • Item 10 : Exhi­bi­tion
  • Item 11 : Sexua­li­té par pro­cu­ra­tion
  • Item 12 : Intru­sion dans l’intimité

Com­plé­ments de Richard

Effec­ti­ve­ment, ces cri­tères sont assez spon­gieux, et fleurent bon l’hé­ri­tage freu­dien. Le pro­blème, c’est que la lit­té­ra­ture en fran­çais sur le sujet est très psy­cha­na­ly­tique. Les res­sources plus solides sont mal­heu­reu­se­ment en anglais, on m’in­dique par exemple :

  • Antons, S., Brand, M. Diag­nos­tic and Clas­si­fi­ca­tion Consi­de­ra­tions Rela­ted to Com­pul­sive Sexual Beha­vior Disor­der and Pro­ble­ma­tic Por­no­gra­phy Use. Curr Addict Rep 8, 452–457 (2021). https://doi.org/10.1007/s40429-021–00383‑7 ()
  • Swa­mi­nath S, Simons RM, Hat­wan ML. Unders­tan­ding Pedo­phi­lia : A Theo­re­ti­cal Fra­me­work on the Deve­lop­ment of Sexual Pen­chants. J Child Sex Abus. 2023 Jul-Dec;32(6):732–748. doi : 10.1080/10538712.2023.2236602. Epub 2023 Jul 18. PMID : 37463124. Je n’ai pas encore l’ar­ticle au com­plet, je le demande aux auteu­rices, mais il y a une revue de l’ar­ticle ici.

 

En termes d’as­so­cia­tions, on m’a par­lé

  • du réseau CAP (dont parle « un pod­cast à soi »)
  • de l’as­so­cia­tion BOUCAN, à Alès,
  • de SOS inceste, à Gre­noble.
  • Ancrage, asso d’au­to­dé­fense fémi­niste, à Gre­noble aus­si (et ailleurs je crois)

J’a­joute pour ma part un livre

  • Puru­lence, d’A­mo­ree­na Wink­ler, Ego comme X (2009) (sur un contexte très par­ti­cu­lier, celui de la dérive sec­taire des Enfants de Dieu). Atten­tion c’est très très très dur. J’en avais fait un article .
  • Une inter­naute ajoute L’in­ceste, de Chris­tine Angot (1999). Ca me fait pen­ser dere­chef à l’é­pi­sode de Mans­plai­ning, de Tho­mas Mes­sias, inti­tu­lé « Il est temps que nous écou­tions Chris­tine Angot nous par­ler de l’in­ceste » (Slate, 2024, ici) et qui parle aus­si de ce docu­men­taire de 2024 « Une famille » (je n’ai ni lu l’un ni vu l’autre).
  • On nous glisse l’exis­tence du livret du juge Édouard Durand 160000 enfants, violences sexuelles et déni social, Col­lec­tion Tracts (n° 54), Gal­li­mard (fév. 2024).

Des films

  • Fes­ten, de Tho­mas Vin­ter­berg (1998) (atten­tion la gifle)
  • Seul contre tous, de Gas­par Noé (1998) (atten­tion, un des pires films que j’ai vu – et j’en ai vu des sor­dides. Il y a un court-métrage qui le pré­cède, qui s’ap­pelle Carne, 1991)
  • Incen­dies, de Denis Vil­le­neuve (2010) (magni­fique mais pas joyeux du tout non plus, vous êtes prévenu·e).

Et quelques pod­casts

Mer­ci à Myriam Pré­vost, Maïa X, Læti­tia Guillaume, Anna­belle Lion et autres contri­bu­teu­rices ano­nymes pour les ajouts de réfé­rences.

4 réponses

  1. Maïa dit :

    Bon­jour, je recom­mande aus­si le livre « L’in­ceste » de Chris­tine Angot

  2. Annabelle dit :

    Bon­jour Richard, j’a­joute le der­nier pod­cast du coeur sur la table, 20 000 lieues sous ma chair https://www.binge.audio/podcast/le-coeur-sur-la-table/20–000-lieues-sous-ma-chair-par-caroline-pothier et les res­sources en direc­tion des enfants de Mai Lan Cha­pi­ron => https://www.oveo.org/les-violences-sexuelles-expliquees-aux-enfants-outil-de-prevention-le-loup/ et https://www.leloup.org/

  3. Annabelle Lion dit :

    Le film de Jeanne Her­ry (pas vu) qui parle de jus­tice res­tau­ra­tive. « Nas­sim, Issa, et Tho­mas, condam­nés pour vols avec vio­lence, Gré­goire, Nawelle et Sabine, vic­times de home­ja­cking, de bra­quages et de vol à l’ar­ra­ché, mais aus­si Chloé, vic­time de viols inces­tueux, s’engagent tous dans des mesures de Jus­tice Res­tau­ra­tive. » https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=299938.html

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *