Merci à « Lutins coquins de la lutinerie »

Ci-dessous, un texte qui mêle combat agricole paysan « anticapitaliste » et un peu d’esprit critique. Il faisait suite à un article paru dans l’AURA paysanne, revue écrite par la Confédération paysanne Auvergne-Rhône-Alpes et qui fait un travail formidable par ailleurs, mais qui craque parfois en vantant les méthodes biodynamiques (j’en cause dans la préface du livre de Grégoire Perra et Élisabeth Feytit, ici). Suite à l’un de ces articles pour le moins surprenant, j’avais écrit la trame, puis quelques paysan·nes y ont mis leur grain, et nous l’avions donné en droit de réponse à l’AURA. Làs ! Il n’a jamais été accepté, et on nous a fait un peu tourner en bourrique. Alors plutôt que l’article ne meure, je vous le donne, en encouragement à toutes les personnes qui ramollissent la terre avec leur sueur pour nous fournir de quoi manger.
Et comme dirait l’autre, ni ferme des 1000 vaches, ni vortex steinerien !

Imaginons qu’un individu, non agriculteur, sans aucune expertise de biochimie, de pharmacopée ou d’élevage, fasse un livre incompréhensible vantant les mérites des lutins des forêts, comme les Carcaris du Trièves ou du Valbonnais qui outre voler le linge des braves gens la nuit, apportent de bonnes récoltes en répandant une poudre d’escampette1. Il y a fort à parier que les paysan·nes regarderaient la théorie du monsieur d’un œil circonspect, et se diraient quelque chose comme : « avant de miser sur les lutins, vérifions qu’ils existent », et « s’il n’y a aucun moyen de montrer qu’ils existent, alors quelle différence y a-t-il entre un lutin et… pas de lutin ? »2

Et si, se contraignant à lire le livre, les paysan·nes les plus « de gauche » constatent que l’auteur défend une pseudo-théorie raciale et très conservatrice, il est presque certain que le bouquin finira au compost.

Dans l’Aura paysanne de mai 2018, qui fait un travail remarquable par ailleurs, une page entière a été consacrée aux préparations biodynamiques. Nous, paysan·nes du réseau ça nous questionne.

D’abord, certain·es d’entre nous ont patiemment lu Le cours aux agriculteurs, de Rudolf Steiner3, ainsi que d’autres de ses ouvrages. L’ensemble est une sorte de grande poésie astrologico-cosmique, assez incompréhensible, émaillée de nombreux passages sur la race (blanche) comme moteur de la civilisation et sur la domination de la Culture allemande. Les conseils qu’il donne en agriculture ne sont pas basés sur des expériences, mais sur ce qu’il appelle ses « intuitions ». Celles-ci naissent dans un cadre spirituel bien précis, appelé l’Anthroposophie, qui postule entre autres choses un monde divin, des esprits supérieurs qui guident, un karma, des mondes perdus comme l’Atlantide, des archanges et des maladies qui sont des messages venus d’un autre monde… Si vous en doutez, ce qui est légitime, n’hésitez pas à vous pencher sur son œuvre.

Libre à chacun·e de croire ou non à ça, bien entendu. En revanche, si le journal l’Aura paysanne, et l’association syndicale qui le porte fait une page technique dessus avec de l’argent public, les collègues paysan·nes sont en droit d’attendre que lesdites techniques soient justifiées. Vu le contexte, avec des éleveur·euses strangulé·es par les grosses firmes, des agriculteurs·rices qui se suicident chaque jour, et les mille difficultés à installer des jeunes et leur trouver des terres, il y a tout intérêt, et même urgence que les techniques en question soient étayées par des faits et non des intuitions cosmiques. Sinon, que dirons-nous au prochain article vantant les effets de la prière collective sur le mûrissement des tomates ou la pousse des blettes ?
Par conséquent, soit la biodynamie est une philosophie religieuse – auquel cas comme le bouddhisme, le judaïsme ou l’évangélisme, elle doit rester cantonnée dans notre tête. Soit elle est une technique efficace, et dans ce cas cela devrait être assez facile à montrer, quand bien même ça fonctionnerait par des énergies cosmiques.
Fin XVIIIe, Lazzaro Spallanzani a très bien décrit les facultés des chauve-souris à capturer leur proies sans avoir découvert leur fameux écho-sonar (ce qui sera fait 150 ans plus tard) : on peut donc montrer que quelque chose, même sans savoir quoi, a un effet même sans avoir de théorie explicative. Mais encore, faut-il des faits. Ici, où sont les faits ? Il semble que les trucs qui marchent dans le corpus biodynamique soit de la pédologie et de l’agriculture biologique rationnelle. Ce qui fonctionne en biodynamie n’a rien de proprement biodynamique. Dans le monde des connaissances comme dans les enquêtes policières, on dit que la charge de la preuve revient à cel·lui qui prétend. Or, Steiner a publié ses conférences en 1924, sans rien montrer du tout. C’était son intuition, à lui, qui n’a jamais pratiqué l’agriculture.

Rares sont les scientifiques qui ont le temps d’aller vérifier des choses qui sont avancées par d’autres sans éléments, en vertu de la loi de Brandolini : « la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure d’un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire ».

 

Coup de chance, nous sommes quelques-un·es à faire ce métier, avec de l’argent public et en refusant les liens d’intérêt avec des industries. C’est le cas de deux d’entre nous, à l’Université Grenoble-Alpes et à l’Université de Bordeaux. Le travail d’enquête est long, fastidieux certes, mais il vaut la peine de le regarder en profondeur, car le résultat est ce qu’il est : aucune des prétentions liées aux préparations biodynamiques proposées dans l’article n’est étayée par des faits.

Pourquoi alors les usagèr·es de la biodynamie, qui sont des gens scrupuleux, soucieux de la nature, et qui ne sont pas plus bêtes que les autres, valident-il·elles leur pratique comme efficace ? Pour des raisons qui n’épargnent aucun·e d’entre nous ! En voici deux : notre cerveau aime bien justifier ses choix, quitte à enlever les faits qui vont à l’encontre de ce que l’on pense ; et sans culture de contrôle pour pouvoir comparer, on ne peut rien conclure de clair. Quand on fait gaffe à ces biais, et qu’on regarde les résultats d’une « revue de littérature » sur la question (comme par exemple dans Linda Chalker-Scott, The Science Behind Biodynamic Preparations: A Literature Review, HortTechnology 23(6):814-819 · December 2013, ici), la biodynamie, c’est de l’agriculture paysanne bio, enrobée de sorcellerie et de magie aussi inutiles qu’inefficaces.

Considérant le soin que les biodynamistes apportent à leurs culture, il est possible, même prévisible que leurs cultures soient en moyenne mieux tenues que celles des autres, et c’est tout à leur honneur ; mais est-ce la bouse de corne qui en est la cause ? Ou une intolérance plus radicale aux intrants industriels ? Pour l’instant, si bénéfices il y a, il est probable que ce soit à l’attention accrue au sol et le soin apporté aux cultures, qui eux ont des effets démontrés, qu’on les doive. Alors misons pour l’instant sur l’attention accrue à la qualité du sol, sans s’embêter avec la bouse, sauf bien entendu si ça nous fait plaisir. Mais ce plaisir a un prix : en faisant passer pour des techniques valables les cycles lunaires et les préparations mystiques de corne, combien de paysan·nes y passeront une énergie déjà bien entamée ? Combien d’installations se mettront lentement en péril à attendre « un jour racine en période de lune », soi-disant optimal selon la formatrice interviewée ? Comment savoir (et non pas croire) que c’est vraiment un jour optimal ? Comment sait-on que la préparation de silice de corne, comme écrit dans l’article, « renforce la lumière solaire » (?) et « permet une meilleure (?) relation avec la périphérie cosmique (?), avec le cosmos tout entier (?) ». Devons-nous aussi mettre (sans plus ni moins de preuve) une toge, faire le tour du jardin à cloche-pied, prier vers la Mecque, et couper nos légumes avec une serpette d’or, si telle était la recommandation d’une formatrice en serpette d’or dans le journal ? Serait-on au catéchisme, obligé·es d’absorber une religion ? Nous pensons que non. Nous sommes en droit d’attendre des faits et des preuves pour chaque technique que l’on nous propose, et en devoir d’en produire, quand ça nous est possible.

Nous ne sommes pas les premier·es à soulever ce problème. Nous rejoignons par exemple l’avis donné par Christophe Guénon, dans un article rédigé par Coralie Pasquier de Campagnes solidaires d’avril 2018 à propos des techniques qui paraissent miraculeuses comme la permaculture : celles-ci peuvent mettre en péril des installations, épuisant le nouveau paysan, la nouvelle paysanne qui s’y essaie.

Comme disent les critiques spécialisé·es, la biodynamie, n’est que de la biopaysannerie (qui fonctionne) enrubannée de folklore dont l’efficacité reste à prouver, et qui en attendant, risque de faire perdre temps et énergie, denrées déjà bien dépensées dans la paysannerie militante.

Le plus sournois là-dedans, c’est que lorsque nos préparations ne fonctionnent pas, ce n’est jamais la faute de la « théorie » de Steiner, mais immanquablement la notre : nous avons probablement mal fait notre mélange / choisi notre date / mal fait tourner notre vortex. Pendant ce temps-là, perdus dans nos sortilèges et nos méthodes sorties des temps pré-médiévaux, nous passons pour des gens naïfs, ce que les syndicats industriels majoritaires, type FNSEA ne manquent pas de nous servir.

L’un·e d’entre nous a dit un jour : moi, si j’étais anti-paysannerie, je sais ce que je ferais : je financerai les mouvements de ce type, Steiner, et autres. Les énergies seront mises dans des trucs inutiles et fragiliseront les petites fermes, rétives aux grands conglomérats. Le temps leur sera tellement compté que la lutte syndicale ou collective pour défendre une agriculture paysanne qui fait vivre décemment les exploitant.es, et contre les exploiteurs d’exploitants (Danone, Lactalis, Yoplait, Bel…) ne pourra plus se faire. L’idée même de preuve ayant été mise à la poubelle, on pourra balayer les contestataires et lanceur·euses d’alerte avec des non Madame, non Monsieur, les néonicotinoïdes n’ont pas les effets que vous dites. Après les fake news et les fake meds, on ouvrira la porte aux fake agritechs. Et pendant ce temps-là, Laurent Wauquiez continuera à tresser la corde des trop nombreu·ses pendu·es du monde agricole4

Nous qui voulons faire pousser nos légumes, nos fleurs, éventuellement élever nos animaux, défendre la paysannerie et le bio, lutter contre les mécanismes capitalistiques, il nous faut des techniques efficaces. Pas des bonbons soporifiques au bon goût de spiritualité dans du beau papier argenté. C’est le job de la Confédération paysanne, celui des ADDEAR (associations départementales pour le développement de l’emploi agricole et rural, comme ici).
Nous voulons œuvrer à cela, ensemble. Les croyances seront dans les temples, et le bonheur enfin dans le pré.

 

Addendum de ma part : dans l’abondant courrier reçu, on me faisait remarquer que le bio est basé sur le sophisme « appel à la nature » :  en gros ce qui est « synthétique » est banni et ce qui est ‘naturel » est fortement encouragé, sans réel contrôle. Ce n’est pas faux, d’ailleurs la notion de « naturel » est tout sauf claire (voir par exemple cet article).

Si la certification bio, dans son cahier des charges, pose beaucoup de problèmes (en particulier sur les aspects thérapeutiques vétérinaires), le « bio » dans sa version politique revendique plutôt la capacité des gens à faire pousser leur subsistance sans s’inféoder aux industries privées, aux semences, aux intrants, aux banques, etc. et exerce une attention accrue à une lecture « systémique » des choses : ne pas défoncer son sol, ne pas défoncer les lombrics, ne pas flinguer tous les insectes, penser des synergies plantes / herbes / ions, garder des haies et futaies…) Mais bio est un terme mal adapté : il vaudrait mieux parler d’écolo-autonomie paysanne.. Mais c’est moins vendeur.

 

Mon lutin préféré

 

Notes

  1. « Petits et bourrus, les Carcaris habitent la montagne, dans les bois. Ils se nourrissent de racines et de fruits sauvages, mais il leur arrive de voler des pommes de terre dans nos champs et jardins. Tout comme pour se vêtir, puisqu’ils ne tissent pas, ils sont contraints de venir « emprunter » des vêtements humains mis à sécher sur les fils. Par contre, les chaussures ne les intéressent pas puisqu’on les voit toujours pieds nus. Les bergers ont l’habitude d’atténuer leur soif en buvant dans les assiettes de Carcari, creux qu’on trouve dans les pierres de la région ». On peut lire ça dans , Terre de Brume, 2013.
  2. Deux arguments connus sont les noms de « Dent d’or de Fontenelle » et de « Dragon dans le garage« .
  3. Très exactement « Agriculture, fondements spirituels de la méthode bio-dynamique« , 8 conférences du 7 au 16 juin 1924 à Koberwitz (Silésie) et conférence du 20 juin 1924 à Dornach, 6e édition, Éditions Anthroposophiques Romandes, 2002.
  4. L. Wauquiez, président du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes depuis 2016, aura été responsable d’une superbe destruction de subventions vers l’agriculture paysanne, favorisant de maintes manières l’agriculture intensive sévère telle que promue par le syndicat majoritaire, la FNSEA. Rappel : la subvention, ce n’est pas un cadeau ! C’est une compensation, en vertu d’un système inégalitaire.

3 réponses

  1. Crise en Thème dit :

    Un article génial et lu avec le plus grand intérêt 😉

  2. Sklaera dit :

    D’abord merci pour cet article et bravo à celleux qui y ont contribué. C’est rassurant de voir des agriculteur·rices bio critiquer sans complaisance la biodynamie, et des zététicien·es défendant l’agriculture bio paysanne et dénonçant les abus de l’agro-industrie, car c’est loin d’être toujours le cas !

    L’article cerne bien le problème de la biodynamie qui décrédibilise l’agriculture bio, et crée un engrenage dangereux en tolérant une pratique non basée sur des preuves. Sur le long terme continuer à lutter contre les abus de l’agro-industrie et promouvoir un modèle plus vertueux est sans doute le meilleur moyen d’éviter la prolifération de discours « alternatifs » douteux. Cependant je ne peux m’empêcher d’avoir des réserves sur le modèle d’agriculture biologique tel qu’il se pratique actuellement.

    Je précise pour le contexte que j’ai grandi dans un environnement écolo/gauche/altermondialiste, je consomme bio (et local autant que possible) depuis toujours, et je suis végétarienne depuis mes 15 ans. Mais plus je creuse et plus je suis (à mon grand désespoir) forcée de remettre en question la vision sans doute très édulcorée que j’avais du bio, et de l’écologie plus largement.

    Aux origines de l’écologie et du mouvement bio

    La tendance réactionnaire des débuts de l’écologie en Europe est trop souvent méconnue ou occultée, notamment l’influence des mouvements völkisch et lebensreform (j’ai moi même cru pendant longtemps que l’écologie était intrinsèquement de gauche et progressiste). Les idées de Steiner et de la biodynamie sont en réalité présentes dès les origines du mouvement bio, elles ont même joué un rôle fondateur. L’opposition synthétique/naturel (et donc le rejet des intrants « chimiques » et des OGM) vient en grande partie de là.
    Du coup est-il vraiment possible de dissocier agriculture bio et biodynamie ? Idem pour le mouvement écologique qui est tellement imprégné (souvent sans en avoir conscience) par les idées anthroposophiques et par un tropisme réactionnaire, qu’il paraît difficile de faire émerger une écologie rationnelle et progressiste.

    Ces dernières décennies on a assisté à une vague de néo-ruraux quittant leur job ennuyeux pour se reconvertir dans l’agriculture, et on a vu fleurir de nombreuses fermes, écovillages et autres tiers-lieux (souvent en lien avec l’anthroposophie) vantant certaines pratiques d’agro-écologie/permaculture comme une solution miracle. Avec pourtant des résultats très discutables pour qui prend la peine de creuser un peu. Aujourd’hui beaucoup de gens quand il pensent agriculture bio et paysanne ont comme référence en tête Pierre Rabhi et la permaculture, mais n’ont jamais entendu parler de René Dumont qui a pourtant été un pionnier de l’agroécologie et avait une véritable expertise en agronomie – contrairement à Rabhi qui s’est contenté de rudiments de biodynamie enrobés d’un discours séduisant.

    Les limites de la permaculture sont évoquées dans l’article mais ça aurait peut-être mérité d’être davantage élargi ? Une auto-critique du mouvement bio dans son ensemble me paraît inévitable pour progresser.

    Sortir de la dichotomie bio/conventionnel ?

    En se définissant par antagonisme au modèle conventionnel, le mouvement bio ne risque-t-il pas d’exclure à tort des techniques performantes et pas forcément incompatibles avec le respect de l’environnement et de la biodiversité ?

    Comme dans de nombreux domaines la révolution numérique est venue apporter son lot d’innovations, le secteur de l’AgriTech est en plein essor. Sans tomber dans le piège du techno-solutionnisme, certains de ces outils peuvent jouer un rôle utile, par exemple en optimisant l’apport en eau et en intrants grâce à des capteurs connectés et à une analyse de haute précision.

    Je pense également au sujet hautement sensible des OGM. D’après ce que j’ai pu lire, il y a quand même un consensus scientifique sur l’inocuité des OGM (mais n’ayant pas le temps ni les compétences pour vérifier je préfère suspendre mon jugement). En revanche ce dont je suis certaine, c’est que la vision que j’avais auparavant des OGM était en grande partie basée sur des idées fausses, largement véhiculées par des ONG et activistes défendant l’écologie.

    Ces idées ont aussi été diffusées par des films très orientés comme « Le Monde selon Monsanto » de Marie-Monique Robin ou « Solutions locales pour un désordre global » de Coline Serreau. On y retrouve des grandes figures anti-OGM comme Pierre Rabhi, Vandana Shiva, Dominique Guillet de Kokopelli (qui est un complotiste bien gratiné, sans parler de ses méthodes de management douteuses), ou Christian Vélot (qui n’a pas brillé par sa rigueur scientifique durant la pandémie).

    Il me paraît important de différencier la technologie de son usage. Le problème avec les OGM n’est pas la dangerosité, mais plutôt la situation de monopole de Bayer-Monsanto, la question des brevets, et le choix de développer des semences résistantes aux herbicides. D’autres modèles sont possibles, le riz doré est souvent cité comme exemple positif. Et avec la technologie CRISPR les applications possibles sont nombreuses (avec évidemment un débat à avoir sur la régulation/interdiction de certaines pratiques dangereuses comme la manipulation des virus par exemple). A minima on devrait rouvrir le débat sur cette question et encourager la recherche dans ce domaine (et arrêter de faucher les champs d’expérimentation).

    Etant donné la vitesse alarmante du dérèglement climatique (intempéries, sécheresses, débourrement précoce/gel tardif deviennent la nouvelle norme) et la population qui va continuer à augmenter jusqu’à un pic vers 2060, j’ai du mal à imaginer comment on va pouvoir s’en sortir sans ces technologies.

    Il y a aussi le débat land sharing/land sparing, certains préconisent une agriculture plus intensive afin de préserver la biodiversité en limitant les surfaces agricoles, alors que l’agriculture bio va plutôt dans la direction inverse. Pour ma part je pense qu’on devrait pour cela en priorité réduire notre consommation de protéines animales (30% des céréales produites en France hors exportation servent à nourrir le bétail, avec le pâturage cela représente environ 2/3 de la surface agricole totale).

    Militantisme et modes d’actions

    Je tiens quand même à souligner que malgré ses défauts, le mouvement bio/écologie a joué un rôle nécessaire dans l’équilibre des forces face aux dérives croissantes de l’agro-industrie. Mais si on arrive pas à trouver des convergences on risque de finir dans une impasse où les positions vont se polariser au point qu’un débat constuctif ne sera plus possible. Les postures idéologiques et anti-science ont déjà pris une place bien trop importante au sein du mouvement écologiste et d’une grande partie de la gauche. Et les actions violentes de certains mouvements activistes me semble contre-productives (même si je comprends leurs motivations).

    Je place beaucoup d’espoir dans des dispositifs comme la Convention Citoyenne pour le Climat. J’avais suivi plusieurs des sessions et j’ai été impressionnée par les citoyens tirés au sort, ils se sont tous impliqués avec beaucoup de respect et de sérieux (gros contraste avec les députés en séance qui sont souvent à somnoler, à regarder leur smartphone, ou à s’invectiver). J’en ai vu se prendre une claque en écoutant Valérie Masson-Delmotte, ils sont nombreux à avoir changé d’avis sur le climat après cette expérience ce qui est plutôt encourageant. Le résultat final a été décevant puisque le rôle de la Convention était seulement consultatif, et que la plupart des propositions ont été vidées de leur substance quand elles sont passées par l’Assemblée. Mais l’exercice citoyen en lui-même était plutôt une réussite, je regrette qu’il ait été aussi peu médiatisé et que peu de gens s’y soient vraiment intéressés.

    Le collectif Démocratie Ouverte a aussi planché sur un modèle hybride entre RIC et assemblée citoyenne qu’ils ont baptisé RIC délibératif et que je trouve vraiment bien !
    Après toute la difficulté est de savoir comment on apporte l’information aux citoyens pour qu’il puissent faire un choix éclairé. La question de comment on sélectionne les experts qui vont être auditionnés est cruciale. Par exemple faut-il auditionner des représentants d’entreprises et de syndicats ? Doit-on considérer les ONG comme des lobbies ?

    Voilà où en sont mes réflexions pour le moment… Il y a encore du travail !

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